Interview de Bianca Bondi. Poesie symbolique et discussion plastique

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Bianca Bondi travaille avec des matériaux déjà utilisés pour mettre en scène de véritables univers. Pour cela, elle utilise la réaction chimique de ces éléments pour en prélever leur symbolisme.

Aurore Forray : ce qui m’a poussé à faire cet entretien avec toi, c’est ta récente ascension à la fois soudaine et enviable. J’ai été frappée par la présence de ton travail à l’étranger mais aussi, et surtout, en France.

Bianca Bondi : c’est drôle d’entendre ça car cela ne me paraît pas être un événement soudain mais plutôt lent et constant. J’ai commencé à vouloir exposer ce que je fais bien avant mes études. En 2018, on m’a sollicité pour de nombreuses expositions en France, comme à La Panacée, au MAL de Laon, au CAC La Traverse, et au CAC de Meymac par exemple.

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©Bianca Bondi

Quelles sont tes ambitions pour la suite ?

Mon prochain show se déroulera à ARCO Madrid, en duo avec Marco Montiel-Soto. Il s’agit d’une foire espagnole. J’ai également quelques solos shows à venir dont une à Santander en Espagne.

Peux-tu me parler de ton projet à Saint-Etienne qui a eu lieu cet été ?

C’est un projet de sculptures hybrides et d’installations avec, comme d’habitude, du sel et de l’eau mais cette fois-ci avec des épices et des superfoods autant utilisées dans la médecine que dans la cuisine. L’idée était de créer des réactions en utilisant uniquement des matériaux comestibles. Dans ces compositions d’objets, certains matériaux ont littéralement pourri au lieu de sécher. Après ces expériences, j’ai remarqué que la pourriture m’intéresse beaucoup moins car je préfère que la matière se transforme par la liquéfaction ou la cristallisation. Les pièces changent d’apparence à partir du moment où je les produis, jusqu’à la fin du show, un mois après.

C’est intéressant de connaître la provenance des matériaux que tu ré-utilises dans tes oeuvres, car tu peux maîtriser l’action que tu vas avoir sur eux. Quelle est cette série ici ?

Cette série s’appelle Stir, qui signifie mélanger – avec une cuillère par exemple-. Le titre de chaque pièce est suivi du mot écrit sur le sac. Puisée dans différents rituels bien-être « new age », Stir est composée de sacs plastiques transparents cousus main. Cette série met en exergue tous les paradoxes contemporains autour d’une consommation des produits dite « saine » pour le corps, comme des herbes rares, du collagen et les poudres contenant des antioxydants. On parle de lait végétal et d’épices de l’Est – Ashwagandha, Chaga – du microbiome, mais on achète également du lowcost, dont les éléments produisent d’immenses empreintes carbone.

Au travers de mes lectures, je me suis intéressée aux éléments contenant des résidus invisibles. La première étude européenne sur le sujet démontre que des traces de plastique subsistent en chacune des personnes testées, qu’elle soit végétarienne ou non, qu’elle consomme des produits bio ou non. Ce résultat vient du simple fait que tout est emballé en plastique, comme par exemple l’eau qu’on achète. Les fruits sont traités, nos viandes ont des microparticules – ça vient même de l’air qu’on respire. Le plastique est l’ultime symbole de notre temps. Il peut être beau et poétique comme un sac solitaire dans le vent, mais c’est aussi un élément insidieux qui subsiste en détruisant tout sur son passage, à l’intérieur comme à l’extérieur de nous-mêmes.

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©Bianca Bondi

A travers la série Stir, tu cherches à montrer comment ces particules microscopiques qui nous détruisent à petit feu passent inaperçues dans notre quotidien ?

Exact, j’ai choisi de travailler avec la transparence pour faire apparaître ce que les sacs ont dans le ventre. Cette métaphore est le contraire de ce qui se passe avec ma série de vitrines Bloom, car dans la série Stir, il s’agit du phénomène “anti-oxydation”, où les éléments empêchent nos cellules de s’oxyder et donc de vieillir. Avec le temps, on aperçoit des changements de couleur plutôt qu’un processus de cristallisation. Une fois tous les produits mélangés, j’inscris en évidence des mots comme « adaptogène » et « microbiome » sur le sac, pour interroger le spectateur sur leur signification. J’utilise volontairement des phrases catchy, bien souvent utilisées dans l’univers de la publicité et de la presse féminine.

Pourquoi retrouve-t-on des éléments à la fois humains (os et cheveux synthétiques) et de consommation (épices et colorants alimentaires) ? Est-ce que les réactions chimiques produites sont différentes en fonction des matériaux que tu mets à l’intérieur ?

Je choisis les matériaux pour leur symbolisme et leurs propriétés intrinsèques. On retrouve en effet des cheveux synthétiques argentés parce qu’ils reflètent une jeunesse éternelle à travers leur brillance et leur force. Identiques dans chacune des pièces composant cette série, ils sont transformés une fois dans le ventre du sac. J’intègre du sirop et des épices, comme pour construire une peinture, car je trouve incroyable leur capacité à changer de couleur. Personnellement, j’apprécie quand elles sont vives, le solo show à Saint-Etienne était particulièrement coloré. J’intègre également du curcuma qui donne cette couleur orangée car c’est un « Superfood » – un terme marketing utilisé de manière à indiquer qu’un produit est bon pour la santé. Le bleu, par exemple, est un mélange de trois éléments dont du colorant alimentaire.

Ces pigments ne sont pas stables. Ils s’exposent à de nombreux problèmes de conservation car ils s’effacent à grande vitesse à cause du temps et de l’oxygène lorsque les pièces sont exposées à l’air libre. C’est un peu frustrant car je souhaite qu’elles restent vives mais leur transformation fait partie du processus, le plus étonnant restant leur quasi-disparition. Le bleu est le résultat de l’oxydation du cuivre.

©Bianca Bondi

Combien de temps de production faut-il compter pour une pièce comme celle-ci ?

Cela dépend. Il y a parfois des compositions dont je suis certaine, alors je les laisse de côté pendant un moment et, la veille de l’exposition, je suis capable de les modifier en enlevant ou en ajoutant un élément. Je passe parfois beaucoup de temps à travailler dessus, sans  vraiment m’en rendre compte, mais il m’est déjà arrivé de garder tels quels des éléments que j’avais rangé dans un coin de l’atelier, simplement parce que leur disposition accidentelle est plus forte.

L’actualité est un axe important dans tes recherches, n’est-ce pas ? J’ai cru comprendre que tu milites contre l’extinction en masse des animaux, comme pour le réchauffement climatique.

Je suis hyper active quand il s’agit d’actualité, je m’informe constamment, c’est comme une obsession. Dans mon mémoire de Master, j’interrogeais les notions d’esthétique liées à la politique. Je pense avoir trouvé le meilleur moyen de répondre à la question au travers de l’écologie, notamment en effectuant des actions simples tous les jours. En effectuant mes recherches pour mon solo show « Diet & Psychology« , j’ai découvert que 60% de ce que l’on applique sur sa peau entre dans notre organisme par le sang. Je ne me rendais pas compte à quel point le maquillage est encore nocif, comme le mascara par exemple, car il ne peut exister qu’en présence de conservateurs.

J’ai également cru comprendre que tu es végétarienne, comment cet engagement transparaît sur ta démarche artistique ?

En effet, je suis végétarienne depuis l’âge de seize ans. Il y a quelques années, c’était très compliqué de l’être dans ce pays, car en France, les produits végétariens sont apparus très tardivement et de manière soudaine. Je suis devenue végétarienne lorsque j’étais adolescente car la musique m’a beaucoup influencée. J’écoutais un groupe qui était vegan – Goldfinger – et à la fin du CD, on pouvait voir des vidéos choquantes sur la maltraitance des animaux. Mes copines et moi avions à peine seize ans et devenir végétarienne n’a pas été évident. Dans ma famille aux origines italiennes, il faut imaginer que mon plat préféré était le steak du lendemain avec du cheddar et du chili ! Peu après, j’ai rejoint mon amie qui avait arrêté un an plus tôt, et depuis, je n’ai jamais fait marche arrière.

©Bianca Bondi

L’activisme et l’art sont-ils compatibles ?

En 2003, lorsque j’étais en Afrique du Sud, j’ai organisé seule un grand concert bénévole dans lequel une dizaine de groupes différents étaient programmés. Ils ont joué gratuitement dans un lieu loué à très bas prix, et grâce aux recettes de la billetterie, nous avons loué des bus pour que les zimbabwéens d’Afrique du Sud aillent voter contre le dictateur Mugabe. L’évènement s’est tellement bien déroulé que les propriétaires du lieu ont souhaité que j’organise la programmation d’autres concerts. J’ai finalement refusé car la boîte en question était située en centre-ville et l’organisation de concerts n’était pas mon but. Enfin, je n’avais pas le permis, ce sont donc mes parents qui me déposaient et venaient me chercher.

Je m’interroge sur tes relations avec les curateurs français, notamment Gaël Charbau pour la nomination aux Révélations Emerige en 2015, ainsi que Nicolas Bourriaud qui t’a présenté à l’exposition collective Crash Test à la Panacée en 2018, car ces deux rencontres ont participé à la reconnaissance de ton travail sur la scène artistique française. Comment les as-tu rencontrés et comment décrirais-tu la relation actuelle que tu entretiens avec eux ?

Ce sont des personnes qui suivent l’évolution de mon travail depuis des années. Nous avons fait plusieurs projets d’expositions ensemble et nous sommes régulièrement en contact. Par exemple, Gaël Charbau va me présenter pour le prix Découverte des Amis du Palais de Tokyo 2018. Etant donné que je fais partie des quatre finalistes, il se charge de défendre mon travail car les artistes sont en binôme avec une curatrice. Cela nous met en compétition les uns avec les autres et je n’aime pas trop cela car Marianne Derrien est en binôme avec un autre artiste, alors que nous avons travaillé ensemble à plusieurs reprises. J’ai rencontré Marianne Derrien en 2016, et après un premier contact sur Facebook, nous avons fait un studio visit à la Villa Belleville, où j’étais en résidence, ce qui a donné lieu à une exposition. Marianne m’a fait rencontrer Rosario Caltabiano, directeur de 22,48 m², mon actuelle galerie. Marianne s’est vraiment investie et m’a fait confiance.

Ma relation avec Gaël est un peu différente. Il suit plutôt mon travail dans l’ombre mais également sur le long terme. Les jeunes artistes – tels que moi – sont passionnés mais ont beaucoup moins la maîtrise des mots comparés aux curatrices. Avec plus de recul, ils arrivent à comprendre ce que l’artiste tente de transmettre. En regardant mon dossier pour Emerige, je me suis aperçue qu’il n’était pas du tout à la hauteur lorsque je l’ai présenté ; pourtant cela ne m’a pas empêché d’être repérée par Gaël qui a reconnu mon potentiel. Dès lors, j’ai compris que leur force consiste à déceler le potentiel des jeunes artistes, ce que notre travail peut devenir et ce que nous ne comprenons pas encore. J’ai trouvé cela à la fois beau et vrai, car je me remets souvent en question et eux sont derrière moi pour me donner confiance. Cela me touche venant de personnes que j’estime beaucoup. En 2017, Gaël m’a proposé une carte blanche à la Cité de l’Industrie et des Sciences. J’ai eu l’idée de reproduire une salle d’attente, un « non-space ». C’était la première fois que l’on m’offrait un solo show, la pression était donc importante, même étant soutenue.

Avec Nicolas Bourriaud c’est encore autre chose. Je venais d’être diplômée de Cergy et avait tout juste créé un site pour pouvoir postuler à des projets. C’est alors que Nicolas me contacte par cet intermédiaire et me demande un studio visit. J’avais imaginé rencontrer un artiste conceptuel, car un étudiant m’avait un jour conseillé de lire L’esthétique relationnelle, il m’a passé un exemplaire en français. J’ai fait plusieurs recherches sur Nicolas après qu’il m’ait contacté, puis je me suis aperçue qu’il s’agissait d’un commissaire d’exposition reconnu. Je crois qu’il a découvert mon site via les diplômés de Cergy, alors qu’il dirigeait l’École des Beaux-Arts de Paris. C’est donc quelqu’un qui garde les yeux ouverts sur tout. Notre entretien s’est déroulé aux Beaux-Arts car je n’avais pas d’atelier. Suite à cela, deux ans se sont écoulés sans nouvelles, jusqu’au jour où il me demande un deuxième studio visit. J’étais très étonnée car j’avais eu le sentiment que le premier s’était mal déroulé. Finalement, il n’a jamais pu voir mes pièces dans mon atelier à Ivry, faute de timing, alors nous nous sommes rencontrés dans un café à Paris. Je l’ai senti à l’écoute et ai beaucoup apprécié pouvoir lui parler de choses diverses. Il a souhaité me rencontrer pour apprendre à me connaître avant tout. Plus d’un an après, il me propose de participer à l’exposition collective Crash Test dans le centre d’art qu’il dirige à Montpellier.

Cela fait peu de temps que tu fais partie des artistes présentées par la galerie 22,48 m². Quand a eu lieu ton premier solo show ?

Pas vraiment car cela fait à peine un an que l’on travaille ensemble officiellement. Mon premier solo show à la galerie s’est déroulé le 7 janvier 2018. Marianne m’a présentée à Rosario un an avant que l’on commence à travailler ensemble. J’aime comparer la relation galerie / artiste à une relation amoureuse, car elle s’appuie sur la confiance et nous devons constamment rester en contact. Quand tout va bien, ces relations sont agréables car elles aboutissent à de beaux projets. J’ai eu par la suite quatre solo shows dans la même année et en ai même annulé un par manque de temps.

Avais-tu suffisamment d’œuvres disponibles ?

Je n’ai jamais autant produit de pièces de toute ma vie. C’était un moment très intense, comme si une machine s’était mise en route sans que je puisse l’arrêter. Pour le moment, ma carrière est encore très jeune, mais je n’ai jamais eu autant d’idées à exploiter. Aujourd’hui, mes deux plus gros problèmes sont le manque de temps pour les réaliser et le manque d’espace. J’aimerais expérimenter tellement de choses, malheureusement, je n’ai pas assez de place pour regarder le résultat. A peine aboutie, je dois passer à une autre pièce. Pourtant, l’évolution de mes pièces demande du temps et la matière doit vivre en toute tranquillité.

Que vas-tu faire de ce nouvel espace, une fois aménagé ?

Ce qui m’inquiète, c’est la gestion de mes productions en cours dans un espace qui doit également servir à montrer mes pièces lorsque je fais des visites. Actuellement, tous les studios visits se font sur mon ordinateur. Je ne peux pas montrer de grands formats car il n’y a qu’un petit mur blanc dans mon atelier, mais j’adore travailler sur des toiles immersives et avoir des réactions chimiques sur plusieurs couches. Il y a une toile comme celle-ci dans l’atelier d’Antoine Donzeaud, une à la galerie 22,48 m² et d’autres dans une cave : j’ai un peu de mal à les montrer.

As-tu déjà eu un coup de coeur pour un espace de travail ?

J’ai la chance d’avoir été dans plusieurs résidences, où les ateliers étaient grands. En janvier de l’année dernière, j’avais un atelier de 100 m² en Afrique du Sud : j’ai fait un solo show et j’ai rempli six pièces. C’était incroyable d’avoir autant d’espace à moi seule, mais tout est resté bloqué là-bas, en Afrique du Sud. Plus sublime encore, j’habitais au-dessus de l’atelier sur une mezzanine et pouvais voir mes pièces d’en haut, où des chauves souris avaient fait leur nid.

©Bianca Bondi

Comment fonctionne l’économie de ton travail, maintenant que tu passes à la vitesse supérieure ?

Être artiste demande beaucoup d’investissements. En ce moment, j’arrive à peine à vivre de mon activité. J’en ai plus qu’assez d’enchaîner des boulots d’étudiants et de vivre comme l’une d’entre-elle à 32 ans. Je ne peux cependant m’engager avec qui que ce soit parce que ma liberté est précieuse. J’ai besoin de temps pour produire mes pièces, partir en résidence, être présente lors du montage et du démontage.

Qui m’acceptera en CDI si je le plante tous les deux mois ? Cette situation précaire me fait peur car, à partir de maintenant, je vais devoir m’investir davantage si je veux passer à l’étape supérieure. Je sais pourtant que je ne dois pas dépendre de la vente de mes œuvres pour vivre. Si c’est le cas, alors la production se transforme : produire pour vendre. C’est particulier pour moi, car ma pratique engage des matériaux fragiles, ils sont éphémères, se transforment et parfois même disparaissent. Je rencontre des problèmes de conservation quand les pièces sont laissées à l’air libre.

Qu’est-ce-qui maintient ta volonté d’aller de l’avant ?

Avoir un mentor est fondamental pour moi, c’est-à-dire le soutien d’un artiste plus expérimenté. La générosité est importante, partager ses réseaux et ses bons plans est essentiel car il faut s’entraider. Kendell Geers est un artiste sud africain que j’ai rencontré alors que je venais à peine de sortir de Cergy. En 2013, lors de la saison croisée France – Afrique du Sud, toute une programmation mettait en avant les artistes sud africains à Paris et vice-versa. Il y avait une très belle exposition sur Johannesburg – ma ville natale – à la Maison Rouge. J’y suis allée pour écouter une conférence donnée par Kendell. Puis, je me suis approchée afin de le remercier pour l’expérience que je venais de vivre. C’est grâce à lui que des artistes comme Marina Abramović ou Jeff Koons sont venus dans mon école d’art en Afrique du Sud, car il les avait invités. À travers son discours, j’étais frappée par son charisme. J’étais très fière d’avoir une exposition en cours, dont je lui ai parlé. Il est venu peu de temps après voir vu mon solo show et l’a beaucoup apprécié. Nous sommes restés en contact et il m’a présentée à mon tout premier collectionneur.

Quelle est la première oeuvre que tu as vendue ?

Elle faisait partie de l’oeuvre « Si nous continuons à parler le même langage, alors nous allons reproduire la même histoire« . C’est un projet d’expérience collective que j’ai mis en place en 2013 dans La Rue Moret du 11e arrondissement de Paris. J’ai eu plusieurs échanges avec les habitants locaux et leur ai demandé de me donner anonymement des mots négatifs, qu’ils souhaitent supprimer de la langue française et qui caractérisent leur vie. A partir des ces mots, j’ai préparé une soupe composée de pâtes alphabets, puis ai imprimé douze listes de la recette. Concours de circonstances, je suis arrivée en retard à la soupe et en ai renversé en partie sur les listes, et c’est à ce moment là que j’ai vendu ma première pièce : un collectionneur a acheté une liste que j’ai encadrée. De nombreuses pièces sont inspirées d’expériences, cette démarche en particulier portait sur la transformation, la digestion et l’animisme.

©Bianca Bondi

Kendell Geers te soutient depuis ce temps-là, n’est-ce-pas ?

Oui, depuis ce projet, nous sommes restés en contact permanent, il vient voir mes shows et je fais de même pour lui. C’est un soutien mutuel car nous nous intéressons tous deux à l’animisme et à la magie. Ensemble, nous sommes allés à Cambridge écouter des conférences sur les sciences occultes et l’art. Cela a soudé notre amitié qui perdure depuis cinq ans maintenant. Je lui rends régulièrement visite en Belgique où il vit, et m’entends super bien avec sa famille. Je lui apporte ma vision et nous échangeons nos idées. Je le conseille, notamment pour être plus présent sur les réseaux sociaux comme Instagram. Nous avons une relation de partage, c’est donc Kendell qui m’a montré l’importance de la générosité. Bien qu’il soit très souvent occupé, il est toujours à l’écoute lorsque j’en ressens le besoin.

Est-ce-qu’il t’arrive d’être rémunérée pour ton travail ?

Comme la plupart des artistes mais pas toujours. En juillet 2018, j’ai participé à une exposition collective au DOC organisée par quatre étudiantes. J’ai été profondément touchée par le niveau de professionnalisme et leur engagement pour rémunérer les artistes. Chaque artiste a reçu des honoraires et a été payé pour la production des pièces. Jiaxi Chen, Margueritte Kruger, Lucie Touroul et Zhenni Wu ont tout organisé, le transport des oeuvres, le budget, etc. Dans Material Narratives : Get it While It’s Hot, tous les matériaux utilisés sont comestibles. Cette démarche expérimentale questionne le processus de détérioration, de contamination et d’adaptation.

J’apprécie particulièrement les vestes en latex, j’en ai vu une récemment dans un show organisé par Sans titre (2016) pendant la Fashion week.

Oui, j’ai fait plusieurs pièces très fines et d’autres beaucoup plus épaisses comme celle-ci, sur laquelle il y a même une couche de protection. Avec le temps, on a plutôt l’impression qu’elles sont rongées par des bêtes.

Pourquoi ont-elles une couleur différente ?

La couleur chair est la couleur naturelle du latex, mais elle jaunit avec le temps. Le latex est comparable à la peau. Par la suite, j’en ai aussi teinté en rose, violet, noir ou nacré. Un jour, j’ai rencontré un homme ; il souhaitait troquer un pot de latex rose qui avait tourné contre n’importe quoi. Alors, je lui ai proposé une sculpture de Jésus faite entièrement avec des coquillages. Ravi, il a accepté !

J’ai produit des pièces spécialement pour une exposition dans laquelle j’étais la seule femme invitée. Je leur ai donné à chacune un prénom féminin comme Virginia ou Isabel, l’objectif étant de réintroduire des femmes dans les galeries.

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