Yellin est un artiste qui construit des boîtes. Simplement des boîtes. Il y enferme des trésors, des secrets, mais surtout des microcosmes, voire des macrocosmes comme cryogénisés dans le verre.

Pyschogéographies

Pour sa série « Psychogéographies », l’artiste construit des figures humaines, morcelées, constituées elles-mêmes de minuscules personnages. Ainsi, les sculptures sont à la fois un tout, mais aussi des décompositions. Ces installations, Yellin les met en place dans le verre, comme figées dans le temps. Ici, ces géants de papier représentent tout un écosystème complexe et touchant, nous rappelant que nous sommes tous dans la même « boîte ». Et que la même fin nous attend. En effet, l’artiste a une certaine pensée redondante sur la mort, il en est ainsi de ses boîtes qui figent de minuscules sociétés.

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Body of Water, Mars Head.

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Les univers de Yellin sont bien trop riches de références et d’allégories pour pouvoir tous les citer ici. Mais nous retrouvons tout de même des inspirations intelligentes, comme celle de l’Armée de terre cuite du mausolée de l’empereur Qin Shi Huang, en Chine. La multitude et la densité de la représentation humaine font alors peur à voir. Nous sommes dans un paysage claustrophobe où il faudrait pouvoir zoomer pour y déceler chaque détail. Ici, l’artiste puise dans le travail de Bosch avec par exemple Le Jardin des Délices. Il peint cet enfer existentiel de chacun de nous, qui, en s’éloignant, est celui de tous.

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Moon Goat

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Qui est-il ?

Dustin Yellin est un artiste de Californie vivant aujourd’hui à New York. Son travail assemble souvent deux univers très différents, entre un art presque artisanal et ancestral du collage, (qui rappelle l’art asiatique dans ses touches minutieuses) et celui plus moderne du photomontage, qui paradoxalement, peut encore une fois faire penser à Bosch (un artiste très en avance pour son temps). Ainsi, dans la pratique, l’artiste utilise images découpées et peinture pour mettre en relief ses installations, qu’il figera ensuite dans des feuilles de verre. Une Histoire de l’humanité et de son avenir.

Dans une conférence TED, il raconte :

« Quand j’avais 8 ans, j’ai pris une boîte en bois, j’y ai mis un billet d’un dollar, stylo et fourchette, et l’ai enterrée au Colorado. J’imaginais que des humanoïdes bizarres ou des aliens la découvriraient dans 500 ans et connaîtraient la façon dont nous échangions des idées, ou comment nous mangions nos spaghettis. Je ne savais pas vraiment. Quoi qu’il en soit, c’est assez drôle, car me voilà, 30 ans plus tard, et je fabrique toujours des boîtes.« 

Dustin Yellin / TED

10 Parts

Vision pessimiste de notre espèce, Yellin peint ici dix allégories, dix boîtes de verre qui proposent une lecture complète à l’allure d’un chemin de croix, de retable en retable. Il offre une histoire presque biblique ou spirituelle qu’on peut lire de gauche à droite. Montagnes et neige en haut, univers tropical et mer en bas. Du ciel à la chaleur de l’Enfer, le plasticien alerte sur l’état de l’environnement sur Terre, sujet d’actualité.

Migration in Four Parts

Toujours sur les mêmes thèmes inquiétants de notre place sur Terre, Yellin aborde encore une fois le changement climatique à travers la problématique de la migration. « Migration in Four Parts » est un mouvement perpétuel, une abondance incessante et des micro-scènes de conflits. Ce n’est pas une histoire du passé au présent que l’artiste raconte, mais sur quatre parties, quatre boîtes, une même mise en scène : celle de l’homme contre l’homme, d’une culture vers une autre, et de notre invention de la différence. Et pourtant, Yellin le montre ici : nous sommes si proches.

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Hot Dog Astronaut

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The Triptych

L’œuvre de Yellin « The Triptych » pourrait bien être une revisite de la Voûte de la Chapelle Sixtine de Michel-Ange. Une fresque de la Création du Monde. Pleinement iconographiques, les paysages semblent plus vides de présence humaine que dans d’autres de ses œuvres. Mais toujours aussi denses en éléments. Ici, ces derniers étant naturels, l’artiste s’inspire de l’iconographie chrétienne pour créer son propre langage, sa fable. Lave et mer, vie et civilisation, symboles et croyances.