Biographie artistique

Dans un ton dramatico-humoristique, Denis Brun offre une biographie pleine de rage et d’amour pour la vie. En effet, l’artiste écrit beaucoup et lorsqu’il parle de lui, c’est avec autodérision mais grande sincérité. Ses textes à la première personne accompagnent ses œuvres d’art, et donc inévitablement cet article.

« Je fais de la peinture en pensant à la musique, je fais des vidéos en pensant à la peinture et à la musique. Je fais de la «basse-couture» en pensant à la photographie ou au sexe.

Je fais de la musique en pensant à la vidéo, à la peinture, au dessin ou à l’écriture.

J’écris en pensant à toutes ces choses en même temps.

Pour la céramique je ne pense à rien, donc aucun intérêt à m’étendre sur le sujet. »

Dans cette biographie, il explique que son art consiste à raconter des histoires mais toujours dans le but de dépasser ses limites intellectuelles ou techniques. Il décrit d’ailleurs ce dernier comme « fun tragique ».

En toute insouciance et par goût de la liberté, Denis expérimente le freestyle non seulement dans son art mais aussi dans sa vie. Tout est alors possible.

« Tel un prédateur de formes et de couleurs, je pars à la chasse aux idées non pas avec des armes létales mais avec ma sensibilité, mes yeux, mes mains, mon vocabulaire, ma grammaire, mon savoir faire et ma mythologie. »

L’artiste est hanté par l’art, la création. Son existence le pousse à produire, il « DOIT », comme il le dit lui-même, créer. Concevant ses créations en se basant sur sa propre vie, ses expériences, ses voyages et ses rencontres, il en fait de véritables œuvres, où il ne cherche néanmoins pas à être cohérent. Ainsi, avec poésie il explique :

« Si je devais me risquer à faire une tentative de description métaphorique de ma démarche, je dirais qu’elle aimerait ressembler à une Auberge Espagnole tenue par Rodney Mullen, le pro-skater américain qui tutoie aussi bien les figures de style les plus complexes que les équations mathématiques dont on ignore encore l’existence.
Mais en fait, elle ne sera peut-être qu’un mobil-home en Granolas, squatté par Luffy au chapeau de paille
Ça m’ira tout aussi bien !
Manifestement, la quête du Graal ou de LA nouvelle vague n’étant pas pour moi, j’aspire plutôt à trouver, encore et encore, même dans la nuit, une nouvelle vague. »

©Denis Brun

Hypersensible sûrement, Denis Brun semble être une éponge aspirant tous les sens qui l’entourent, toutes les vibrations qui le noient, d’une odeur à une lumière trop forte. Cette sensibilité se voit peinte parfois comme une angoisse l’emprisonnant, d’autres fois comme une ouverture au monde pleine de découvertes. Son esprit capture chaque détail et devient ainsi une incroyable base de données de motifs artistiques. Doté en plus d’une imagination infinie, l’artiste recrée à lui seul un nouveau monde où la psyché règne.

« Lorsque j’eus 4 ans, j’ai cru comprendre ce qu’était la fête des mères. N’ayant pas encore d’argent de poche, ni la possibilité technique de m’absenter quelques heures pour faire les magasins, j’ai décidé de peindre deux énormes copeaux de bois en bleu ciel pour les offrir comme cadeau à ma mère. J’étais tellement persuadé de la beauté et de la puissance de ces grosses virgules en 3 dimensions, que j’ai vite oublié le peu d’intérêt qu’elles suscitèrent lorsqu’elles furent offertent. L’important à mes yeux était de faire une chose différente (et bleue-claire) avec les moyens du bord, le reste, c’est-à-dire, tout le reste, n’ayant que fort peu d’importance. »

How Creep Is Your Love

Son exposition de 2018, How Creep Is Your Love, constituée d’anciens travaux et d’autres plus récents, présentait aussi des œuvres audiovisuelles, comme ses films tournés en Belgique : une interrogation sur la beauté de l’ennui.

Une salle proposait notamment de s’immerger dans son œuvre sonore avec son autre lui « Toshiro Bishoko », « naufragé volontaire entre la techno pourrie d’une mauvaise soirée saucisses/ bières/vin rouge, un anniversaire en CM2 sous acide, l’oreille collée à un Bontempi en phase terminale, et un voyage aussi cheap que désorganisé en terres indus/noïse/shoegazing-friendly ».

Nowhere

En mars 2019, son exposition à la Numéro 5 présentait peintures, dessins, sculptures, collages à travers un parcours à l’allure d’un carnet de voyage.

Dans cette exposition, on retrouvait des œuvres présentées à How Creep Is Your Love, mais aussi des travaux comme ses Lapunks, « contraction de lapin et de punk, représentant des animaux hybrides (corps de nounours et têtes de lièvres), illustrant ma fascination pour la production d’objets dérivés ou de pièces uniques mais réalisées en série. Tout le monde autour de moi me dit que je vais faire un malheur, mais je n’en vends aucun. Je suis fauché et déprimé. ».

Toujours dans un esprit punk-comics étaient présentées la figure de Mickey, ou encore des reprises d’autres motifs populaires comme celle de Kurt Cobain ou de The Cure. Références à outrance entre BD ou musique underground, vous retrouverez dans d’autres expositions les figures de Gorillaz, Donnie Darko, (avec sa réinterprétation de la tête de lapin), ou encore son skate : sacré.

Sententiae in Capitulis

Ce que Denis Brun aime et propose dans son exposition Sententiae in Capitulis pour ce mois de mai, c’est surtout la collision entre les vestiges d’un patrimoine et l’art d’aujourd’hui. Preuve d’une culture qui ne se meurt pas.

Denis Brun a donc une certaine fascination pour Rome. La photographier c’est la comprendre. Ainsi, pour lui, la ville antique n’a pas de fin. Immortelle, chargée d’histoire, elle en annonce tout autant pour l’avenir.

©Denis Brun