En 2015, l’artiste Aleksandra Mir entreprend un projet d’envergure : The Space Tapestry,  une tapisserie monochrome, qui à terme, mesurera 200 mètres de long pour 3 mètres de hauteur. Sous la forme d’une bande dessinée, Mir explore l’Histoire du vol spatial et du rapport de l’Homme à son univers. C’est ainsi qu’en 2017, le projet Space Tapestry a été exposé simultanément au Tate Modern de Liverpool et à Modern Art Oxford. Grâce à la participation de 25 personnes, âgées de 18 à 24 ans, Aleksandra Mir a pu créer un environnement immersif au sein de ces deux lieux d’exposition. Pour l’heure, il ne s’étend que sur 40 mètres, mais s’accompagne d’un ensemble de 39 dessins complémentaires.

« Mes objectifs sont de pousser le dessin au-delà des limites de la feuille de papier maniable à petite échelle, à une réalité indisciplinée plus vaste ; simultanément, le décor, une danse chorégraphiée et une performance improvisée. J’ai travaillé à développer cette notion en amenant d’autres personnes à explorer le potentiel de nos outils, nos méthodes, et notre rapport les uns aux autres. Travailler avec un esprit collectif permet de diversifier la palette, ce qui aboutit en un résultat plus riche. »

– Aleksandra Mir

What about being alone in the universe ?

Sur une toile synthétique, Aleksandra Mir et ses 25 assistants devraient dessiner une totalité de 3000 heures pour atteindre l’objectif final d’une longueur de 200 mètres. C’est en hommage à la tapisserie de Bayeux, à la représentation de la Comète Halley, brodée en 1066, que Mir a réalisé la Space Tapestry. En partenariat avec des spécialistes de l’Espace, de l’Univers, elle a choisi de représenter des thèmes relatifs aux actualités scientifiques, économiques, philosophiques et socio-politiques. À travers son travail, Aleksandra Mir tente de faire transparaître l’aspect romantique de la science, en questionnant notre place au sein de l’univers ainsi que notre rapport à l’espace.

Aleksandra Mir

« Tandis que la densité et l’utilitarisme des satellites augmente et que le vol spatial entre dans sa prochaine phase, avec des civils suivant des astronautes entraînés dans l’espace, les champs émergents de la politique spatiale, la loi et l’économie, la médecine, la psychologie, la sociologie et la communication spatiale s’accordent avec, et se nourrissent des idées que se fait la culture populaire de l’Espace. Les dessins de Mir à Modern Art Oxford célèbrent et questionnent à la fois leur expertise. »

– Tate Modern Liverpool

La Space Tapestry se divise en différentes parties : Faraway Missions et Earth Observations & Human Spaceflight. Les thèmes traités par Aleksandra Mir sont relatifs à des thématiques actuelles, à des événements, à des innovations technologiques… Le futur que l’on s’imagine impacte nos vies de manière considérable. L’Espace a longtemps nourri beaucoup de fantasmes : la recherche de la vie extraterrestre, notamment. À travers Faraway Missions, Aleksandra Mir questionne notre solitude dans l’Univers, notre recherche constante d’une trace, d’un indice quelconque.

Aleksandra Mir

Aleksandra Mir

Aleksandra Mir

Space Tapestry : Earth Observations & Human Spaceflight

Matérialisant la seconde phase de réflexion d’Aleksandra Mir sur l’Espace, Space Tapestry : Earth Observations & Human Spaceflight constitue la partie la plus récente du projet. Le questionnement prend plus d’ampleur, étudiant non plus seulement l’Espace en soi, mais les nouvelles technologies et leur impact sur nos vies quotidiennes. S’intègre à l’oeuvre une certaine poésie avec le maniement de slogans de propagande par ses jeunes collaborateurs. Quelles sont les possibilités futures offertes par l’espace ? Cette question du futur est en tout cas véritablement inhérente à son art. Il faut, selon elle, questionner l’avenir en sa totalité, mais il est indispensable pour l’Homme de s’interroger sur la place qu’il y occupe.

Aleksandra Mir

Quand le Tate pose la question à Aleksandra Mir de l’expérience qu’elle espère que les spectateurs tireront de leur visite, elle répond :

« Une inspiration sur laquelle agir. Ceci n’est pas de la science-fiction, de la fantaisie, mais notre réalité collective. On entre actuellement dans une véritable ère de la participation spatiale, et il reste beaucoup de place pour que les gens s’impliquent. Le fait que les astronautes nous tweetent ou renvoient des images à la Terre ne suffit pas. Il faut aussi que des créateurs d’images et des conteurs nous fassent un compte-rendu minutieux afin que l’on puisse établir une nouvelle esthétique de l’Espace – et avec chance, même de là-bas. Il faut que des poètes confrontent l’obscurité et la tristesse de l’Espace, non pas par imagination, mais d’une expérience de première main. Le voyage spatial n’est pas pour moi – mon travail ne constitue qu’un pas dans cette direction en proposant une critique terre à terre – mais quelque chose que je souhaite à la prochaine génération de penseurs et d’artistes. »

Crédits photo : all rights reserved © Aleksandra Mir

Aleksandra Mir

Née en Pologne en 1967, Aleksandra Mir est une artiste contemporaine qui s'intéresse particulièrement à l'espace, à l'univers et au féminisme. Pour l'anecdote, Mir signifie Paix en russe.

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