La quatrième édition de la foire d’art contemporain Paris Internationale a confirmé une tendance déjà visible : l’humour subversif et les thématiques conjuguant mystique et folie attirent de plus en plus de jeunes artistes.

Créée par Silvia Ammon et Clément Delépine en 2015, la foire ouvre ses portes un jour avant la Fiac. La date compte. “Nous découvrons de nouveaux artistes, de nouvelles situations”, expliquent les organisateurs. Les 42 galeries européennes, américaines et asiatiques y présentent l’art expérimental, dont les créateurs sont soit trop jeunes, soit hors cadre pour la FIAC au Grand Palais. C’est dans un bel immeuble haussmannien de 4 étages près du parc Monceau, que Paris Internationale a pris place cette année.

L’artiste britannique Michael Fullerton (galerie Koppe Astner, Glasgow) y dévoilait une série audacieuse de portraits – en effet, il fallait en avoir de l’audace pour présenter une peinture réaliste et figurative dans une foire d’art contemporain ! S’inscrivant dans la tradition du portrait officiel, à l’instar de ceux que l’on accroche à l’hôtel de ville après le départ d’un maire, ils révèlent une perspicacité psychologique de Fullerton ainsi que son indubitable savoir-faire de peintre.

À l’âge de 29 ans, l’artiste argentino-espagnole Amalia Ulman, représentée par la galerie Deborah Schamoni (Munich), compte déjà à son actif des expositions à la Tate Modern, la Whitechapel Gallery et la Biennale de Berlin. Diplômée de la St. Martin’s de Londres et résidant à Los Angeles, elle place le sarcasme et l’auto-humiliation au cœur de son œuvre. Dans le cadre de sa performance Excellences and Perfections de 2014, Ulman animait un compte Instagram au nom de son alter ego fictionnel – jeune mannequin et blogueuse lifestyle à l’air de prostituée. À juste titre accusée de snobisme, Ulman doit néanmoins être reconnue comme l’une des meilleures caricaturistes de sa génération. À Paris Internationale, l’artiste présentait un autoportrait dérangeant, où son visage, calme et mélancolique, était couvert d’une substance liquide évoquant le sperme. 

En se moquant du discours de la publicité sociale, Ulman y dévoilait aussi un poster faisant partie d’une campagne imaginaire intitulée “American Responds to Money”, qui entend proposer des solutions au problème d’argent. La première partie de ses slogans reprend une rhétorique morale banale mais bien intentionnée, habituelle pour ce genre de textes : “Vous ne deviendrez pas pauvre étant un ami”, “Vous ne deviendrez pas pauvre en donnant du sang”, puis l’artiste passe aux déclarations absurdes, du genre “Vous ne deviendrez pas pauvre en prenant un bus”, tout en concluant par des thèses cyniques : “Vous pouvez devenir pauvre en étant né d’une mère pauvre”.

L’installation de Veit Laurent Kurz (galerie Isabella Bortolozzi, Berlin) était, sans nul doute, la plus théâtrale de toute la foire. L’artiste allemand avait entièrement investi une petite chambre avec des sculptures anthropomorphes épouvantables, habillées en tenues du 19e siècle dans l’esprit de Dracula, Frankenstein, la famille Adams ou encore du docteur Jekyll et M. Hyde.

L’artiste russe Evgeny Antufiev (galerie Emalin, Londres), star de la dernière biennale Manifesta à Palerme, travaille au croisement de l’art brut et de l’art primitif. Né dans les années 80, dans une petite ville multiethnique en Sibérie – aux confins de la Mongolie et de la Chine –  Antufiev est, depuis le plus jeune âge, confronté à l’art bouddhiste. Enfant, il a survécu à la catastrophe socio-économique de l’effondrement de l’URSS. Parmi de nombreuses hystéries collectives de cette époque, le culte du Nain de Kychtym avait une ampleur particulière : un bébé momifié, découvert par hasard dans un marais en 1996, est devenu pour des dizaines de milliers de personnes l’objet de vénération mystique, tout en étant proclamé messager des civilisations extraterrestres et héritier de l’empereur Nicholas II.

Les sculptures, masques et idoles d’une religion inconnue aux visages farfelus créés par Antufiev, renvoient à ce contexte tout aussi traumatique que pittoresque. A l’instar des masques carnavalesques du 18ème siècle, le visage souffrant en verre créé par l’artiste américain Win McCarthy (galerie Fons Welters, Amsterdam) partage avec les œuvres d’Antufiev la puissance d’expression, mais il lui manque leur ambiguïté. L’artiste russe est décidément en mesure de capter ce demi-sourire errant que l’on rencontre chez les malades mentaux ou sur les totems des tribus les plus isolées.

Crédits images. Galerie Deborah Schamoni : images courtesy the artist and Deborah Schamoni ; galerie Koppe Astner : photo Patrick Jameson courtesy the artist and  Koppe Astner ; galerie Emalin : photo Plastiques, London & Romain Darnaud Courtesy of the artist and Emalin ; galerie Isabella Bortolozzi photo Aurélien Mole courtesy of the artist and  Isabella Bortolozzi.

 

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