La série de photographies “Empire of Dust”, réalisée par Amélie Labourdette, explore les architectures inachevées d’Italie. Récompensée par le Sony Photography Award dans la catégorie architecture en 2016, cette série fait aujourd’hui l’objet d’une exposition à la galerie Thierry Bigaignon.

 

©Amélie Labourdette Courtesy de la galerie Thierry Bigaignon

©Amélie Labourdette Courtesy de la galerie Thierry Bigaignon

©Amélie Labourdette Courtesy de la galerie Thierry Bigaignon

Face à ces photographies, on a l’étrange sensation d’un monde dévasté, où la nature aurait repris ses droits. Rien ne nous indique où se situent ces paysages. Il n’y a aucune présence humaine. Ce sont des paysages hors du temps.

Ecomostri

C’est l’Italie du Sud et ses “ecomostri”, des constructions inachevées, qu’Amélie Labourdette a photographiées. Ces bâtiments, laissés à l’abandon au milieu des forêts ou à flanc de collines, le sont pour plusieurs raisons. Par exemple pour blanchir l’argent de la mafia. Lorsqu’il s’agit d’argent public, la cause vient souvent d’une mauvaise gestion des fonds ou de détournement de fonds européens. La construction de ces bâtiments peut aussi être stoppée pour cause de préservation du littoral. Enfin, la crise et l’éclatement de la bulle immobilière sont aussi très souvent responsables de l’arrêt des travaux.

Amélie Labourdette s’intéresse à la perte d’usage pour lequel ces bâtiments étaient dédiés. Une perte d’usage qui a entraîné un glissement de leur identité. Que représentent-ils aujourd’hui ? Des ruines, des sculptures ? Leur identité semble indéfinie. La photographe sollicite donc notre imaginaire. Elle y voit par exemple de monumentales sculptures de Land Art. Ces paysages rappellent aussi la peinture romantique allemande du XIXe siècle et ses ruines. Elle même revendique l’influence de Caspar Friedrich et les lumières latentes de ses tableaux.

 

©Amélie Labourdette Courtesy de la galerie Thierry Bigaignon

©Amélie Labourdette Courtesy de la galerie Thierry Bigaignon

©Amélie Labourdette Courtesy de la galerie Thierry Bigaignon

Photographier les stigmates de notre société

L’approche d’Amélie Labourdette n’est pas moralisatrice. Elle ne cherche pas à dénoncer. Elle fait simplement le constat de ces constructions inachevées désormais inscrites dans nos paysages. Sa démarche n’est pas non plus de les répertorier, à l’image du travail de Bernd et Hilla Becher.

Le paysage renvoie à notre mémoire collective et individuelle. Il peut être le reflet de l’histoire, d’une époque. Les squelettes de béton pourraient ici représenter les stigmates de notre société. Ses photographies sont un témoignage de notre histoire contemporaine et confrontent le spectateur à une réalité brutale. Celle d’une époque profondément affectée par les bouleversements socio-économiques.

“Ils reflètent le tréfonds d’une histoire humaine familière, faite d’hybris et de vanité, d’entropie et d’inévitable retour à la poussière” – Amélie Labourdette

©Amélie Labourdette Courtesy de la galerie Thierry Bigaignon

©Amélie Labourdette Courtesy de la galerie Thierry Bigaignon

©Amélie Labourdette Courtesy de la galerie Thierry Bigaignon

Les Sanatoriums

L’exposition révèle également une série de dessins de sanatorium. Amélie Labourdette souhaitait se rendre en Abkhazie, une région sécessionniste de la Géorgie, notamment pour y photographier des sanatoriums inachevés datant de l’ex URSS. Mais le gouvernement d’Abkhazie lui a interdit de concrétiser ce projet. Elle a donc décidé de réaliser des dessins de ces sanatoriums à partir d’images trouvées sur Google.

 

©Amélie Labourdette Courtesy de la galerie Thierry Bigaignon

©Amélie Labourdette Courtesy de la galerie Thierry Bigaignon

©Amélie Labourdette Courtesy de la galerie Thierry Bigaignon

Exposition “Empire of Dust”, Amélie Labourdette, galerie Thierry Bigaignon, jusqu’au 23 décembre 2017.

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