Anita Molinero, ancienne étudiante des Beaux-Arts de Marseille, a débuté en réalisant, à travers le mouvement Punk, des sculptures à l’aide de matériaux de récupération. Très vite, elle se prend d’affection pour le plastique, matière infiniment transformable. Elle l’étire, le déforme, le brûle, le fond, et surtout le sculpte.

Elle participe à des expositions dans les années 2000 au FRAC Limousin, au MAMCO à Genève, au FRAC Alsace, à celui d’Haute Normandie, ou encore au Consortium de Dijon. En 2012, c’est elle qui crée la station de tramway T3 de la Porte de la Villette, et en 2015 elle obtient le prix résidence de la Fondation Salomon à New York.

Anita Molinero
Le Bayou anciennement dite La Régina, 2012-2015
Gazinière inox, poubelle polypropylène, polyester extrudé, fourrure, poches plastique
150 x 195 x 90 cm
Photo © Rebecca Fanuele
Courtesy Galerie Thomas Bernard / Cortex Athletico, Anita Molinero

Sculptures plastiques

Inspirées de la science-fiction, ses formes défigurées interrogent l’objet à travers un futur apocalyptique. Le ready-made, fait de résidus, essences de la Terre, devient la sculpture moderne où la nature semble reprendre ses droits sur la matière. Loin des perfections « viriles » d’une statue de Michel-Ange, Anita Molinero s’approprie la sculpture en tant qu’artiste femme, et réussit, en abîmant la matière, à y révéler l’œuvre d’art.

« Les tuyaux d’échappement sont comme des organes par lesquels passent les gaz et sortent les particules. Les associer à l’univers matériel de l’enfance, c’est en quelque sorte la rencontre de deux grands désastres, poursuit-elle. Les plastiques sont pour moi des déchets à double titre : du point de vue matériel, bien sûr, mais aussi du point de vue de l’imaginaire de l’enfant, et de tout ce qu’on leur met de “pourri” dans la tête »

usbeketrica.com / Anita Molinero

Provenant de notre environnement, les plastiques sont ici des sacs, des films alimentaires, des conteneurs, ou encore des emballages. L’artiste interroge leur curieuse évolution, de leur fonction protectrice à leur misérable fin en tant que déchet. Elle donne une nouvelle vie à ces créatures fantômes. Proches d’un monde radioactif, ces êtres à la peau esquintée, déformés par la vie, presque grotesques, enclenchent honte sur quiconque croisera leur chemin. En effet, autrefois outils essentiels à l’homme, ils rappellent notre impact sur la planète et le rôle de notre existence dans ce monde.

« Depuis 1995, j’adore travailler le polystyrène qui me rappelle des matériaux pérennes comme le bronze car tu ne t’en débarrasses pas. »

galeriethomasbernard.com / Anita Molinero
Anita Molinero
Sans titre, Amiat 1, 2015
Poubelle fondue
190 X 210 X 140 cm
Photo © Beppe Giardino
Courtesy Galerie Thomas Bernard / Cortex Athletico, Anita Molinero

Une œuvre physique

Ainsi, son exposition de 2018, « Bouche-moi ce trou », au Palais de Tokyo, donnait à voir par exemple une sculpture de motos fondues. Pour réaliser ces formes, les objets sont travaillés au lance-flammes. Anita Molinero joue avec le plein et le vide, mais aussi avec la notion de poids et de volume. Un travail très physique qui s’éloigne des notions de beauté artistique au sens classique du terme.

« Cette création est violente au sens d’une énergie irréversible. Avec le lance-brûleurs qu’on utilise, si on se rate, c’est foutu. On transforme la matérialité vers une orientation où elle ne veut pas aller. L’œuvre est violente parce qu’elle est chaotique ».

usbeketrica.com / Anita Molinero