En ce moment exposé en France, au Canada et en Espagne, Martin Messier est une figure montante de l’art numérique. L’artiste québécois est à la fois performeur, vidéaste et musicien. Il s’agit là d’une facette essentielle puisque son travail s’axe souvent autour de la “relation entre le son et les matérialités“. Se destinant originellement à la carrière de batteur professionnel, ce n’est qu’après avoir assisté à un concert de musique concrèt, qu’il se lance dans l’esthétique plastique. Alors seulement il commence à explorer les potentialités musicales d’objets anecdotiques.

Martin Messier, Ashes, (crédit – Élie Blanchard)

 

Ce qui intéresse fondamentalement Martin, c’est le jeu, l’ambiguïté, l’amalgame entre la forme et la sonorité : peut-on voir du son ? Peut-on le matérialiser ? D’où vient-il ? Telles semblent être les problématiques motrices des oeuvres du jeune artiste québécois.

Le travail de Martin prend souvent la forme d’installations sobres mêlant objets du quotidien parfois obsolètes et nouvelles technologies pour créer des harmonies nouvelles. De manière systématique, le son intervient mais son mode de production varie, quant à lui, en fonction des installations.

 

Impulse

Dans Impulse, actuellement visible au CENTQUATRE dans le cadre de la Biennale Némo, le son est produit par un algorithme semi-aléatoire conçu en amont. Le résultat est une chorégraphie nerveuse de trajets lumineux sonores entre dix panneaux métalliques. Les trajectoires fulgurantes et en partie hasardeuses des flux sont censées représenter le système de fonctionnement de notre activité cérébrale neuro-synaptique.

Les ballets numériques de Martin Messier - Impulse - virtute 2Crédit ci-dessus – Martin Messier 

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Sewing Machine Orchestra

L’installation Sewing Machine Orchestra est composée d’une douzaine de machines à coudre qui s’activent en autonomie pour produire un concert d’une inquiétante étrangeté. En effet, voir ces symboles de la banalité ménagère produire des rythmes sonores indépendamment de toute intervention humaine a quelque chose de dérangeant. Affranchies de leur finalité fonctionnelle usuelle, les machines, comme enivrées, plongent le spectateur dans une composition sonore aux tonalités presque menaçantes. Une réflexion, peut-être, sur un monde où l’humanité n’aura bientôt plus sa place.

https://www.youtube.com/watch?v=BeY4C6Bf4W8

Field

Avec Field, Martin Messier participe activement à la production des sonorités, faisant par là de son oeuvre une performance à part entière. En interagissant avec les câbles qui relient deux panneaux d’aluminium, l’artiste orchestre la composition sonore et lumineuse d’une installation fonctionnant sur la base de la captation des champs électromagnétiques qui nous environnent.

Les ballets numériques de Martin Messier - Field 2Crédits di-dessus : Martin Messier

 

Machine_Variation

Machine_Variation se présente comme un concert. Pendant 30 minutes, Martin Messier et Nicolas Bernier jouent d’un instrument inédit monté par l’artiste en arts visuels Jonathan VilleneuveA la manière de carillonneurs professionnels, les deux collaborateurs se meuvent dans cette installation pour y actionner, simultanément ou non, des leviers de bois qui déclenchent des sonorités techno. L’instrument est tortueux et la performance a quelque chose de résolument solennel.

 

Martin Messier, Con Grazia, 2016

Une thématique récurrente donc, le son, mais aux modalités de déploiement diverses puisque, outre ces installations, Martin Messier s’est également illustré pour ses chorégraphies de danse contemporaine. En voulant prouver que le son peut s’originer dans l’imperceptible et se déployer parmi des objets familiers ou des instruments inédits, Martin parvient à produire une oeuvre d’une grande cohérence et au charme infaillible.

Notons que ce charme est en partie lié avec quelque chose de l’ordre de la violence. En effet, il semble parfois que l’artiste donne les moyens à des instruments techniques et technologiques de s’exprimer pour la première fois et que, à la manière du nourrisson, cette première tentative de communication prend la forme d’un cri dont on ne sait pas s’ il est l’expression d’un désespoir ou bien une interpellation agressive.

Par des agencements techniques d’une impressionnante complexité, Martin Messier nous donne donc à voir quelque chose comme un enfantement, tout un matériau visuel et sonore aux caractéristiques nouvelles dont le processus de création se réalise sous nos yeux. Et c’est sans doute de là, en définitive, que les oeuvres de Martin tirent toute leur puissance captatrice dont chacun pourra bientôt être le témoin puisque un nouveau projet, ASHES, sera dévoilé à Caen le 12 mai dans le cadre du Festival Interstices.

Martin Messier, Con Grazia, 2016

Martin Messier, Con Grazia, 2016


Martin Messier, Con Grazia, 2016

Martin Messier, Con Grazia, 2016


Martin Messier, Con Grazia, 2016

Martin Messier, Con Grazia, 2016


Martin Messier, Con Grazia, 2016

Martin Messier, Con Grazia, 2016

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