“Personne ne me soumet”, “Délivrez-nous du mâle”, “Mon corps m’appartient”. Ces slogans aussi puissants que provocateurs sont écrits en lettres rouges ou noires sur les bustes des Femen. Bettina Rheims les a photographiées dans son studio parisien. Elle expose ces portraits jusqu’au 25 novembre 2017 à la galerie Xippas.

 

Elvire Duvelle-Charles & Neda Topaloski, FEMEN, Mai 2017, Paris
© Bettina Rheims Courtesy Galerie Xippas

Inna Shevchenko, My Body My Manifesto, mai 2017, Paris
© Bettina Rheims Courtesy Galerie Xippas

Né en Ukraine en 2008, Femen est un groupe d’activistes féministes célèbre pour ses actions coup de poings contre des sujets religieux ou politiques. Ce groupe est composé uniquement de femmes. Elles utilisent le corps féminin (les seins griffonnés de formules chocs) en réponse aux abus et à la haine dans notre société.

Après s’être intéressée aux femmes détenues dans les prisons françaises ou aux transgenres, c’est aux Femen que Bettina Rheims a choisi de s’intéresser pour cette nouvelle série.

 

 

Lara Alcázar, «Aborto es sagrado» (l’IVG c’est sacré), mai 2017, Paris
© Bettina Rheims Courtesy Galerie Xippas

Aliaa Elmahdy “ةيسنج ةادأ الو ةروع الو ةعلس سيل يدسج” (My body is neither a commodity, nor a sex tool), mai 2017, Paris © Bettina Rheims
Courtesy Galerie Xippas

 

Cadrage en pied sur fond blanc. Poses frontales. Buste nu. Même recette pour chacun des portraits des Femen. Ces dernières ont choisi leurs coiffures et leurs positions. Certaines ont les mains sur les hanches, l’une lève le poing tandis qu’une autre tient une kalachnikov. Plusieurs d’entre elles portent un voile de tulle ou une couronne de fleurs. Faisant ironiquement référence au mariage, toutes portent un message peint sur leur torses nus. “Délivrez moi du mâle”, “Personne ne me soumet”, “Les seins nourrissent la révolution”, “L’avortement est sacré”. Des revendications dont les phrasés violents sont une réponse à la violence infligée aux femmes. Et qui font écho de façon étrange à l’affaire Harvey Weinstein et à la déferlante de hashtag #MeToo sur les réseaux sociaux.

” ‘Délivrez-nous du mâle’ , le slogan, que porte Sarah Constantin sur la photo que j’ai faite d’elle, prend un autre sens, une autre force. C’est incroyable.” – Bettina Rheims

 

Anne-Lise Leonio-Niclou, «In Gay We Trust», mai 2017, Paris
© Bettina Rheims Courtesy Galerie Xippas

Fleur d’Aboville, Naked War, Mai 2017, Paris
© Bettina Rheims Courtesy Galerie Xippas

Sarah Constantin, Délivrez nous du Mâle, Mai 2017, Paris
© Bettina Rheims Courtesy Galerie Xippas

 

Des photographies féminines dénuées de toute évocation érotique. La façon de Bettina Rheims de photographier les Femen contraste avec la tradition photographique du corps de la femme sensuel et séducteur. Les Femen et la photographe se refusent à jouer la carte de la séductrice. Depuis les années 1980, Bettina Rheims bouscule les codes de la représentation de la femme et de son corps. D’une certaine façon, son travail est politique.

“Jusque-là, je rencontrais des femmes et j’en faisais des guerrières. Cette fois-ci, j’ai rencontré des guerrières, et j’ai eu envie de leur donner un visage, de les incarner, de souligner leur féminité. J’ai eu l’impression que tout le travail que je mène depuis quarante ans autour des femmes s’incarnent en elles.” – Bettina Rheims

 

Bettina Rheims, Naked War
Vue de l’exposition / Exhibition view. Galerie Xippas, Paris, 2017
Photo: Frédéric Lanternier
Courtesy l’artiste et Galerie Xippas, Paris / Courtesy the artist and Galerie Xippas, Paris

Bettina Rheims, Naked War
Vue de l’exposition / Exhibition view. Galerie Xippas, Paris, 2017
Photo: Frédéric Lanternier
Courtesy l’artiste et Galerie Xippas, Paris / Courtesy the artist and Galerie Xippas, Paris

 

Avec cette exposition, Bettina Rheims fait entrer l’activisme politique des Femen dans la galerie. Et tous leurs messages, que l’on avait pour habitude de lire dans l’espace public, se lisent désormais dans le champ de l’art contemporain.

“Faire entrer ces slogans dans une galerie, un lieu où de tels messages sont rarement présents, c’était une opportunité, un moyen de partager notre propos auprès d’un public moins politisé, peut-être moins féministe. Les droits des femmes doivent s’infiltrer partout, surtout là on ne les voit pas d’habitude.” – Inna Shevchenko, la présidente des Femen

 

Bettina Rheims, Naked War, du 21 octobre au 25 novembre 2017, galerie Xippas, 75003 Paris.

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