À Paris, Bianca Argimón présente ses œuvres politico-satiriques

Inspirée par les écrits du sociologue Émile Durkheim, la plasticienne franco-espagnole Bianca Argimón créé des sculptures, dessins et tableaux pour aborder des sujets politiques sensibles sous l’angle de l’humour et du paradoxe.

Weltschemerz, crayons luminances sur papier Arches, 2019. – Courtesy of Bianca Argimon 

La réflexion sur les tendances majeures du développement mondial telles la digitalisation, la déstabilisation de l’économie financière et l’intensification des conflits internationaux coexiste dans la pratique artistique de Bianca Argimón, où se côtoient l’ironie et la satire. Son exposition à la galerie Mansart, dévoilant une dizaine de nouveaux dessins, tableaux et sculptures, est réalisée autour du concept d’anomie. Élaborée par le sociologue français du 19e siècle Émile Durkheim, celui-ci «caractérise la situation de crise où se trouvent les individus lorsque les règles sociales… perdent leur pouvoir et doivent céder la place à d’autres», précisent les commissaires de l’exposition, Antoine Py et Camille Frasca. «Une société actuelle, continuent-ils, est celle où tout devient ludique».

Et Argimón le tourne en sa faveur. Parmi les œuvres humoristiques de l’artiste exposées chez Mansart, on trouve : la tapette à mouche en argile, qui se cassera à la première utilisation, le dessin d’une statue grecque faisant un doigt d’honneur au ciel, ou encore un tableau réaliste soigneusement travaillé sur lequel une main crève les bulles de plastique.

Wrapsody, huile sur bois, 2019. ​- Courtesy of Bianca ARGIMON 

Le bon sens du comique d’Argimón est complété par sa perspicacité, son esprit critique et son talent pour l’allégorie. Afin de démontrer l’entrelacement progressant entre réalités physique et numérique, l’artiste a peint, huile sur toile, un Q-code renvoyant ceux qui focalisent sur lui les caméras de leurs portables à un gif également créé par elle. Le dessin du jardin enchanté montre, comme son héros principal, un homme portant le masque de Guy Fawkes pêchant dans un fleuve de chiffres verts lumineux, lequel on voit souvent sur les écrans d’ordinateurs des espions dans les films hollywoodiens. Les squelettes dansent dans les ruines de Wall Street sur le grand dessin blanc et bleu avec plein de personnages secondaires à l’instar d’Adam et Ève, du Père Noël, du sénateur américain John McCain et de cheiks arabes. Sur une autre toile, se situe le bureau rempli de blocs d’alimentation, téléviseurs, téléphones et claviers, qui peut être un poste de sécurité dans un supermarché aussi bien qu’un repaire des hackers, un espace de travail à la bourse ou une salle de crise de la CIA. À notre époque technocratique, ce bureau sans visage a remplacé la salle du trône et la chambre du parlement en tant qu’image centrale du pouvoir…

Marier les « genres nobles » de l’art avec les sujets drôles, chercher de l’absurdité dans le sérieux et mixer les traits de différents styles et époques dans la même œuvre, Bianca Argimón sait jouer sur les contradictions et créer à partir d’elles une narration visuelle riche et captivante.

​Courtesy of Bianca ARGIMON 

Melancholia XXI, huile sur lin, 2019. ​Courtesy of Bianca ARGIMON 

L’exposition «Par Anomie» de Bianca Argimón est ouverte à la galerie Mansart (5 rue Payenne, 75003 Paris) du 17 mai au 16 juin

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