La 58ème Biennale d’Art de Venise « May You Live In Interesting Times » ouvre ses portes le 11 mai. Présidée par Paolo Baratta et Ralph Rugoff, directeur de la Hayward Gallery de Londres, cette nouvelle édition n’a pas de thème particulier, mais touche dans une approche sociale l’art dans sa globalité.

« May you live in interesting times »

Sous forme de pavillons, l’évènement aura lieu dans les espaces d’exposition des Giardini et de l’Arsenal, ainsi qu’au centre de Venise. Avec une fréquentation de 615 000 visiteurs l’an dernier, Ralph Rugoff explique cette année son choix pour le titre de cette exposition :

« May you live in interesting times »

Faux proverbe asiatique, il représenterait selon lui « un ersatz de relique culturelle, qui malgré son statut fictionnel, avait eu de vrais effets dans d’importantes discussions publiques ». La parole est alors ici suspecte par son fond, mais riche de sens par sa forme.

Courtesy of la Biennale di Venezia

La Biennale d’art 2019

Née en 1893, la Biennale d’art de Venise, « Exposition Internationale d’Art et de la Cité de Venise », fait de cette ville un lieu riche en art contemporain qui vient s’associer à son patrimoine historique.

Pour cette 58ème édition, 90 pavillons seront présentés avec quatre nouvelles participations : Madagascar, le Pakistan, le Ghana et l’Algérie. Venus du monde entier avec des contextes politiques et sociaux fort différents, ces participants illustrent parfaitement les paroles de Ralph Rugoff :

« J’ai voyagé partout à travers le monde à la rencontre des artistes. Le seul endroit où je ne sois pas allé, ce sont les cimetières ! Je laisse aux musées la charge de redécouvrir le travail des anciens et des oubliés. Celle d’une biennale est de rendre compte du présent tous les deux ans, un état des lieux que rappelle cette horloge »

S’appuyant sur les fakes news, les réseaux sociaux et le surplus d’informations que nous consommons quotiennement, Rugoff explique à travers ce projet la problématique de la confrontation. Il souligne l’idée reçue des naissances de débats sur internet, alors qu’en réalité l’algorithme de ces réseaux ne nous propose que des tendances allant dans notre sens. Il veut alors rompre cette frontière entre nos « mondes parallèles » et opter pour l’échange et l’identité de chacun.

Dans cette idée, il conçoit l’évènement en deux expositions, mais qui réunissent les mêmes artistes, entre l’Arsenal dans une première partie et les Giardini dans la seconde.

Courtesy of la Biennale di Venezia

Un avant-goût du programme

Ils viennent du monde entier

Vous retrouverez des artistes thaïlandais comme Korakrit Arunanondchai, l’artiste française Dominique Gonzalez-Foerster, ou encore avec sa sculpture en verre, l’artiste chinois Liu Wei. Au niveau de la scène africaine et afro-américaine sera présentée Zanele Muholi autour de sa réflexion sur la représentation de la femme noire dans l’art. Mais aussi Henry Taylor, peintre afro-américain, Njideka Akunyili Crosby, peintre nigérien et Julie Mehretu, artiste new-yorkaise née en Ethiopie et dont les œuvres illustrent des villes et des réseaux abstraits.

Sans oublier, le travail de l’artiste japonaise Mari Katayama, dont les œuvres mêlent passé moyenâgeux et ère futuriste.

Courtesy of la Biennale di Venezia

Le pavillon français

Laure Prouvost représentera la France avec à ses côtés Martha Kirszenbaum, commissaire et critique d’art. Son projet audiovisuel « Vois ce bleu profond te fondre » invite au voyage intérieur à travers métaphores et symbolisme et nous plonge dans une absurdité enivrante.

Courtesy of la Biennale di Venezia

L’œuvre audiovisuelle de l’artiste a été filmée lors d’un road trip en France et à Venise. Entourée de comédiens aux divers talents, elle a tenté de capturer des dialogues, des expressions, des gestes riches de sens et de poésie. Grigny, Roubaix, Marseille… voici les lieux où s’expriment ici magie, musique, acrobatie mais aussi narration. Laure s’est amusé avec les mots dans ce script co-écrit avec d’autres contributeurs. Elle a choisi d’y insérer plusieurs sons, plusieurs langues : anglais, français, néerlandais, italien ou arabe. En manipulant avec merveille les effets de traduction.

Une installation accompagne son film dans un clair-obscur des plus mystérieux. Terre, plantes, vapeur d’eau, elles s’immiscent au sein du pavillon.