Née en 1978 à Guanghzou, Cao Fei est la fille du sculpteur Cao Chong’en. Les sculptures de son père, qui sont éparpillées à travers la Chine, représentent des figures allant de Mao à Deng Xiao Ping, en passant par Bruce Lee. Élevée pour se plier aux exigences du parti communiste, Cao Fei a voulu se détacher de l’œuvre de son père et des contraintes socio-politiques appliquées à l’art. C’est ainsi qu’elle s’est intéressée à l’art numérique, à la performance, à la vidéo, étudiant à travers ces œuvres les répercussions du boom économique sur la Chine, notamment suite à l’ouverture du commerce par voie maritime aux investisseurs occidentaux.

« The embodiment of the new China »

À ses débuts, Cao Fei s’intéresse à la jeunesse chinoise : la culture Hip-Hop, l’imprégnation des adolescents par la culture japonaise… Selon Hon Hanru, Directeur Artistique de Maxxi, « elle était très jeune et peu connue, mais l’on pouvait sentir son potentiel de devenir une artiste incroyablement unique, du fait qu’elle appréhendait la jeunesse de manière contemporaine ».

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C’est ainsi qu’elle réalise COSplayers en 2004. Au sein de ce projet, chacun des sujets est libre de donner vie à ses fantasmes. Le rapport de l’individu à son héros de la pop culture est primordial. Il se met dans sa peau, le temps d’une prise de vue, et devient celui qu’il n’est pas ou ne peux pas être.

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Dans un premier temps, Cao Fei bénéficiera d’un succès considérable auprès des curators européens. Grâce à cette percée en Occident, elle réussira à échapper à certaines restrictions dont pâtissent habituellement les femmes artistes en Chine. Elle évoque d’ailleurs son statut dans son pays natal : actuellement, elle est de plus en plus considérée, sa réputation s’accroît, mais ce en tant que femme artiste et non en tant qu’artiste. C’est alors que se pose la question du genre, de la culture et de l’’âge. Selon le directeur du MoMa PS1, Klaus Biesenbach, « Cao Fei visualise la tension dont une personne de sa génération peut être victime quotidiennement en Chine. »

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En 2006, dans le cadre du Siemens Art Program, Cao Fei entreprend des entretiens écrits avec des ouvriers. Elle leur demande, par écrit, de réfléchir à leur statut et à leurs attentes de l’avenir. Après les avoir rencontrés, Cao Fei les met en scène sur leur lieu de travail, au sein des machines. Elle tente de capturer un mouvement. Elle se joue de la danse pour réinterpréter le lieu et la place de l’individu au sein du système tayloriste.

« Quand il s’agit d’aliénation, il n’est pas question d’une réaction temporaire, c’est un processus continu, long et progressif. Nous sommes dans une impasse. »

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L’utopie numérique

« Dear ladies and gentlemen, I’m China Tracy – the avatar of Cao Fei – and I’m her interpreter. »

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À hauteur de huit à dix heures par jour, Cao Fei incarne à partir de 2007 l’avatar China Tracy sur Second Life. C’est ainsi qu’elle crée la plateforme RMB City, « A Second Life City Planning by China Tracy ». Le nom de la ville provient de la contraction de la monnaie chinoise Renminbi, et son but est de questionner le sujet d’une utopie numérique. En termes de développement de sa ville virtuelle, elle a construit une cité dont l’urbanisme, composé d’immeubles identiques, renvoie au paysage caractéristique pékinois. S’ajoute à cette véracité la représentation de monuments emblématiques de la capitale, tels que la Banque de Chine, le Stade Olympique… mais aussi l’entrée de la Cité Interdite, sur laquelle elle a substitué un panda géant à la tête de Mao… ou encore la CCTV, dont la proposition d’intégration a été soumise par Ole Scheeren lui-même. Cao Fei exploite d’ailleurs les enregistrements de RMB City dans son film i.MIRROR, paru en 2007.

« RMB City trouve toute sa pertinence dans les conditions qui lui ont donné naissance : l’entrée généralisée de la ville chinoise dans un régime de fantasme digital avancé. L’espace de fuite en dehors du réel ne peut manquer de retrouver ce rêve de ville qui traverse le pays, et la réalité seconde qu’il impose aux consciences. La déconnexion personnelle y rencontre la fracture généralisée : le bouleversement bien réel de la Cité et de ses codes, promesse d’une ère nouvelle… Mais elle ne peut non plus oublier la tension extrême entre cette terre promise et la réalité quotidienne de ceux qui travaillent à son avènement. En dernier recours, les différents régimes d’image reviennent aussi à la réalité sociale : tous ne jouissent pas des belles parades architecturales ; bon nombre n’atteindront jamais cette terre promise qui prend corps sous leurs yeux, et dont l’image démultipliée justifie leurs efforts, leur sacrifice. »

Emmanuel Rubio pour Mediapart

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La globalisation en Chine selon Cao Fei

Dernièrement, le travail de Cao Fei s’est beaucoup focalisé sur la question de la surconsommation, de la saturation démographique, ainsi que de la désertion des complexes immobiliers face à une urbanisation croissante. Haze and Fog, en 2013, critique la ville de Pékin. Dans un univers post-apocalyptique, Fei donne vie à des zombies, questionnant les dangers de la surpopulation et de la pollution dont souffre la capitale chinoise.

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Rebelote en 2014 avec La Town. Une nouvelle collaboration avec Ole Scheeren donna naissance à un film en stop motion. Pour l’occasion, Cao Fei fait référence aux Villes Invisibles d’Italo Calvino. « En dehors de Penthesilea, est-ce que le dehors existe ? Ou, qu’elle que soit la distance parcourue depuis la ville, ne passerez-vous que d’un limbo à un autre ne parvenant jamais à la quitter ? ». La question cette fois-ci, est celle du vide, de l’habitation vide, du quartier déserté. La voix off du film évoque cette question de la société sur le point de déchoir, de la ville en voie de destruction.

« J’ai toujours pleuré le destin de La Town, un nouveau désert si semblable aux autres déserts. »

L’œuvre de Cao Fei a donc une ligne conductrice forte : la dénonciation des utopies communistes passées ainsi que l’ascension capitaliste en Chine ces vingt dernières années. En capturant les transitions que subit et dont bénéficie la société chinoise, elle critique une culture régie par les jeux-vidéos et la surconsommation. C’est alors que se pose la question de la globalisation qu’elle ne voit pas « tout noir ou tout blanc [mais qu’elle préfère] observer sous ses multiples facettes. »

« Face à la modernité et à une économie à l’évolution rapide – en Chine ou autre part – l’imagination, semblerait-il, est la meilleure manière d’observer les choses. »

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– Monica Uszerowicz pour Hyperallergic

Le dernier projet de Cao Fei a été celui de la BMW Art Car.

Initié en 1975, la création de Fei constitue le dix-huitième modèle et est présenté au Misheng Art Museum de Pékin. Pour cette œuvre, elle a choisi de réaliser une installation couplant trois éléments. Pour cela, elle a réalisé un film d’un guru spirituel effectuant un voyage dans le temps, une réalité augmentée de particules lumineuses et, bien évidemment, la voiture elle-même.

« Pour moi, la lumière représente les pensées. La vitesse de ces pensées ne pouvant pas être mesurée, cette 18e Art Car invite chacun à se poser la question d’éventuelles limites à l’esprit humain. »

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Images courtesy of artist and Vitamin Creative Space.

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