Catherine Petitgas et sa sélection unique à Art Paris

Catherine Petitgas nous parle ici de sa collection personnelle d’art moderne et contemporain, et des œuvres qu’elle a sélectionnées pour l’exposition « Amazones » dans le cadre de l’édition 2019 de Art Paris.

Pouvez-vous vous présenter ?

Je suis française, je vis à Londres, je suis collectionneuse et historienne de l’art, spécialisée dans l’art moderne et l’art contemporain, essentiellement d’Amérique latine.

Comment s’est fait votre échange avec Art Paris ?

Art Paris m’a invitée à présenter une sélection d’œuvres de ma collection dans le cadre de leur spécialisation cette année. Ils m’ont donné carte blanche.

J’ai choisi de présenter des œuvres de femmes dans cette sélection, et plus précisément du bassin amazonien, donc essentiellement le Brésil, la Colombie, le Pérou et le Venezuela.

©Art Paris 2019, Collection Catherine Petitgas

Quelle est la place des femmes en Amérique latine ?

Ce sont des sociétés assez machistes, mais les femmes ont joué un rôle important dans la modernité du début du siècle et plus particulièrement au début des années 20-30 avec Frida Kahlo par exemple.

Mais, actuellement, les artistes vivants les plus remarquables dans la plupart des pays d’Amérique latine sont des femmes avec Anna Maria Maiolino au Brésil, Mariana Castillo Deball au Mexique ou Beatriz Gonzales en Colombie. On retrouve tout un groupe de femmes, une sorte de matriarcat.

Quelle est leur place dans l’art contemporain ?

Il y a beaucoup plus de femmes qui étudient l’art et arrivent à en vivre. Cela est plus difficile au Mexique, mais en Colombie, par exemple, il y a un certain nombre de femmes qui occupent le devant de la scène. C’est aussi le cas au Brésil avec des femmes de plusieurs générations. Dans ma sélection d’œuvres, c’est ce que j’essaye d’ailleurs de montrer. Vous pouvez retrouver des artistes très jeunes, et des artistes en fin de carrière, mais dont celle-ci s’est développée au cours des 15 dernières années.

©Art Paris 2019, Collection Catherine Petitgas

Quand a eu lieu votre rencontre avec l’Amérique latine ?

J’ai d’abord fait carrière dans la finance, et il y a une vingtaine d’années, on s’est mis à collectionner.

Pour commencer une collection c’est mieux d’être spécialisé, et l’Amérique latine était pour nous un coup de cœur. Nous avions beaucoup d’amis là-bas. Nous y avons donc voyagé pour des raisons autant professionnelles que personnelles.

Dans cette période, il y avait un bon nombre d’artistes aux carrières internationales intéressantes, comme Gabriel Orozco au Mexique, ou Francis Alys, qui est belge, mais qui a développé sa carrière au Mexique.

Pouvez-vous nous expliquer ce qu’est l’« esthétique tropicale », dans les œuvres par exemple de Erika Verzutti ou Maria Nepomuceno?

Beaucoup d’artistes utilisent des formes de représentation européennes ou héritées du modernisme européen, avec par exemple Mondrian ou Robert Delaunay. Ils sont de grandes sources d’inspiration pour toute une génération d’artistes, chez qui on retrouve alors cette idée du foisonnement de la nature. C’est un sujet qui touche beaucoup d’artistes et de critiques, car la « tropicalité » est un concept moins politique que l’art occidental ou oriental. La « tropicalité » est un concept plus global.

©Art Paris 2019, Collection Catherine Petitgas

Pouvez-vous nous en dire plus sur le titre de votre sélection « Amazones » ?

Ce qui est amusant, c’est que le terme « Amazone » est un jeu de mots à la fois sur les amazones en tant que guerrières de la mythologie grecque et sur les femmes qui viennent d’Amazonie. Je me suis alors penchée sur l’origine du nom Amazonie, et personne ne savait pourquoi l’Amazonie s’appelle Amazonie. En réalité, il s’agit d’un malentendu sur des guerriers qui portaient des longs cheveux et des pagnes en feuilles, et qui ont alors été pris pour des femmes. Je vais donc rendre à l’Amazonie, au nom d’« Amazones », son identité féminine.

L’idée était ici de présenter des femmes qui viennent de cette région, mais aussi des femmes engagées, combattantes, s’intéressant aux minorités, à l’environnement et au féminisme. On retrouve par exemple ce dernier thème chez certaines artistes dans l’art de la broderie, où elles utilisent des tissus de récupération, faisant référence aux différents niveaux de vie en Amérique latine.

Pouvez-vous nous en dire plus sur l’œuvre de Milena Bonilla ?

L’œuvre de Milena Bonilla intitulée « Size/to sell or rent » représente les 27 pays américains par leur taille, exprimée en pesos colombiens. L’œuvre montre ainsi que chaque pays est à vendre, entre exploitation minière, exploitation coloniale, exploitation agricole, et la convoitise que le continent a attiré auprès des puissances étrangères. L’Amérique latine est à vendre ou à louer.

©Art Paris 2019, Collection Catherine Petitgas

Avez-vous une œuvre coup de cœur ?

Je n’ai pas de coup de cœur, j’aime toute ma collection ! Mais en ce moment, je m’intéresse beaucoup à l’œuvre de Sandra Gamarra. Elle a réalisé une série de quatre œuvres, où nous avons l’impression d’être face à des copies de Joseph Albert, mais qui, en s’approchant, dévoilent en réalité une esquisse de visages d’étudiants enlevés lors de l’organisation communiste terroriste, le Sentier lumineux, au Pérou. L’idée, ici, est de montrer que l’utopie européenne échoue face aux abus des droits de l’Homme, où la vie humaine n’a plus de valeurs. C’est une manière de réinterpréter l’art qui nous est familier pour en faire un message politique.