Comprendre Mazaccio et Drowilal en 7 projets

mazaccio_drowilal_commissions_29-virtute

Mazaccio et Drowilal, c’est de la merde en barre. Des chiens sous un coucher de soleil et des bébés à la Madone arrachés de leurs tableaux.
Mazaccio et Drowilal, c’est du montage photo dégueu à prendre au 1000ème degré. Du laid pour faire beau. Du kitch en portfolio.

©Mazaccio & Drowilal, Baby Cima, 2011

Leur duo de digital natives

Ce duo s’est rencontré en 2006 et, depuis, nage entre le Net Art et l’art conceptuel, fasciné par le ridicule. Dans une esthétique du moche, Mazaccio (sans doute une référence au peintre Florentin Masaccio) et Drowilal puisent dans leur culture mainstream des années 90-2000.

Sous leurs mains, le fond d’écran de Windows 95, symbole de toute une génération, devient une œuvre d’Art. Ils créent une iconographie de ce vieux web hanté par les mèmes à paillettes ultra pixélisés.

©Mazaccio et Drowilal

Ils s’inspirent du post modernisme avec Baldessari ou du photographe plasticien Richard Prince dans leur appropriation de l’art et détournent des formes universelles et structurelles avec ironie et provocation, questionnant aussi le rapport existant entre l’artiste, son œuvre et son image.

Mazaccio et Drowilal, lauréats 2013 de la Résidence BMW au musée Nicéphore Niépce, ont depuis été exposés aux Rencontres d’Arles, chez Colette, ou encore au French Institute à New York. Ils ont aussi publié plusieurs livres d’artistes comme « Paparazzis », « Wild Style » ou plus récemment « The Happiness Project ».

Nunuche : 2014

Du papier toilette orné de palmiers ou de coquillages + des nudistes en vacances, à vélo ou en train de jardiner. C’est tout le style du duo d’artistes : du mauvais goût et de la merde.

Ça gicle : 2013

Parce que le champagne leur rappelle l’éjaculation faciale (tout est normal), ici, ils s’opposent à une vision élitiste de l’art tout en critiquant la société de consommation.

©Mazaccio & Drowilal, Magnum#3, 2013 (détail)

Paparazzis : 2014

Les stars. Il ne s’agit que d’elles, à travers des découpages de magazines people « collés » sur des fonds d’écran de nature ou de parking de supermarché. Les clichés, tellement nombreux que les célébrités en deviennent banales, offrent une vie tristement répétitive, vidée de tout scoop.

« Ces images ont un caractère déceptif qui entre en contradiction avec le sensationnel qu’elles voudraient transmettre » 

0AI 13

Elles interrogent sur les photos des paparazzis faisant d’un simple acte quotidien un évènement important. Mazaccio se demande même si certaines stars ne seraient pas poussées à se rendre dans des lieux précis pour y être photographiées.

Le Déclencheur : 2012

Drowilal explique avec ironie :

 «Etant donné qu’être artiste semble une condition plutôt qu’un métier, nous avons fait un reportage sur l’index droit de Mazaccio (celui qu’il utilise pour photographier). Il est observé dans sa vie quotidienne et toutes ses actions, y compris les plus innocentes comme tirer la chasse.»

Liberation

Dans cette série de photos, un doigt appuie sur des choses ordinaires : chasse d’eau, spray, briquet, grille pain…

Parfois, il appuie pour de vrai. Parfois, il est juste superposé sur une autre photo. Dans un flou entre réalité et fiction, vous le verrez par exemple sur une paire de fesses bombées.

Cette œuvre s’inspire du mémoire qu’avait fait Mazaccio sur la représentation de l’artiste dans les séries américaines des années 2000. Ici, le duo se moque de cet imaginaire de l’artiste torturé, dont la névrose et les drogues sont la clé de la créativité.

« Le Déclencheur » offre une démystification de cette figure de génie.

Wild Style : 2014

Ici, les stars sont les animaux. Dans une reprise de junk culture (avec les fameux lolcats), l’œuvre met en scène des chats aux yeux rouges posant devant des photos d’autres chats.

Avec humour et ambiguïté, ils interrogent la perception que l’homme a sur l’animal. Non pas dans un travail critique, mais simplement à travers un jeu d’images combinant naturel et superficiel ou virtuel et réel.

Il s’agit d’une véritable exploration sur la représentation de l’animal dans l’ère des médias. Ainsi, vous trouverez aussi des bêtes en plastique ou la photo prise au vif d’un excrément sortant d’un éléphant. Encore une fois, tout est normal.

©Mazaccio & Drowilal, Copycat, 30x40cm, 2013

Le meilleur Ami du Chien : 2013

Toujours dans cette perception de l’animal, le duo propose également une autre série de photos. Ici, l’homme se voit à travers lui pour questionner sa propre image. Ce sont les bêtes qui se moquent de nous.

Ainsi, un chien regarde un coucher de soleil. Un autre, porte un t-shirt arborant un tigre.

 “De même que la culture de masse digère et expurge toute la sauvagerie du monde, les animaux – ici des chiens au poil lisse et soyeux – s’approprient un symbole de l’élévation de l’homme : la contemplation émue d’un coucher de soleil photoshopé”.

Nicolas Heimendinger et Fani Morières (avec qui le duo a collaboré pour leur livre : « LE MONDE SELON MAZACCIO »

Polka magazine

©Mazaccio & Drowilal, She’s Out of my Life, 2013

Leur dernière exposition : jusqu’au 10 février

En 2014, les deux photographes se sont rendus à la Silicon Valley, rien de bien étonnant pour des artistes questionnant les problématiques de l’ère du numérique. Le style de vie de cet îlot de la Californie les a inspiré pour une nouvelle œuvre : The Happiness Project – A journey through Silicon Valley, faisant aujourd’hui l’objet d’une exposition au Musée des Abattoirs de Toulouse. Au programme, thématiques variées entre contre-culture, numérique, écologie ou encore life style sportif.

A leurs photos de la Silicon Valley, les artistes ont ajouté des symboles du web : notifications, icônes de bureaux, mais également des natures mortes comme des pastèques ou des post it, qui semblent être les reliques sacrées de l’idéologie de la Californie.

Scroll, slide et flux sur les écrans : ensemble, l’assemblage forme une œuvre qui dessine notre relation avec les outils numériques du quotidien. Indispensables.