! Mediengruppe Bitnik : première génération du net.art

Ils ne se contentent pas de mettre leurs œuvres sur le net. Ils les pétrissent sur le net. Outil et support, le réseau devient aussi parfois « sujet » dans un style plus post-internet.

Carmen Weisskopf et Domagoj Smoljo n’interrogent pas les machines mais plutôt nos organes, la continuité de notre corps. Des capacités que Dieu a refusé d’offrir à l’Homme – les remplaçant par le Feu de Promethée : symbole de la technique. Nous sommes alors capables de créer ce qui nous manque pour nous extirper de la nature et bâtir notre propre environnement. Voici les réflexions sur lesquelles travaillent les deux artistes et leurs complices, dans une approche assez conceptuelle.

En 2007, ils diffusent ainsi des concerts de l’Opéra de Zurich (qu’ils enregistrent grâce à des microphones dissimulés), à des habitants par téléphone.

Durée moyenne d’écoute : 2 minutes.

En 2013, ils envoient un paquet à Julian Assange, résident de l’ambassade d’Équateur à Londres, contenant un traceur et une caméra. Le public peut ainsi suivre le trajet du paquet : 30 heures et 121.5 km parcourus.

Allant donc au delà du numérique, le groupe travaille sur l’espace physique, mettant en valeur des problèmes contemporains.

©Galerie Super Dakota, Decisions, Decisions, Decisions, ! Mediengruppe Bitnik

Première exposition “Decisions, Decisions, Decisions” dans cette galerie d’art contemporain. Le groupe présentait deux œuvres : « Postal machine Decision » et « Alexiety ».

Postal machine decision

Où vivons-nous ? Ne serait-ce que dans un espace temps inventé de toutes pièces pour nous repérer. L’horloge n’est bien qu’une invention de l’homme pour savoir où sa conscience se situe , l’aiguille ne va que d’un point A à un point B. Que signifient les chiffres ? Si pragmatiques au premier abord et pourtant si abstraits.

L’espace n’existe qu’à travers notre imaginaire. Et ! Mediengruppe Bitnik l’a bien compris. En jouant sur ce thème, il nous rappelle notre incapacité certaine à se repérer, dépendant de la technologie : de l’organe hybride.

Comment l’algorithme imagine donc  l’espace ? Dans leur œuvre “Postal machine decision”, il n’est pas question de juger notre dépendance mais de cerner, de relever les limites de ces technologies.

Ainsi, le groupe envoie 21 lettres lumineuses (formant le titre de l’œuvre), dans des colis séparés. Sur chaque colis : deux adresses postales. La première adresse est celle du Festival Welkleitz en Allemagne, la seconde est dans la Galerie Super Dakota. Un écran, sur le sol de la galerie, illustre les flux de déplacements irrationnels des colis. Et chaque lettre est dispersée dans les deux lieux d’exposition.

Que va choisir l’outil intelligent ? Quelle adresse ? Quel parcours devra faire le paquet avant d’arriver à une destination ? L’œuvre explore les capacités de l’intelligence artificielle et ses possibles points communs avec l’Homme. Le choix de l’adresse ne tient donc plus de la logique.

Nous sommes ici dans un contexte absurde et abstrait.

Alexiety

Réflexion dadaïste sur nos relations avec les outils technologiques et notre perte de contrôle sur eux. Le groupe conçoit une installation vidéo et audio constituée de robots intelligents avec Alexa, Google Home ou encore Siri. Vous vous trouvez dans un environnement qui ne coexiste que par ces intelligences. Elles dépendent de vous, et vous dépendez d’elles. Tout cela au cœur de cette gigantesque machine faite d’appareils IOT : internet of things.

La musique (de Low Jack ) communique avec les robots et capture nos émotions, notre « dialogue » avec eux. Les machines, ne comprenant pas l’ordre pragmatique qu’on leur donne, nous transmettent alors une certaine anxiété.