Emmanuelle Lainé tord et redessine l’espace du FRAC Champagne-Ardenne par une rencontre arrangée entre photographies et oeuvres de la collection publique. L’installation in situ étonne et invite l’esprit à la contorsion tant elle transforme et prolonge le white cube dans un autre espace-temps.

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😎 Fini les vacances ! L'exposition d'Emmanuelle Lainé réouvre dés aujourd'hui et jusqu'au 16 décembre du mercredi au dimanche de 14h à 18h. Bonne visite ! 👀 #Repost @platformfrac • • • • • L’EXPOSITION DE LA SEMAINE Chaque semaine, focus sur une exposition d’un des 23 Frac ! 〰 Vue de l’exposition d’Emmanuelle Lainé « EST-CE QUE JE ME CONTREDIS ? C’EST ENTENDU ALORS JE ME CONTREDIS. (JE SUIS VASTE, JE CONTIENS DES MULTITUDES) » au Frac Champagne-Ardenne Avec les œuvres de la collection du Frac Champagne-Ardenne. Emmanuelle Lainé réalise une installation inédite ; un gigantesque trompe-l’œil photographique qui joue avec la collection du Frac Champagne-Ardenne et l’histoire du lieu. Cet environnement immersif, composé de photographies à l’échelle 1 de salles historiques de l’Ancien Collège des Jésuites de Reims, permettent de sonder temporairement l’esprit du lieu et de faire fusionner l’espace d’un instant l’ancien et le moderne, la richesse patrimoniale et la culture actuelle. → À découvrir jusqu’au 16 décembre 2018, plus d’infos : https://bit.ly/2GV1VkG © Emmanuelle Lainé – Frac Champagne-Ardenne 〰 #fracchampagneardenne @fracchampagneardenne #FRAC #focus #exposition #exhibition #artiste #artist #emmanuellelaine @emmanuelle_laine #art #oeuvre #artwork #artoftheday #fineart #collection #collectionpublique

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Un espace se fond dans un autre. Les concepts de vrai et de faux semblent s’estomper à vue d’oeil, le temps de parcourir cette oeuvre scénographique qui, on le sent bien, n’a pas laissé grand chose au hasard. Les images, recouvrant en plan successif les murs de la salle, sont à échelle 1 et créent un gigantesque trompe l’oeil dans lequel il est facile de perdre ses repères puisque les éléments architecturaux du FRAC se confondent avec ceux de l’Ancien Collège des Jésuite de Reims. Le bâtiment du XVIIe siècle aux proportions similaires, adossé au FRAC et abritant le campus de Sciences Po, permet d’apercevoir la richesse patrimoniale de la ville et de plonger un moment dans une juxtaposition de moulures historiques et de murs blancs fraîchement rénovés.

Emmanuelle Lainé choisit de brouiller les genres et de semer le doute sur la notion d’auteur en intégrant dans sa mise en scène les oeuvres d’une trentaine d’artistes de la collection, qui sont présentées comme sous une nouvelle identité parmi les images manipulées. Elle formule donc un portrait de cette collection et donne vie à une relation entre ces pièces différentes les unes des autres et déplacées dans un contexte nouveau. On peut alors avoir le plaisir de (re)découvrir les céramiques texturées de Caroline Achaintre, les dessins de Claude Closky ou les photographies de Pierre Huyghe et Laurent Montaron. Les oeuvres semblent faire écho au questionnement entier de l’exposition, confrontant réalité et fiction dans un subtil mélange d’humour et de mystère.

L’artiste n’en est pas à son premier coup dans l’utilisation de la photographie pour déformer temporairement l’identité d’un espace. Ce qu’elle aime, c’est constituer une expérience, un moment dans le lieu qui l’accueille avec les objets et conversations qui croisent son chemin. L’exposition devient donc une partie de sa création, un instant T du processus, une composition mise en pause. Les images sont manipulées pour réinventer l’espace et en souligner l’histoire et l’architecture tout en dévoilant les paramètres de leur conception. Car l’atelier de l’artiste ne s’efface pas comme d’habitude derrière la production finale, mais la constitue partiellement. L’image du lieu s’en trouve donc décalée, décentrée, et en offre un point de vue singulier et éphémère. Emmanuelle Lainé joue avec les perspectives pour provoquer une situation instable pour le spectateur qui, immergé, ne peut s’empêcher de rester perplexe dans et devant l’oeuvre muette, tentant d’en distinguer en vain le vrai du faux.

Texte Andréa Le Guellec

Est-ce que je me contredis ? C’est entendu alors je me contredis. (Je suis vaste, je contiens des multitudes), jusqu’au 16 décembre, Fonds Régional d’Art Contemporain Champagne-Ardenne.

Crédit images ©Emmanuelle Lainé – FRAC Champagne-Ardenne

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