La villa Carmignac a officiellement ouvert le samedi 2 juin à Porquerolles. Présentation.

Créée en 2000 par Édouard Carmignac, la Fondation Carmignac est composée d’une collection de 300 oeuvres d’art moderne et contemporain, d’un prix annuel de photojournalisme et à présent d’un espace de 2 000 m2 sur un domaine de 15 hectares sur l’île de Porquerolles.

Fondation Carmignac art 4

C’est au milieu de ce parc national que les visiteurs peuvent découvrir, à la manière d’une pérégrination initiatique, la villa Carmignac, ses expositions et ses vastes jardins de sculptures. Que ce soit au niveau de la configuration spatiale, du design ou de l’ambiance, rien n’a été laissé au hasard.

Loin d’être une banale nouvelle offre culturelle, la fondation Carmignac affiche clairement une ambition de haute volée : créer une identité institutionnelle unique en se basant sur une collection d’exception et un lieu extraordinaire.


La collection

Originellement exposée dans les murs des bureaux de la société Carmignac Gestion, la collection, patiemment constituée par Édouard Carmignac par amour de l’anticonformisme et de l’esprit libertaire, regroupe quelque 300 oeuvres des plus grandes figures de l’art moderne états-unien, de l’expressionisme abstrait de Willem de Kooning au pop art pionnier d’Andy Warhol. À ces pièces emblématiques, s’adjoignent également quelques clichés de photographie plasticienne et photojournaliste.

Malgré un intérêt évident pour le foisonnement artistique de l’Amérique des années 60-80, Edouard Carmignac, avant tout soucieux de représenter les personnalités disruptives de l’art, a également réuni des oeuvres contemporaines élaborées par les artistes les plus innovants du moment tel que Zhang Huan ou Korakrit Arunanondchai.

Le lieu

Porquerolles est décidément un espace à part dans le territoire français. Elle est la plus grande des îles d’Hyères au Sud de la France et bénéficie du statut de “parc national” depuis 2012. Véritable trésor écologique, l’île de Porquerolles abrite de nombreuses espèces rares et demeure indemne des pollutions industrielles directes.

Fondation Carmignac art 6Fondation Carmignac art 7

En bonne logique, c’est cet espace qui fût choisi par la fondation Carmignac pour constituer le “voyage initiatique”, spirituel et physique, qui fait l’originalité et la force attractive de cette nouvelle institution culturelle.

Après avoir effectué la traversée en bateau vers l’île, le visiteur devra franchir une épaisse forêt de bois pour parvenir à la villa elle-même. À mesure que l’on s’en approche, les charmes de la déterritorialisation font effet : on oublie d’où l’on vient pour mieux se laisser envoûter par l’harmonie de l’écosystème insulaire et des oeuvres de la fondation.

Pour entretenir le sentiment de l’équipée spirituelle, l’entrée dans la villa s’accompagne d’un rituel initié par la consommation d’une boisson relaxante préparée par un herboriste. Une fois déchaussés, les visiteurs (par groupe de 50 personnes par demi-heure maximum) seront libres d’explorer les différents étages de la villa pour découvrir l’exposition annuelle.

L’architecture

Tout commence avec une ferme devenue fameuse grâce au film phare de Jean-Luc Godard : Pierrot le fou. Ce célèbre domaine est ensuite transformé en villa par l’architecte Henri Vidal dans les années 1980. Charmé par le lieu, Edouard Carmignac projette immédiatement d’en faire un espace dédié aux arts, un havre culturel, où chacun serait libre de venir se ressourcer. Ce projet est aujourd’hui abouti grâce à l’aide de l’atelier Barani et de l’agence GMAA.

La transformation de la villa de villégiature en fondation d’art contemporain fût toutefois un réel défi. Pour cause, le statut de zone naturelle inscrite dans le périmètre Natura 2000 interdisant toute emprise supplémentaire de construction. Pour se conformer à ces exigences, 2 000m² furent dégagés sous la surface du terrain naturel. Ainsi, la silhouette de la villa et l’ensemble du paysage demeurent absolument inchangés.

Vue archi bassin intérieur 3

L’exposition inaugurale

“SEA OF DESIRE” , tel est l’intitulé de la première exposition de la villa Carmignac, qui joue sur l’ambiguïté du désir. Loin d’être univoque, le désir est un espace de luttes et de conflits entre différentes instances psychiques. C’est en tout cas une théorie psychanalytique courante : dans Au-delà du principe de plaisir par exemple, Freud opposait le principe de plaisir au principe de réalité, et la pulsion de vie à la pulsion de mort.

“SEA OF DESIRE” se fait volontiers l’éloquent récit de cette inextricable lutte entre Éros et Thanatos -lutte qui est à la fois puissance motrice du désir et cause irrémédiable de nos névroses. Les artistes présentés dans le cadre de cette exposition incarnent quelque chose de cette joute, où la réalisation du désir menace toujours de virer vers l’autodestruction.

Basquiat, Lichtenstein ou encore Botticelli comptent parmi les nombreuses figures révolutionnaires de l’histoire de l’art ingénieusement intégrées au parcours de l’exposition. Les 70 oeuvres présentées, pour la plupart issue de la collection Carmignac, sont réparties en 8 chapitres distincts et disposées de manière un peu particulière.

L’accès à l’exposition se fait par un escalier conduisant au sous-sol de la villa. En jouant toujours sur l’idée des îles dans l’île, qui n’est pas sans rappeler le modèle des poupées russes,  les visiteurs devront pousser une porte pour accéder à l’exposition proprement dite.

Ceci fait, les pèlerins de Porquerolles pourront parcourir l’exposition, dont la scénographie en croix indique, là encore, que la villa Carmignac n’est pas un musée comme un autre. Chacune des sections couvre une certaine thématique : impact révolutionnaire de la technologie sur l’art ou bien échos des évènements historiques du XXème siècle dans le domaine artistique.

Pour naviguer entre ces espaces, le spectateur devra repasser à plusieurs reprises par la salle centrale du sous-sol. Cette obligation n’a rien d’une contrainte, bien au contraire. Pour cause, cette salle baigne dans une lumière naturelle filtrée par un plafond aquatique ; l’éclairage varie donc de minute en minute et permet d’apprécier de manière sans cesse renouvelée les jeux de luminosité et d’éclairage de la pièce sur les oeuvres.

Les oeuvres

Parmi les incontournables de “SEA OF DESIRE”, on compte Aerei, le superbe triptyque d’Alighiero Boetti réalisé en 1989. Sur fond azuré, s’organise, à la manière d’une scène migratoire, une foisonnante nuée d’avions . Ici, la plénitude des teintes chromatiques contraste avec la turbulence inouïe des machines dans un élégant ballet.

Est également exposée l’une des oeuvres les plus fameuses de John Baldessari : Raised Eyebrows/Furrowed Foreheads : Knife (With Hands). En mêlant photographie et peinture, l’artiste reinterprète avec brio l’une des scènes cultes du Psychose d’Alfred Hitchcock.

Dans le chapitre Chocs et Liberté, c’est l’immense Shark Bite extrait de la série “Flat screen nature” de Joe Goode, qui retient particulièrement l’attention. En référence à la côte Ouest des États-Unis, ce tableau lie le fantasme du bleu océanique au danger des prédateurs côtiers (ici représenté par la mutilation du tableau lui-même).

L’une des stars de la collection Carmignac et de cette exposition est incontestablement Jean-Michel Basquiat. Pour cause, Edouard Carmignac est parvenu à réunir certaines de ses toiles les plus emblématiques dont Fallen Angel, en ce moment visible dans le cadre de l’exposition “SEA OF DESIRE”. Comme toujours, Basquiat use dans cette oeuvre d’un symbolisme aux accents totémiques caribéens. Le geste vif et saccadé représente une figure inquiète, qui n’est pas sans rappeler le drame du mythe d’Icare, le fils de Dédale, déchu pour avoir trop voulu s’approcher du soleil.

Non loin de cette oeuvre, vous pourrez également trouver le Child Labor de Zhang Huan, un saisissant portrait anonyme inspiré d’une photographie de 1937. L’enfant, représenté en noir et blanc, illustre, à la manière d’un symbole, la condition des enfants travailleurs dans une Chine en plein boum économique.

Dans le chapitre Mythologies contemporaines largement consacré au pop art et à la culture populaire, on retiendra surtout un très beau Martial Raysse (Sans titre, 1962) utilisant la photographie d’une icône de magazine. Pour réaliser son oeuvre, il modifie les couleurs de l’original en jouant sur de vifs contrastes entre les couleurs primaires et accentue les reliefs grâce au collage. Moins connue mais tout aussi impressionnante, la mystérieuse huile sur toile d’Edward Ruscha –The study of Friction and Wear on Mating Surfaces- est également visible dans ce chapitre.

 

Les jardins

Une fois remontés au rez-de-chaussée de la villa, les spectateurs sont invités à effectuer le parcours dédié à la visite des jardins sud puis nord, imaginés par le paysagiste Louis Benech.

Parmi les orchidées et les genêts à feuilles de lin, chacun emprunte un petit chemin de zigzag, qui mène tantôt vers un mur, dont les miroirs reflètent la mer Méditerranée (visible à l’horizon), tantôt dans un labyrinthe de glaces réflexives.

Cette visite des jardins permettra également d’apprécier la culture viticole du Domaine de la Courtade environnant.

Parmi ces oeuvres in-situ, on compte le Scratching the surface Porquerolles du street artiste Alexandre Farto (aka Vhils), un composé de façades sculptées au burin et au marteau-piqueur sur la maison du jardin nord pour faire émerger des visages de Porquerollais. Un peu plus loin dans la forêt, on trouvera les cinq oeufs géants de marbre blanc réalisés par Nils-UDO, qui composent l’oeuvre La couvée.

Entre le masque de carnaval et la statue primitive, les oeuvres sculptées d’Ugo Rondinone sont disposées en fonction des quatre points cardinaux. Ces visages de bronze patiné argenté représentent avec humour l’inflexibilité du cycle des quatre saisons.

Au coeur du bois se trouve “SEA OF DESIRE”, l’oeuvre d’Ed Ruscha, qui donna son titre à l’exposition inaugurale de la fondation. Sur un gigantesque billboard, cette phrase, entre l’interpellation et l’élocution sibylline, se détache mystérieusement d’un fond bigarré. Une oeuvre, qui rappelle et résume le voeu de la Fondation : initier le visiteur à l’énigme de son désir par un voyage spirituel.

En bref

Avec cette ouverture, Carmignac place décidément la barre très haut. En investissant le lieu unique qu’est Porquerolles, la fondation Carmignac se démarque d’emblée et mise judicieusement sur une ambiance zen aux accents nippons pour creuser une singularité, qui séduit et convainc. L’exposition inaugurale est également une franche réussite. Entre autre, “SEA OF DESIRE” doit beaucoup à des choix scénographiques audacieux, quelques oeuvres mythiques et une sélection thématique autour de la remise en question critique se révèlant être d’une grande cohérence.

L’idée de voyage était au coeur du projet de Charles et d’Édouard Carmignac et ce n’est pas là un vain mot. De l’arrivée en bateau à la visite des jardins, où se profile la Méditerranée, en passant par l’exploration de l’excavation servant d’espace d’exposition, le spectateur vit, plus qu’une simple visite culturelle, une expérience à part entière.

Une nouvelle manière de concevoir l’offre culturelle ? Peut-être. Alors que certaines décisions pourraient être décriées comme des gadgets inutiles et pompeux sous prétexte d’exotisme, elles participent en réalité pleinement à l’élaboration de l’ambiance générale des lieux.

Enlever ses chaussures, par exemple, n’a finalement rien d’anecdotique. Passé les premières minutes d’amusement intrigué, cette initiative prend tout son sens. Au contact de la pierre froide pavant l’espace d’exposition, les spectateurs sont soudainement mis au même rang et cette impression de vulnérabilité participe efficacement à la rencontre avec les oeuvres.

Ici, la codification des visites se place résolument au service d’une mise en scène qui, très vite, se révèle tout simplement irrésistible. Tout en préservant l’état du site de Porquerolles, la fondation Carmignac est parvenue à proposer une sortie culturelle rafraîchissante et réflexive qui deviendra bientôt, on en est persuadé, un incontournable.

Photos de l’article Marc Domage, Agent M, Nils-UDO, Jean Picon, Matthieu Salvaing et Frédéric Clad.

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