L’urbex, vous connaissez ? Cette pratique consiste à explorer des bâtiments abandonnés, en pleine ville ou en rase campagne. Une tendance qui connaît un succès croissant auprès du grand public, notamment chez les plus jeunes. Simple effet de mode ou naissance d’une nouvelle discipline ? Certains artistes en font déjà un thème privilégié, comme le photographe James Kerwin.

Une usine abandonnée derrière un terrain vague. Une vieille maison tombant en ruines au milieu d’un jardin infesté de ronces. Autant d’endroits qui ne sont souvent, pour la plupart des gens, que de simples zones à squats ou des mochetés urbaines à raser au plus vite.

Mais pour d’autres personnes, ces lieux particuliers sont aussi et avant tout de vrais morceaux d’histoire et de mémoire. Souvent délaissés, ils recèlent un riche passé, oublié de tous. L’urbex (contraction d’ “exploration urbaine”) permet de redécouvrir ces lieux abandonnés, le temps d’une visite sauvage.

Sanatorium du Vexin

L’asile psychiatrique du Vexin et le Château de Rothschild à Boulogne-Billancourt, deux lieux bien connus des urbexeurs français.

 

Succombant à cette nouvelle tendance, le photographe britannique James Kerwin s’est lancé dans une quête d’un nouveau genre. Depuis 2014, il immortalise les plus beaux bâtiments abandonnés qu’il trouve en Europe et dans le monde entier. Muni de son appareil, il redonne vie à ces sites figés dans le passé et révèle le charme de leurs ruines.

Manoir urbexPiano room urbexIci, un ancien manoir tombant en ruine, avec son plancher poussiéreux… Là, une salle de musique désertée avec un piano déglingué. Dans l’ombre des forêts et des terrains vagues dorment parfois de véritables trésors d’histoire et d’architecture.

La discipline de l’urbex, il est vrai, a tout pour plaire aux jeunes, à l’âge où on se plaît à se confronter à toutes sortes de limites. L’exploration urbaine est souvent le fait d’aventuriers plus ou moins expérimentés et plus ou moins munis d’autorisations…

Quoi qu’il en soit, la majorité des “urbexeurs”, comme on les appelle, est avant tout motivée par un intérêt sincère. Cette pratique permet de prendre conscience de la richesse d’un patrimoine injustement délaissé qui dort sous nos yeux.

Manoir 2 urbexBallroom urbex

Concrètement, il convient de distinguer les individus qui rôdent dans ces endroits perdus… Dans la plupart des cas, les urbexeurs sont à dissocier des casseurs ou des pilleurs. Ils visitent les lieux avant tout pour la poésie qui se dégage des sites abandonnés. Tant de ruines, gisant au milieu de nos villes hyperactives, ressemblent à s’y méprendre à des natures mortes, à des témoignages uniques d’une époque révolue à jamais.

Maison urbexManoir 3 urbexBathroom urbex

De fait, la pratique de l’urbex est souvent décriée. Celle-ci  est non seulement illégale, mais aussi dangereuse. Il s’agit tout de même de s’introduire dans des propriétés privées, souvent sans autorisation. Des lieux, où se retrouve également toute une population underground qui n’apprécie pas forcément d’être dérangée (squatteurs, SDF, casseurs, pratiquants d’airsoft …).

La prolifération de ces nouveaux “touristes” que sont les urbexeurs est pourtant positive à plus d’un titre. En matière de diffusion patrimoniale, leur action permet la redécouverte de lieux méconnus du grand public.

Parmi les meilleurs urbexeurs présents sur YouTube, vous pouvez jeter un œil sur les vidéos de Mamytwink, Le Grand Jd ou d’Adrien. Trois explorateurs qui filment régulièrement leurs périples clandestins, certes dans des esprits et des styles forts différents, mais avec un bon résultat final.

Au fil de leurs explorations filmées, les urbexeurs délivrent des informations sur les sites qu’ils visitent : asiles psychiatriques, forteresses abandonnées, bunkers de la Seconde Guerre mondiale…

De nombreux urbexeurs, par ailleurs, protègent également les lieux lors de leurs visites. Afin d’éviter l’intrusion d’éventuels casseurs, ils condamnent souvent les entrées dans les endroits les plus remarquables.

Amphithéâtre urbexThéâtre urbexQuant aux plus beaux lieux, comme ceux que photographie James Kerwin, les urbexeurs sont en général encore plus prudents. Les adresses de ces sites ne sont dévoilées qu’au compte-goutte, de bouche à oreille… Là encore, pas question d’égoïsme, mais de préservation. Nombre de “spots” célèbres sont aujourd’hui dégradés du fait de trop nombreuses visites.

Une protection patrimoniale à moindre coût, pourrait-on se dire, en attendant une réaction des pouvoirs publics… Ceux-ci se désintéressent souvent de ces endroits d’intérêt historique, faute de moyens ou de volonté politique.

Fontaine / Fountain urbexLes photos de James Kerwin vous font rêver ? Vous vous sentez soudain l’âme d’un urbexeur né ? Cette pratique peut vous permettre de découvrir des endroits insoupçonnés près de chez vous. Mais si vous décidez réellement de vous y mettre, retenez bien quelques principes essentiels :

1) L’URBEX, C’EST DANGEREUX ! N’explorez jamais seul. Certains explorateurs sur Internet déambulent en solo, certes… Mais ce n’est pas l’idée du siècle. Partez toujours au moins à deux.

2) ÉQUIPEZ-VOUS ! Les sites d’urbex sont souvent sales et délabrés. Munissez-vous au moins de gants, de chaussures solides et de fringues adéquates. Un portable et une pharmacie de secours élémentaire (désinfectant, pansements) peuvent se révéler d’un grand secours en bien des circonstances.

3) PRÉVENEZ TOUJOURS QUELQU’UN. Votre conjoint, vos potes, votre mère, le facteur : dites toujours à quelqu’un où vous partez, combien de temps cela devrait vous prendre et à partir de quand il faut s’inquiéter si on ne vous voit pas revenir.

Et enfin, le conseil ultime :

4) NE SOYEZ PAS CON ! Vous tombez sur un escalier délabré qui mène en haut d’une tour ? Vous dégottez un vieux grenier au plancher défoncé ? Abstenez-vous de prendre des risques inutiles. La vie, c’est mieux sans la paraplégie.

Bonne balade !

Nicolas Laurent

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