Aujourd’hui, les artistes utilisent de plus en plus l’espace public pour s’exprimer. Inclassable, le phénomène street art ou art urbain comprend des pratiques aussi diverses que le graffiti, le pochoir, l’affichage… Avec Street Art View, on interroge ces artistes pour mieux comprendre leur démarche et leur motivation. Et on commence avec Jérôme Rasto qui mixe l’iconographie religieuse et Mario Bro.

Qui es tu ?

Jérôme RASTO, peintre. Je vis à Paris, ai grandi à Limoges et suis né à Perpignan. Je peins sur différents supports un univers mêlant iconographie médiévale et références aux jeux vidéos… Mario Bros pour être plus exact.

3 mots pour décrire ton style …

Symbolique, narratif et carnivore 🙂

Quel est ton parcours ?

J’ai eu la chance d’être initié par mon père qui est peintre, puis j’ai fait un très bref passage par les Arts Déco…

J’ai poursuivi la peinture en atelier avant de commencer, il y a 2 ans, à travailler également dans la rue grâce à de belles rencontres…

 

Tu fais dialoguer l’iconographie religieuse, l’esthétique des vitraux et la pop culture. Comment en es-tu arrivé là ?

J’ai toujours été fasciné par l’iconographie religieuse et médiévale .

Je crois que ça a commencé enfant par la découverte d’un livre : “Les Très Riches Heures du Duc de Berry”. Le dessin, la couleur, la manière de représenter les personnages, les édifices, les animaux… l’aspect décoratif de l’enluminure, les symboles… tout m’a plu immédiatement…

L’attrait pour les vitraux est arrivé plus tard. J’aime l’épaisseur des tracés que crée le sertissage…

La pop culture, c’est la nôtre, nous avons grandi avec ces références. J’avoue être quelque peu obsessionnel sur l’univers Mario Bros, ma “Madeleine de Proust”!

Ces univers se sont réunis tout naturellement dans mon travail.

L’iconographie médiévale… lisible, narrative et poétique avec l’univers de Mario qui me sert de cheval de Troie.

On retrouve donc dans ton travail beaucoup de références au jeu vidéo Mario.  Mais ni lui, ni les autres personnages emblématiques de ce jeu apparaissent dans ton travail. Peux-tu nous expliquer pourquoi ?

Je m’en suis détaché progressivement. Au départ, je reprenais certains personnages pour les extraire de leur environnement, puis je me suis de plus en plus intéressé aux “objets” et surtout à leur portée symbolique.

J’utilise ces symboles un peu comme des hiéroglyphes mais il n’y a pas de pierre de Rosette!

Le symbole 1up qui correspond à une vie dans le jeu Mario est également très présent. Quelle est sa symbolique dans tes oeuvres ?

Le champignon est “l’objet” magique le plus emblématique de la saga. Il donne une vie en plus, fait grandir, offre un pouvoir… j’avoue prendre beaucoup de liberté quant au sens qu’il prend dans mes tableaux!

C’est en tout cas un symbole très positif.

Peux-tu nous expliquer le processus de création de tes œuvres ?

Mon travail est très narratif. Mes dessins, tableaux partent toujours d’une histoire que j’ai envie de raconter. Je fais parfois référence à une œuvre ou à un mythe comme support à ce que j’ai envie de faire passer… il y a toujours un ensemble de symboles qui s’assemblent naturellement.

L’esthétique des vitraux est très présente dans ton travail. As-tu déjà eu l’occasion d’en réaliser ?

Non pas pour l’instant. J’ai travaillé la découpe du verre et son assemblage par différentes méthodes mais malheureusement pas avec la mise au plomb. J’espère le faire un jour avec un maître verrier ou une personne qui en maîtrise la technique.

Dans la rue, tu sembles majoritairement travailler sur des encombrants. Pourquoi ?

Parce qu’ils sont là… ils font partie de notre quotidien.

Je suis attaché aux objets et j’aime assez l’idée d’intervenir sur ce dont les gens ont choisi de se séparer.

J’aime l’idée qu’ils deviennent des espèces de reliques de notre époque ou qu’ils disparaissent après avoir été immortalisés par une photo.

Parfois je reçois des messages de personnes qui les ont trouvés et leur donnent ainsi une nouvelle vie.

J’ai aussi remarqué que tes oeuvres de rue étaient réalisées en noir et blanc tandis que celles réalisées en atelier sont en couleurs. Pourquoi ?

J’aime le côté net et lisible d’un tracé au Posca noir. Il permet d’aller vite, d’être spontané.

La mise en couleurs demande tout un processus, ce n’est pas compatible avec la démarche sur des encombrants. Elle pourrait l’être sur un mur, mais jusqu’ici, je lui ai toujours préféré le côté “bas-relief” de la seule couleur noire.

L’oeuvre dont tu es le plus fier ?

Je n’en ai pas encore mais j’y travaille!

Et la collab’ de tes rêves ?

Chacune des collab que j’ai pu faire m’a toujours beaucoup apporté aussi bien humainement que dans mon travail : j’ai eu la chance de travailler avec Mat-thieu qui fut le premier, Ninin, Noty Aroz, Le Bichon, Jo Little, Ardif, Heartcraft_streetart, Aoibhneas Croi, LoiseauCraie,…

A chaque fois, cela nous mène vers des chemins auxquels nous n’avions pas pensé… et je suis impatient d’en explorer à nouveau!

Il y a de nombreux artistes avec qui j’aimerais partager! Certains d’entre eux le savent déjà !

Pour la collaboration de mes rêves, il faudrait que Léonard Limosin soit encore parmi nous…

Des expo en cours ou à venir ?

Quelques tableaux sont actuellement toujours visibles à la galerie Akiza à Paris.

Toujours l’expo permanente dans les rues de Paris et de beaux projets plus organisés à venir pour le printemps.

Un conseil pour celles et ceux qui voudraient se lancer dans le street art ?

Difficile de donner un conseil… je crois que tout cela est très personnel et doit garder sa spontanéité!

 

Jérôme Rasto

Jerôme Rasto a grandi dans l’univers du jeu vidéo. L'esthétique si spécifique du jeu vidéo, mêlée au goût pour la peinture que lui a transmis son père, le mène très rapidement à la création graphique. Aujourd'hui Jérôme est peintre et street artist.

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