Après des expositions très remarquées à la Maison rougeFatum, 2015) et au Musée Tinguely  (The dancing room, 2017), la galerie Obadia organise à son tour, et jusqu’au 27 mai, un solo show d’exception consacré à l’artiste dessinateur français Jérôme Zonder.

Des Homo Sapiens est une véritable plongée dans l’écosystème narratif de Jérôme Zonder. À l’aide du fusain et de la mine de plomb, l’artiste interroge notre contemporanéité, et en souligne l’aspect pluridimensionnel.

Une exposition peuplée de dessins aux déclinaisons formelles variées, non pas pour saisir l’homme ici et maintenant, mais pour désigner les humains là et ailleurs.

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Pour illustrer cette pluralité, Jérôme Zonder fait le choix de la variation des champs thématiques et de la technique de figuration. Tantôt le spectateur se trouvera face à des oeuvres au réalisme photographique, tantôt il devra faire un effort pour dégager les traits des sujets confondus dans une constellation de traits noirs qui frôle l’abstraction.

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Dans cette exposition, comme souvent, le travail de Zonder n’est certainement pas indemne de violence.

L’oeuvre interroge, questionne, et bouscule parfois par l’illustration d’évènements historiques tragiques tels les attentats de Nice ou la réinterprétation d’oeuvres passées comme L’incrédulité de Saint-Thomas de Caravage.

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Certains pourraient voir quelque chose de sordide, voire de macabre dans ces figures solitaires aux teintes si sombres, si pleines d’ombres. Pourtant, des notes résolument pop contrebalancent avec une certaine impudeur l’ambiance solennelle de l’exposition. On est surpris de découvrir parmi un dessin de foule un visage aux traits caractéristiques du style kawaï, ou encore un superman accompagné du mantra de Nike “Just do it”.

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Dérision ou mise en exergue des extrêmes polarisations de nos cultures ? Les deux, sans doute. Un voisinage saugrenu, qui réussit à déployer la trame indécente de nos quotidiens : entre drame réel, fantasmagorie culturelle et mythologie publicitaire.

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Des Homo Sapiens permet de dégager les enjeux de la question : “Qu’en est-il de la commune humanité à l’ère de l’individualisme prononcé, de l’esquive consumériste, et de la confrontation des cultures ?” plus qu’elle n’y apporte une réponse ; et c’est sans doute là son grand mérite.

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En proposant une enquête iconographique hétéroclite sur les substrats de notre imaginaire collectif français, Jérôme Zonder parvient avec pertinence à problématiser le rapport qu’entretient le visiteur avec les images et les informations dont il est le récipiendaire, et qui constitue une certaine définition de ce qu’est être humain.

Mais comme le laisse entendre une attention particulière au sujet de luttes historiques pour des réconciliations sociales, cette réflexion ne doit pas rester lettre morte. Bien plutôt, elle se doit d’aboutir à une conversion en force de lutte pour la concorde des humanités contre l’intemporalité apparente de la violence.

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Jérôme Zonder expose également dans le courant de cette année au Musée Picasso dans le cadre de l’exposition Guernica et au Musée d’Art Contemporain de Marseille du 9 mai au 31 août à l’occasion de la manifestation artistique MP 2018.

(Photos : Courtesy de l’artiste, de la Galerie Nathalie Obadia, Paris/Bruxelles, et de Bertrand Huet/Tutti Image)

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