Après une longue interruption, Julian Schnabel, expose une sélection de ses tableaux en France aux côtés de Monet et Van Gogh. Cet artiste et réalisateur américain, figure majeure du néo-expressionnisme des années 80, camarade de Warhol et Basquiat, dévoile une exposition personnelle au Musée d’Orsay.

Il s’agit plus précisément d’une juxtaposition de ses tableaux, sculptures et installations aux côtés de chefs-d’œuvre de l’impressionnisme. Assisté par le commissaire d’exposition Donatien Grau, l’artiste a choisi dans les collections du musée quelques dizaines d’œuvres de Van Gogh, Monet et Toulouse-Lautrec. Un signe de l’ultime reconnaissance de l’Américain par la communauté artistique française, mais aussi une attestation de filiation. Parmi les grands artistes d’aujourd’hui, Schnabel est l’un des rares, sinon le seul, qui osent citer les impressionnistes dans son travail. C’est d’ordinaire de mauvais ton, mais pas pour lui.

La palette stylistique de Schnabel est encore plus historisée. Parmi ses références : Caravage et les motifs picassiens, Velázquez et Goya, la peinture-sculpture de Jean Fautrier et l’arte povera, le brutalisme sculptural à la Rodin, le romantisme et le conceptualisme, l’allure kitsch et le laconisme monochrome. Les portraits dominent, mais il y a aussi des natures mortes et de l’abstraction suggestive.

En témoignant de la guerre entre freudiens et lacaniens dans les années 70 – la guerre, où la bourgeoisie américaine, obsédée par la psychanalyse, s’engage – Schnabel écrit le nom de Freud sur un cercueil. Une démarche artistique peu sophistiquée ? Oui, mais frappant droit sur la cible.

Le portrait laqué de la mannequin russe Tatiana Lisovskaya, déguisée en Carmen – peut-on imaginer un sujet plus kitsch ? – prouve, quand on le voit en vrai, que la peinture figurative inspirée d’artistes historiques peut, en effet, rester pertinente aujourd’hui.

Les œuvres de Schnabel sont solides : de grand ou très grand format, produites avec un savoir-faire artisanal que l’on rencontre rarement, et sans aucun double fond ou perversité. Masculines et confiantes. Parmi les tableaux d’Orsay, Schnabel, sans aucune hésitation, choisit les plus iconiques, à l’instar de l’autoportrait de Van Gogh de 1889. L’artiste ne perd pas son pari : bien qu’entourées par ces toiles, ses œuvres ne sont pas brûlées par leur énergie, mais, au contraire, s’avèrent comparables aux créations des génies de la Belle Époque.

La masculinité, prônée par Schnabel, est une masculinité à l’ancienne, une masculinité protectrice, celle  du pater familias du droit romain ou d’un patriarche biblique. Les visages, qu’il met sur la toile, ne sont ni farfelus ni libidineux, mais calmes et pensifs. Avec une tendresse particulière, Schnabel, dont l’apparence rappelle Barbe Bleue ou l’empereur Charles V, dessine les fleurs. L’un des plus grands séducteurs du New York des années 70-80 peint ses amoureuses habillées carrément en matrones. Il se permet beaucoup : être artisan à l’époque où l’art se dématérialise, être éclectique et figuratif à l’époque de l’uniformité post-conceptuelle, être sérieux et direct à l’époque du relativisme et de l’ultra-complexité.

Exposition “Orsay vu par Julian Schnabel”, jusqu’au 13 janvier, Musée d’Orsay.

Photo : Sophie Crepy Boegly © Musée d’Orsay

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