Aujourd’hui, les artistes utilisent de plus en plus l’espace public pour s’exprimer. Inclassable, le phénomène street art ou art urbain comprend des pratiques aussi diverses que le graffiti, le pochoir, l’affichage… Avec Street Art View, on interroge ces artistes pour mieux comprendre leur démarche et leur motivation. Pour ce street art view #3, rencontre avec Julien Nonnon, digital street artist.

VIRTUTE : Qui es-tu ?

Julien Nonnon, digital street artist.

J’aime confronter mes œuvres à l’architecture urbaine qui m’entoure et aux gens que je rencontre par hasard. La rue devient alors, le temps de quelques minutes, mes terrains de jeu et d’expression.

VIRTUTE : 3 mots pour décrire ton style …

Simple, accessible et pop

VIRTUTE : Quel est ton parcours ?

Autodidacte, j’ai toujours été attiré par les images. Leur pouvoir de nous transporter et de nous transmettre une idée instantanément me fascine encore aujourd’hui.

Après plusieurs années en tant que graphiste freelance, j’ai crée avec Romain Vollet le studio de design Le3 en 2010. Nous avons expérimenté au sein de ce “Lab” la conjugaison de différentes techniques et médiums pour raconter des histoires et créer des oeuvres d’art numérique poétiques.

Ainsi, en 2012, nous avons réalisé le projet Golden Tiger, une performance de Digital Street Art dans les rues de Paris, où nous projetions un tigre en train de courir sur les façades des bâtiments de la ville et sur les murs anti-bruit du Périphérique.

En 2015, je me suis lancé en solo avec le projet “SAFARI URBAIN”, qui a connu un certain succès et qui m’a permis, ensuite, de réaliser des performances dans différents pays (US, Espagne, Suède, Suisse, Hong Kong, etc..).

Tu réalises des fresques digitales monumentales. Pourquoi avoir choisi le vidéo mapping pour t’exprimer dans la rue?

Travaillant sur un projet pour Disneyland Paris, on m’a donné l’opportunité de faire du vidéo-mapping et cela m’a tout de suite plu. Ce que j’aime avec le vidéo-mapping, c’est que cela me permet d’avoir rapidement une image de grande taille, qui ne laisse pas de traces après mon passage et que je peux animer au gré de mes envies.

Un jour, j’ai sorti mon projecteur dans la rue et tout suite j’ai été interpellé par les passants, qui réagissaient positivement à ma démarche. Depuis, j’aime travailler dans la rue car il y a toujours de l’imprévu et de magnifiques rencontres durant mes déambulations.

Tu crées des interactions entre tes créations et le paysage urbain. Quel est ton rapport à la ville ?

Mon objectif, à travers mon art et mes performances, est de créer une nouvelle manière de revisiter et de vivre la ville. Je veux la rendre plus humaine et plus ludique. Que la rue soit toujours cet espace d’expression artistique unique.

Ton travail mêle à la fois Street-art, photographie, installation cinétique, performance et vidéo mapping. Peux-tu nous expliquer le processus de création de tes œuvres ? Et le dispositif que tu mets en place pour pouvoir projeter ton travail sur les murs ?

J’ai créé mes propres outils afin de pouvoir projeter mes créations, où bon me semble. Aussi bien dans la rue que sur des falaises en montagne !

Le processus de création est très variable car chaque projet est unique. Mais la plupart du temps, c’est la combinaison de mes créations (vidéos, dessins ou photos) et du lieu où je projette, qui me permettent de raconter des histoires et de partager une expérience de Digital Street Art aussi bien avec le public sur place que les internautes dans le monde entier avec mes photos sur les réseaux sociaux.

Comment choisis-tu les murs où tu projettes tes œuvres ?

Ce que j’aime avant tout, c’est de projeter sur des murs “aveugles” pour les rendre visibles. Leur donner vie. Les murs texturés, les surfaces fissurées, les lieux oubliés donnent une touche poétique et une âme à mes images projetées.

Ce que j’entends par là, c’est de créer la surprise dans un milieu urbain maussade en me le réappropriant et de rendre, le temps d’un instant, cet endroit iconique.

A Paris, tu as mis à l’honneur des anonymes en projetant les portraits de couples amoureux sur les façades d’immeubles. En résonance avec la phrase d’Alfred de Musset “Le seul vrai langage au monde est un baiser”, tu as créé une sorte de “bibliothèque de l’amour”. Peux-tu nous en dire un peu plus sur ce projet ?

Le projet #le_baiser m’a permis de filmer une centaine de couples de tous les âges, de tous les styles, de les rencontrer et de partager ce moment si intime qu’est le baiser.

Après avoir fait un appel à casting sur facebook, j’ai organisé un shooting vidéo afin de pouvoir créer en amont le contenu pour mes projections.

J’ai voulu, à travers ce projet, montrer que le baiser est un pur acte de liberté !

Cette expérience artistique fut émotionnellement l’une des plus intenses et authentiques que j’ai pu vivre jusqu’à présent.

Avec ta série “Safari Urbain”, tu projettes des personnages hybrides mi-hommes mi- animaux. Ce bestiaire visiblement très fashion est-il une réflexion sur notre comportement vestimentaire aujourd’hui ?

Tout à fait. Je voulais créer des fables urbaines modernes et actuelles, des sortes d’éphémérides digitales… La mode me permet de contextualiser ma performance à travers les tendances, tout en m’amusant avec les codes de la culture pop d’aujourd’hui.

HK Zoodiak est la dernière série, que tu as réalisée dans les rues hongkongaises. Peux-tu nous en dire un peu plus sur ce projet ?

J’ai été invité par l’Alliance Française dans le cadre de Light’s Up, la première édition de la Fête des Lumières de Hong Kong.

Pendant trois nuits, j’ai projeté dans des quartiers emblématiques de la ville (Yau Ma Te, Mong Kok, etc..) et partagé avec une centaine de personnes mes déambulations nocturnes.

Pour cette nouvelle série, j’ai choisi le thème du zodiaque chinois. Arrivé sur place,  j’ai commencé à créer mes personnages en m’inspirant des looks et attitudes des gens que je croisais dans la rue, tout en imaginant leur signe zodiacal.

Ce projet fut très bien accueilli par les Hongkongais, surtout dans les quartiers périphériques de la ville, où les habitants n’ont pas l’habitude d’avoir des animations culturelles de ce genre.

 

 

Tu es également le fondateur du studio de création L3. En 2015, vous aviez réalisé un street gaming au canal Saint Martin. Reprenant les codes du cultissime jeu vidéo Street Fighter II, vous aviez fait s’affronter Vladimir Poutine et Barack Obama. Une manière ludique d’aborder la géopolitique, tout en interagissant avec le public. Comment ce projet a-t-il été reçu par les parisiens?

Holofighters est une œuvre interactive, illustrant le retour de la Guerre Froide par le prisme du jeu vidéo. Les parisiens ont très bien accueilli ce projet, et, durant toute un nuit, une centaine de personnes ont pu jouer à ce jeu dans une ambiance bon enfant.

Le succès de ce projet nous a poussé à developper le concept de “Street eGaming”, avec pour objectif d’installer des “game corner” un peu partout en ville, et ainsi de donner la possibilité aux habitants et aux visiteurs de partager un bon moment ensemble.  (👉 streetegame)

 

 

L’œuvre dont tu es le plus fier ?

#le_baiser, car cette œuvre fut émotionnellement riche à vivre et les réactions des passants furent incroyablement positives et enthousiasmantes.

Le spot de tes rêves pour un street mapping ?

Je ne sais pas forcement, car comme je l’ai dit plus haut, ce que je cherche comme lieu doit être en adéquation avec l’histoire que je veux raconter. Par contre, j’aimerais faire du street mapping à New York car cette ville me fascine aussi bien par son architecture hétéroclite que par l’énergie créatrice, qu’elle dégage à mes yeux.

Quelles sont tes actus ? Des expos en cours ou à venir ?

Je participe à Constellations, un festival d’art contemporain à Metz (dans l’Est de la France), où les festivaliers pourront découvrir ma nouvelle série YONG NEON POP à travers des installations longue durée (pendant tout l’été) dans les lieux emblématiques de la ville.

Je suis aussi entrain de travailler sur un nouveau projet CRYING ANIMALS, dans lequel je projette des animaux sur des falaises dans les Alpes.

Et d’autres Safaris sont en préparation. Elles auront lieu dans le courant de l’année…

Un conseil pour celles et ceux qui voudraient se lancer dans le street art ?

Just do it 😉

 

Julien Nonnon

Artiste et membre fondateur du studio de création Le3, son travail s’articule essentiellement sur l’interaction de ses créations avec l’architecture et les éléments urbains qui l’entourent. Ses projets artistiques mêlent Street-Art, installations cinétiques, créations digitales et Mapping.

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