Jusqu’au 28 avril 2019 au Hunterdon Art Museum

Fils accrochés, noués, étirés. Le tricot de Ruth Marshall brise notre dissonance cognitive à travers de pauvres bêtes, dont il ne reste plus que la peau, les contours abimés et des yeux qui semblent encore vous supplier. La simple peau de tigre, objetisée dans le salon, se transforme ici en un supplice inhumain et questionne sur la place de l’homme et son constant spécisme.

Ruth Marshall

Ruth Marshall est une artiste contemporaine australienne et américaine qui tricote à la main des animaux en voie de disparition. Elle utilise des techniques assez complexes comme l’intarsia, qui permet de disséminer des motifs dans l’ouvrage, ou encore le Fair isle qui utilise plusieurs couleurs avec seulement deux couleurs différentes par rang.

Pour son projet, l’artiste a fait des recherches durant des mois au sein, entre autres, de collections des instituts d’histoire naturelle et dans des zoos. Elle s’est imprégnée de la forme, des motifs et de la condition animale pour en dessiner plusieurs réinterprétations.

«Le XXIe siècle est livré au désastre de la perte d’habitat et du déclin des espèces. Il y a un désir urgent en moi de dire de nouvelles choses sur ce monde en voie de disparition et de contribuer à la survie des animaux et espaces sauvages. Je suis dévouée à raconter les histoires des animaux oubliés, perdus ou qui risquent de le devenir. “

A travers ses tricots, l’artiste dénonce le commerce de peaux animales.

©Hunderton Art Museum

Dans cette exposition au Hunderton Art Museum, le spectateur oscillera entre dégoût et réconfort. Entre peau morte et tricot mélancolique.

Le medium choisi par l’artiste rappelle quelque chose de juvénile, d’enfantin, d’innocent et se confronte à l’image horrifique des peaux arrachées d’animaux vivants. Ainsi, ces textiles sont épinglés ou suspendus dans des cadres de bambous, mais rendent hommage aux motifs de la nature, entre taches et rayures, lignes douces, féroces, puissantes, avec une grande vulnérabilité et une grande beauté.

Chaque pièce tend alors à être un mémorial d’un animal ayant perdu la vie.

« Chacun a sa propre histoire à raconter avant de disparaître, ne laissant que des artefacts d’existence. »

Publié par Marie Zimberlin

La nuit, écrit de la poésie et dessine. Le jour, aime analyser l'art pour mieux le transmettre.

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