Les seconds lauréats du Prix PULSAR nous racontent

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Deux mois après l’annonce officielle des grands gagnants de cette seconde édition du prix PULSAR, rencontre avec Antonin, Nicolas et Alice – l’équipe lauréate du deuxième prix grâce à Fran, Steve, Peter et les autres. Un photophore kaléidoscopique de 36m3 qui s’observe de l’extérieur, mais s’explore également de l’intérieur pour découvrir une ville miniature aux allures d’apocalypse movie.

Comment vous vous êtes rencontrés tous les trois ?

Antonin : on a participé à une soirée de speed dating artistique organisée par le Prix en juin dernier. En arrivant, les responsables nous ont donné des enveloppes avec plusieurs noms. C’était des “conseils” de personnes vers qui se tourner pour former nos équipes. Nicolas et Alice en faisaient partie ! Et c’était bien vu de la part des organisateurs puisque, quelques minutes seulement après le début de notre discussion, l’idée de collaborer relevait de l’évidence.

Nicolas : de manière plus générale, l’intérêt de cette soirée meeting était d’engager le dialogue avec des créateurs d’horizon très divers. J’ai discuté avec pas mal de monde lors de la soirée… C’était très intéressant, mais l’échange qu’on a eu tous les trois a définitivement été le plus inspirant.

Alice : il y avait de grandes affinités au niveau de nos recherches thématiques, mais aussi un désir commun de jeu, de décalage, une envie de surprise ou d’expérimentation ! Je me souviens qu’on avait même évoqué l’idée d’une fête pour notre projet… Honnêtement, le moment des rencontres était un peu étrange, puisqu’au milieu d’une cinquantaine de personnes et en une heure, on était obligé de constituer un groupe sans trop en savoir sur les autres, et sans forcément pratiquer les mêmes activités. Mais les discussions avec Antonin et Nicolas m’ont tout de suite donné confiance, même si on ne savait pas du tout où ça allait !

Ce projet d’un volume d’abord enchanteur puis dystopique, comment est-il né ?

Alice : on a été contraint par un délai très court – moins d’un mois – pour écrire une note d’intention avec premières images. Alors, forcément, il a fallu être express et méthodique dans les présentations mutuelles de nos projets, de nos références et de nos envies pour pouvoir débuter le travail d’équipe à proprement parlé.

Il y a donc eu un premier document commun, dans lequel nous avons donné les mots-clés de ce qui pourrait résumer nos projets personnels. Il fallait sélectionner 2 projets communs, et 2 projets d’artistes qu’on aimait particulièrement. Gros suspens. Et puis en regardant un peu ce que chacun avait écrit, on a trouvé plein de similitudes ! Immense soulagement pour nous trois, évidemment.

Antonin : en nous basant sur ces mots, on a conceptualisé des champs (interaction, ressenti, aspect/matière,…) qui ont finalement donné le ton des ambiances que l’on voulait créer. Assez rapidement, on s’est orienté vers l’idée de la représentation de deux mondes en jouant sur la perte de repères. Tout ça en se basant sur des trucs assez simples, un peu en décalage avec toute la vague des nouvelles créations “technologiques” à la mode du genre AR, VR, IA…

Alice : quand j’y repense, fondamentalement, je me rappelle surtout de notre volonté de produire de l’inattendu. Jouer sur les perceptions et les différents registres, présenter du beau et du moche, éblouir avec des matériaux dérisoires… Emmener le public ailleurs quoi !

Nicolas : comme l’expliquent Alice et Antonin, il s’agit vraiment d’un processus divisé en plusieurs étapes. Tout d’abord, on a cherché du commun : idées, envies, projets et références artistiques. Ceci dans l’objectif de pouvoir “parler” le même langage de création. C’était une étape d’échange et de découverte particulièrement stimulante. C’est seulement ensuite qu’on a pu esquisser les premiers grands traits du projet.

Une fois l’idée de Fran, Steve, Peter et les autres bien claire, comment vous êtes-vous répartis les tâches de construction ?

Alice : je ne suis pas une “vraie” architecte qui édifie, mais dans la façon d’avancer et de penser un projet, je le suis – je me suis donc attelée aux maquettes ! Ça impliquait de faire des allers-retours entre les différentes échelles de maquette 1/10ème et extrait d’échelle 1, souvent appuyés de dessins. Il fallait penser au point de vue du public, aux dispositions, aux monticules que l’on voulait scénographier…  À chaque étape du montage des maquettes, des questions se posaient, du plus concret au plus conceptuel.

Comme on cherchait à créer quelque chose de participatif (sous forme d’invitation à passer sa tête à l’intérieur de la construction), il fallait absolument mettre en place les conditions nécessaires pour en donner l’envie. Donc réfléchir à la hauteur du plancher, aux jeux d’échelle et de lumières internes. Bref, tout un travail d’ambiance qui permettait d’attirer le public, puis de provoquer chez lui un certain “malaise”, un agencement sensoriel troublant une fois entré dans l’installation.

Nicolas : de manière générale, on a été très polyvalent. Le projet nécessitait plusieurs séquences de fabrication : découpe laser, dessin informatique, programmation, travail de conception sur les bambous, usinage de pièces… On a fait tous les trois pas mal de choses dans l’ensemble. La récolte d’emballages de produits de consommation et la découpe laser en premier lieu !

Antonin : effectivement, chacun était toujours plus ou moins impliqué dans l’ensemble du projet. Mais personnellement, comme j’avais choisi d’effectuer la formation découpe laser aux ateliers Leroy Merlin, j’étais souvent à l’usine de découpe des boîtes en carton que l’on transformait ensuite en immeubles miniatures.

Fran, Steve, Peter et les autres, à quoi ce titre fait référence ?

Alice : c’est vraiment survenu au cours de nos premières discussions sur l’envie commune de créer un monde sur sa fin, ou après sa fin. Au départ, notre ville intérieure était faite de matériaux pauvres, mais pas de boîtes de consommation. Nous voulions un monde en apparence enchanté (de l’extérieur), mais en réalité dévasté. Un monde qui n’est pas ce qu’il paraît. Alors axer notre propos autour des déchets, ici présentés comme une menace d’ensevelissement à grande échelle, ça nous a paru pertinent.

Tout ça grâce à l’appui d’un paquet de références à des films ! Plus précisément, le cinéma apocalyptique du type Zombies de George Andrew Romero, dont le nom des héros survivants a directement inspiré notre titre.

Antonin : oui, on est une génération qui est née avec ce genre cinématographique et qui a vu ensuite, à partir des années 2000, son grand essor. Au même moment, on voyait en boucle à la télévision les images du 11 septembre. Je pense qu’on est une génération très marquée par l’idée de catastrophe en général. Une phrase de Frédéric Jameson est souvent revenue lors de nos discussions : “Il est aujourd’hui plus facile d’imaginer la fin du monde que la fin du capitalisme”. Pour illustrer ce propos, il n’y a qu’à se rappeler ce qui s’est passé récemment lorsqu’un supermarché a bradé ses produits Nutella à 70% : une vraie émeute, une frénésie digne d’un authentique film d’horreur.

Nicolas : Fran, Steve, Peter et les autres, c’était vraiment le bon compromis entre nos différents points de référence. Le cinéma nous a beaucoup inspiré à ce niveau, mais aussi sur d’autres points. En fait, tout l’univers apocalyptique-zombie nous a paru judicieux pour faire passer un message grâce à une œuvre “totale” qui joue sur le son, la lumière, l’immersion et l’interactivité de certains éléments.

La plongée dans l’intérieur du photophore présente une scène de dévastation, où les “ruines” sont en fait des objets issus de la consommation de masse. Corréler l’apocalypse planétaire au déchet usagé, c’était le propos que vous souhaitiez soumettre ?

Antonin : la quantité de déchets que nous produisons est quelque chose sur laquelle toute personne sensée devrait aujourd’hui réfléchir. Et ce thème nous préoccuperait d’autant plus si nos services sanitaires étaient moins efficaces, et que nous devions littéralement vivre avec eux. Fran, Steve, Peter et les autres met en scène cette situation. Celle où nos villes n’auraient plus les moyens de brûler les déchets, ni de les stocker.

Alice : à cela j’ajouterai que l’installation opère quelque chose de direct, de percutant : mettre sous le nez du public ce que notre mode de consommation se garde bien de nous montrer. On voulait rendre visible. Au-delà du déchet, je pense qu’il s’agit d’illustrer les logiques d’accumulation et de “toujours plus” qui régissent nos sociétés.

Nous nous ensevelissons et encombrons nous-mêmes. C’est quelque chose de très cynique et de tout à fait absurde quand on y réfléchit un peu. Il y a donc évidemment une critique de la “surconsommation” portée par notre œuvre. Mais il y a aussi un jeu avec la fascination qu’exerce sur nous l’industrie publicitaire. Les packagins colorés, designés, typographiés, magnifiés – tout ça pour rendre désirable, pour vendre. Déplacer ces objets depuis un supermarché vers ces “tas” de notre installation d’où surgissent des mains, c’est aussi souligner l’effort esthétique pernicieux fourni par nos sociétés pour entretenir le désir de consommation.

Les ruines de Fran, Steve, Peter et les autres, ce ne sont pas seulement des boîtes éparses. Ce sont des images, des histoires, des mythologies qui se superposent, s’amoncellent et se brouillent.

Nicolas : la question «que faire de nos déchets ?» est tout à fait cruciale dans nos modes de vie contemporains. L’idée de s’en emparer pour en faire un projet artistique est aussi une tentative de réponse de notre part. La proposition de l’installation est en fait très simple : donner à voir l’accumulation des déchets par une mise en situation à échelle réduite. C’est frappant, c’est visuel. Ça pousse à réfléchir.


Vous avez donc remporté le second prix PULSAR. Avez-vous déjà de nouveaux projets personnels, une nouvelle collaboration en vue ?


Alice : je suis en création de la pièce Tenue avec mon groupe de danse/performance Passion Passion, et je vais lancer la production de la 2ème création de la Galerie Cuissard : une galerie itinérante, où les œuvres sont transportées dans un sac à dos de coursier à vélo.

Antonin : de mon côté, je travaille actuellement sur l’idée d’une matière à dessiner lumineuse, activée par le son du nom de Sonoscriptum, qui sera présentée durant la biennale du design de Saint-Etienne.

Nicolas : quant à moi, je termine un livre composé de plusieurs milliers d’images d’architectures provenant d’un bot sur Twitter que j’ai lancé en août 2016.

Alice : mais on n’oublie pas Fran, Steve, Peter et les autres ! On voudrait développer le projet et peaufiner encore un peu plus l’installation. Avec un temps de résidence pour que ce soit au point, idéalement.

Antonin : en ce moment, on est un peu dans les dossiers diffusion et production. Et vu les bons échos que l’on a eus de l’oeuvre lors de sa présentation, on aimerait beaucoup rebondir rapidement !

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