Déroutant, dérangeant, effrayant. Tels sont sans doute les premiers adjectifs venant spontanément à l’esprit à la vue de l’oeuvre surréaliste de Lin Shih-Yung. Son univers cauchemardesque crée une ambiance virtuose, entre le glauque et l’absurde, dont chacun pourra apprécier les échos horrifiques.

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Silent Hill ou The Strangers pour le cinéma, Lovecraft pour la littérature, ou encore Résident Evil pour les jeux vidéo, le lugubre de Lin pourrait sans doute renvoyer à tout cela. Pourtant, ses travaux s’inspirent bien plus d’une histoire personnelle et d’un contexte social précis (celui du pays de Taiwan) qu’ils ne font référence à l’écosystème culturel de l’effroi.

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De fait, ce qui est représenté sur ces toiles provient souvent des souvenirs d’enfance de Lin. Jeux de découverte, pique-nique familial, premiers pas en musique… Ces scènes de vie, entre environnement rural traditionnel et urbanisme en devenir, illustrent “simplement” le vécu d’un membre d’une famille de fermiers originaires de Miaoli.

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Les toiles de Lin auraient donc pu être les banales représentations de quelques réminiscences infantiles, n’étaient l’étrangeté du comportement des protagonistes et l’omniprésence de la figure-banane.

Si Lin Shih-Yung substitue systématiquement ce fruit à la face humaine, c’est pour rendre hommage à un des aliments emblématiques de son pays, et surtout pour ne pas détourner l’attention du spectateur de l’atmosphère des oeuvres. En créant des figures non-individualisées, Lin entendait mettre l’accent sur un travail d’ambiance.

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Mais peut-être y a-t-il ici quelque chose de plus. Un retour du refoulé travesti ? Possible. En tout cas, l’absence d’organes sensoriels semble directement renvoyer à l’impossibilité de la communication, et plonge dès lors le spectateur dans le domaine du mutisme, du tabou, du secret. D’autre part, ce choix de représentation donne une dimension résolument horrifique à des scènes au teintes déjà si sombres.

Chaque protagoniste semble abîmé dans une solitude abyssale, à la fois malsaine et innocente. Étrange ambivalence d’individus dont l’existence n’a plus rien de vivant.

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Ce qui frappe tout particulièrement dans les toiles de Lin, c’est son admirable capacité à constituer des ambiances très convaincantes à l’aide d’un nombre d’éléments et de couleurs réduits. Il s’agit là d’une économie du détail qui donne au climat de l’oeuvre toute son amplitude et toute sa puissance évocatrice.

Dès le premier regard, le récipiendaire se meut et s’égare dans un monde à la cohérence indéfectible. Chacune des oeuvres semble être la déclinaison d’une idée mystérieuse ou d’une expérience traumatique qui ne dit pas son nom.

Désolation de l’enfance, échec de l’échange, ennui de la campagne, ou querelles fraternelles aux pulsions homicides : tout est imaginable dans ce monde aux élocutions impossibles et aux contours sibyllins.

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(© Lin Shih-Yung)

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