Du 6 mars au 26 mai à la MEP

Ren Hang a dessiné des morceaux de chair, des corps, si l’on observe bien. Mais surtout, à première vue, des figures, des rosaces, des carrés, des visuels qui ne cessent de s’imbriquer. Où l’homme est déjà mort. Réduit à une œuvre d’art, un corps inerte.


La plastique photographique de l’artiste dérange. Elle est à la fois réaliste dans des corps vifs et vibrants mais aussi surréaliste dans ce qu’elle nous propose. Des images que notre cerveau a du mal à désarticuler. Des morceaux d’un puzzle étrange. Un casse-tête onirique.


Les bras sous des bras, sous d’autres bras. Le corps s’objetise, merveilleusement beau. Et rappelle le thème du dernier film de Lars Von Trier « The House That Jack Built », où la mort n’est plus que le perfectionnisme de l’artiste frustré. Où les corps, plus que des matériaux plastiques.



Mais Ren Hang reste dans l’humour. Il y a quelque chose de rebelle dans l’art de cet artiste chinois. Il offre un portrait de la jeune génération de son pays, celle qui se questionne sur sa sexualité, son identité et son corps. Qui teste, qui explore. Ainsi, des mains aux ongles rouges s’unissent agrippant une vulve : métaphore des menstruations chez l’adolescente ?

Sur une autre photographie, un homme embrasse un homme, tandis qu’une femme embrasse un autre homme. Nous sommes ici presque dans le « Love » de Gaspar Noé. Les figures se superposent tant et si bien que le sexe des individus n’a plus d’importance. On ne sait plus qui embrasse qui. Ce sont juste des Hommes.


L’exposition Love est la première grande retrospective de l’artiste en France. Décédé à l’âge de 29 ans, Ren Hang était dépressif et savait emprunter la poésie pour expliquer sa douleur : « Si la vie est un abîme sans fond, lorsque je sauterai, la chute sans fin sera aussi une manière de voler ». Il était un artiste très influent et son art était polémique, subversif, face à la politique de son pays. L’exposition s’organise de manière chromatique, du rouge à l’acidulé, pour finir par une nature des plus érotiques. Parmi les 150 photographies sélectionnées par la MEP, sont exposés des portraits de sa famille, notamment de sa mère, avec une approche poétique et finement humoristique qui le caractérise.

©Ren Hang, MEP