« Consulté par les opposants et les partisans comme un commentaire social, soit positif ou négatif, [le Shock Art] cherche à utiliser des composantes tabous, obscènes ou scandaleux. » – Kunzt Gallery sur le Shock Art

Né à Santiago de Chile, Marco Evaristti est un artiste hors normes. Fasciné par l’actualité, il use de sa créativité à des fins sociales, politiques, dénonçant des sujets qui sont, selon lui, largement réprimés par notre société. Quelle que soient les thématiques traitées, il tend quasi systématiquement à la remise en cause, et notamment celle du voyeurisme moral.

Souvent controversé, l’artiste chilien cherche bien évidemment à susciter une réaction forte de la part de ses spectateurs. À travers ses installations et ses performances, il fait du spectateur à la fois un observateur et un acteur. Celui-ci peut pénétrer l’œuvre de Marco Evarsitti, qui, en fonction de la thématique, ne prendra son véritable sens qu’au moment où l’autre aura exercé son droit dessus.

« Don’t do beauty just to make beauty, but do pieces that […] have a significance. And I know, and I knew, and I will know that i twill have an effect on society. »

Marco Evaristti par Thomas Sansone

À partir de 2004, Marco Evaristti met son travail au profit des enjeux liés au pouvoir territorial et à la fraternité. C’est ainsi qu’il élabore The Pink State, son « état – un état d’esprit – avec passeport et constitution, mais sans contrôles et sans en contrôler ses frontières. » Dans le cadre de cet état, il réalise plusieurs performances : The Ice Cube Project, The Mont Rouge Project, The Arrido Rosso Project, Pink Cloud, The Red Crack Project, The Rauður Project et The Last Fashion.

§ 5 – As a citizen of Pink State you are required to be good to yourself.

§ 6 – As a citizen of Pink State you are required to be good to others.

§ 7 – As a citizen of Pink State you are required to be good to nature.

– Pink State Consitution, Section II

 

 

Marco-Evaristti

The Ice Cube Project

The Ice Cube Project

The Mount Rouge Project

marco evaristti

The Mount Rouge Project

The Arido Rosso Project marco

En 2006, il s’empare de la surconsommation et du culte de l’apparence dans son projet Polpette al Grasso di Marco. Comme Andy Warhol et Piero Manzoni avant lui, il s’approprie la boîte de conserve, l’associant bien évidemment, à la société consumériste. En revanche, il pousse la délation plus loin que les Campbell Soups (1962) ou les Merda d’artista (1961) : il consomme le produit.

 

Marco-Evaristti

Marco Evaristti, Polpette al grasso di Marco, 2006

 

Œuvre matérielle concrète et performance, Polpette de grasso di Marco est le fruit d’une intervention scientifique sur le corps de l’artiste : la liposuccion. La graisse prélevée est mise en conserve et illustrée par une photographie d’Evaristti. « Il transcende la limite entre la personne (sujet) et le repas (objet), qui affluent soudainement ensemble, ils sont alors tous deux à la fois sujet et objet. »

 

marco-evaristti

Pour ce qui est de la performance, Evaristti exploite le caractère consommable de l’objet. C’est ainsi qu’il a organisé un repas au cours duquel il a mangé des boulettes de sa propre graisse. En réalité, il questionne la société de consommation et le culte de l’image, mais avant tout, il s’interroge sur les limites que l’on accorde au corps humain.

« Il y a une altération corporelle auto-infligée. Il ne s’agit que d’un désir de beauté extérieure, et [l’acte de liposuccions] peut donc être interprété comme l’incarnation du blasphème. Car qui peut modifier la création de Dieu – le corps ? Le travail souligne donc la limite de la création divine. Peut-on l’altérer ? Peut-on le consommer ? Où sont les véritables limites du corps ? »

Marco Evaristti ou la complainte de la mort

Cependant, l’une des thématiques majeures récurrentes dans le travail d’Evaristti est celle de la valeur accordée à la vie, qu’elle soit humaine ou animale. En 1985, l’américain Gene Hathorn était incarcéré pour les meurtres de son père, de sa belle-mère et de son demi-frère. Après délibération, celui-ci est condamné à mort.

En l’occurrence, Marco Evaristti dénonce la dévalorisation de la vie d’un individu particulier : Gene Hathorn. Lors de son jugement, les actes pédophiles et l’appartenance de son père au Ku Klux Klan n’ont pas été pris en compte… Mais surtout, une telle condamnation est la manifestation absolue de l’autorisation donnée par notre société occidentale de mettre fin à l’existence d’autrui légalement. « L’histoire de Gene Hathorn est puissante, mais ça n’est pas celle-ci qui m’intéresse ; c’est plutôt le fait qu’une société telle que la société américaine cautionne un système vulgaire et primitif, un système qui tue des gens de cette manière. »

C’est ainsi que dès 2008, Hathorn choisit de léguer son corps à l’artiste afin qu’il s’en serve pour une performance. L’idée d’Evaristti – en parallèle à sa campagne pour que le présumé meurtrier bénéficie d’un appel au jugement – était celle de congeler le corps du condamné pour le transformer en nourriture pour poisson rouge. C’est ainsi qu’il espérait pouvoir, lors d’une exposition, présenter un aquarium géant dans lequel une centaine de poissons pourraient être nourris du corps fractionné de Hathorn par les visiteurs/ acteurs.

« L’une des raisons pour laquelle j’ai choisi le thème de la nourriture pour poissons c’est parce que ses papiers de jugement le considéraient comme un ‘déchet humain’. C’est comme ça qu’il était identifié dans ses papiers, concernant l’élimination d’un déchet humain. Il souhaite faire partie de cet art. C’est la dernière chose qu’il peut faire pour la société, et il voit cela comme quelque chose de positif. »

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Hormis le militantisme en faveur de Hathorn, Marco Evarsitti s’est beaucoup intéressé à la thématique de la peine capitale dans sa série Kill Me. À travers divers médiums – peinture, sculpture, dessin – il tente d’illustrer ce procédé qui tient de la mise à mort légale d’un individu. C’est ainsi qu’il élabore des mises en scène cruelles liées à l’exécution.

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Contre le voyeurisme moral : la relaxe du poisson rouge

Chaque personne a déjà témoigné de la présence d’un poisson rouge dans son aquarium. La transparence totale, le manque de refuge… une vision à 360°. Marco Evaristti interprète, à raison, le poisson rouge comme l’un des symboles les plus explicites du voyeurisme moral. Toutefois, son questionnement ne réside pas seulement dans la déchéance de la scopophilie mais dans l’instauration de la paix entre les trois grandes religions monothéistes.

La Bible, la Torah et le Coran sont placés au fond d’un aquarium. Au-dessus, voguent des poissons. « Soucieux de la haine terrible et du manque de compréhension entre les religions, c’est ma volonté d’oublier l’amertume et de chanter un hymne de paix. »

« Peut-être parcourent-ils ces livres dans leur inconscient et, de cette manière, aide à établir plus d’équilibre dans cet univers. »

Dès lors, le poisson rouge prend une place fondamentale dans son œuvre. Après Hathorn et Forgive Me, Helena, il imagine l’installation Helena y el Pescador. Ce projet fera énormément parler de Marco Evaristti. Celui-ci s’empare du poisson et du blender pour son exposition. Branchés dans la salle d’exposition, le visiteur était libre de décider d’appuyer ou non sur le bouton activateur. Lors du vernissage, deux personnes ont activé les blenders, mettant ainsi fin à la vie de ces êtres.

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Helena y el Pescador a, bien sûr, alimenté la polémique éthique liée à la mise à mort d’un être vivant. Marco Evaristti a donc été poursuivi pour maltraitance animale, mais a été relaxé suite à des études scientifiques et techniques prouvant que les poissons n’auraient pas eu le temps de souffrir avant de s’éteindre.

Considérée comme barbare, immorale, cette installation/performance a, en tout cas, eu un grand effet sur les foules. Systématiquement, Marco Evaristti tente de susciter chez son spectateur une réaction forte, de le provoquer pour étudier son comportement et le cheminement de sa pensée. Il fait de lui un acteur et non plus un simple visiteur.

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« Selon des témoins visuels, la tuerie du premier poisson instaura une atmosphère chargée au sein des représentatifs des médias qui étaient présents, qui avaient virtuellement encouragé les visiteurs à appuyer sur le bouton afin d’initier un scandale, chose qu’ils sont finalement parvenus à faire. Le public a suivi la division de la société en trois groupes élaborés par Evaristti : l’idiot, qui appuie sur le bouton (le sadique), le voyeur qui prend plaisir à observer, et le moraliste. […] Les médias et le public étaient les voyeurs et les groupes de protection animale et les protestataires étaient les moralistes. L’art voit son installation comme une expérience à travers laquelle il tente d’interpréter la réalité par le biais de la réalité, et non par le mensonge. C’est ainsi qu’Evaristti se met à distance de la représentation de l’horreur – telle qu’elle est définie dans les termes classiques de l’art – puisqu’il considère l’interprétation de ce qu’il s’est passé comme une falsification de la réalité. »

 

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