Ilkin utilise la matière de tous les jours pour construire ses identités. C’est à travers la couture, le dessin et la peinture qu’elle se livre à des formes d’interactions par des motifs de tissus dans son exposition Organized habitation . Manipulation, pouvoir, transformation urbaine, l’artiste côtoie les problèmes relationnels et assemble archives personnelles et mémoire universelle.

L’homme dans le tissu

Dans son exposition, Ilkin présente une sélection d’œuvres existantes depuis 2013 jusqu’à 2018. Elle interroge, par ses travaux, la relation complexe entre l’homme, la nature, mais aussi l’animal. Ainsi, sur les tissus qu’elle récupère, entre draps et broderies, elle insère des silhouettes humaines sur des motifs environnementaux.

« La plupart du temps, ces paysages artificiels décorent les maisons des migrants venus de la campagne vers un mode de vie urbain dépourvu de toute nature, témoignant un sentiment de nostalgie envers celle-ci tout en révélant la relation entre culture et nature. » 

Bige Örer, Directrice de la Biennale d’Istanbul, Février 2019

Eco féminisme

L’artiste, dans son exposition, fait référence à l’Eco féminisme pour reprendre la domination de la nature par l’homme, mais aussi l’exploitation de la femme. Ainsi, elle travaille par exemple avec des photos de famille, interroge les liens de parenté, et les alternatives possibles en rapport avec la nature.

Poétique de l’espace

Entre nature et destruction, la main de l’homme est ici dessinée pour rendre l’effet dévastateur de l’espèce humaine sur la nature. Ainsi, dans « Organized habitation », Ilkin intègre une œuvre audiovisuelle : une vidéo de la destruction de l’hôpital près de chez elle. Du plein au vide, métaphore d’une mémoire spatiale s’effaçant peu à peu, l’artiste intègre la poétique de l’espace, voire même une poétique des ruines comme le faisait Du Bellay dans une réflexion presque existentielle.

Du silence pour expliquer le bruit

Chaque sens ayant son importance, le bruit aussi est un leitmotiv de l’exposition. Ainsi, encloisonnée dans son atelier, Ilkin ne peut échapper aux mélodies ambiantes qui s’introduisent dans son espace de vie. Elle y intègre ainsi des sons de la nature ou simplement le silence pour parler de bruit. Et ce paradoxe devient phénomène de son art de la récupération, de ses tissus tachés, abimés, vivants, blessés. Détruits ou reconstruits.