Tous deux issus de la classe ouvrière, Otto Dix et August Sander ont, à travers leur art, portraitisé l’Allemagne du début du XXe siècle. Durant l’entre-deux guerres, la statut politique, économique et social du pays est en désarroi. Dix et Sander immortalisent des personnes ordinaires dans leur intimité, faisant le portrait de toute une génération : de la culture émergente qu’est celle des cabarets à la représentation de l’extrême pauvreté…, ces deux artistes s’engagèrent, des années 1920 aux années 1930 à une réflexion sur les extrêmes radicaux qui sévissaient au sein de la société allemande de l’époque.

« It is not my intention either to criticize or to describe these people, but to create a piece of History with my pictures. »

– August Sander

August Sander Otto Dix and his wife

© August Sander, Otto Dix and his Wife Martha, 1925.

« L’ère de la misère et du glamour », comme la qualifie Kate Bryan dans son introduction de l’ososition Portraying A Nation : Germany 1919 – 1933, est une période qui exprime la tentative d’une démocratie allemande suite à la Première Guerre Mondiale, ce avant la montée au pouvoir du nazisme. Au milieu des années 1920, la situation socio-économique de la République de Weimar se stabilise quelque peu. C’est alors qu’apparaissent théâtres et cabarets, qui seront une importante source d’inspiration pour les artistes de l’époque, tout particulièrement pour le peintre Otto Dix.

Né en 1891, Otto Dix vient d’une famille de classe ouvrière. S’étant porté volontaire pour la Première Guerre Mondiale, il subit de très graves blessures, qui seront une source de traumatismes importants pour  le reste de son vivant. Il gagne une certaine reconnaissance et une réputation en tant que peintre à partir des années 1920 mais ses œuvres seront malheureusement confisquées par les nazis lors de la montée au pouvoir d’Hitler. Cette période précédant l’exposition d’Art Dégénéré de 1937 sera l’une de ses périodes les plus prolifiques.

Otto-Dix-Sturmtruppe geht unter Gas vor-1924

© Otto Dix, Sturmtruppe Geht Unter Gas Vor, 1924

Né en 1876, August Sander a lui aussi grandi dans une famille de classe ouvrière. C’est au cours de son service militaire qu’il s’intéresse à la photographie avant d’installer son propre studio à Cologne. Tout comme Dix, il participe à la Première Guerre Mondiale, mais à son retour, il choisit de voyager afin de portraiturer la société allemande. Classiques, ses portraits immortalisent des figures immobiles, sans expression particulière. Il s’agit là presque plus d’un travail documentaire qu’artistique. Cette impression est d’ailleurs appuyée par les cartels qui accompagnent chacun de ses clichés.

 

Faire le portrait d’une société moralement et physiquement brisée*

L’un est photographe. L’autre est peintre. L’un peint l’ordre. L’autre le chaos.

Tout semble les séparer, et pourtant, les œuvres de August Sander et Otto Dix ne sont pas aussi éloignées qu’elles en ont l’air. Quelle que soit la technique adoptée, le sujet abordé, le protagoniste étudié…leur idée est semblable. Dans les deux cas, le processus est celui de la documentation d’une société qui est moralement et physiquement abîmée.

Ils s’adressent finalement au plus grand nombre, en présentant la condition humaine et les extrêmes immodérés dont elle peut être susceptible de pâtir. Photo ou peinture, c’est donc parallèlement que Sander et Dix rappellent de manière terriblement poignante l’importance fondamentale de manifester la liberté d’expression par la création artistique, tout particulièrement face à la montée en puissance d’un régime fasciste.

En 1933, Hitler prend le pouvoir. Le nazisme banni tout ce qui est considéré comme une menace au régime, fermant les théâtres et les clubs, brulant les livres, confisquant des œuvres d’art. August Sander et Otto Dix sont tous deux visés, le livre Face of Our Time banni, les toiles de Dix étiquetées « dégénérées ». Documentation d’une section de la société allemande : c’est ce que ces deux artistes sont parvenus à faire  au sein d’une société totalitariste.

 

« Painting is the effort to produce order, order in yourself. There is much chaos in me, much chaos in our time. »

– Otto Dix

 

« It’s an invitation to reflect upon ourselves and the turbulent times in which we live. »

– Kate Bryan

Sander, August,National Socialist, virtute

 


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