Dans une installation de Pablo Valbuena, on prend bien la mesure du temps et de l’espace.

Le son et la lumière imprègnent l’architecture qu’on apprend dans le même temps à regarder autrement. Les différents schémas créés par ces signaux sensoriels se répètent en boucle, déclenchant une impression d’éternel recommencement. On ne sait pas trop quand partir, quand arrêter d’attendre que l’hypnotisant mouvement disparaisse et cesse de s’imprimer sur notre rétine.

Jusqu’au 24 mars, au CENTQUATRE, est exposé un récit rétrospectif de son oeuvre, auquel s’ajoute une nouvelle pièce monumentale, kinematope [2 parallèles], spécifiquement créée pour la grande halle rue d’Aubervilliers – entièrement vidée pour l’accueillir. Basées sur des fréquences de mouvement, deux lignes de haut-parleurs se transmettent des suites de signaux le long de l’immense plateforme, créant des motifs de son et de lumière évoluant au fil du temps.


En commençant l’exploration des salles, on est frappé par un lent spectacle performatif : celui de deux personnes à genoux sur une large mosaïque, modifiant ensemble, pièce par pièce, un puzzle géant. Composé du même carreau dupliqué par dizaines, le motif est modifié tout au long de l’exposition. Le visiteur est appelé à contempler les changements successifs de schémas s’opèrant devant ses yeux, et à emporter avec lui un aperçu des multiples possibilités qui se réaliseront au fil de l’exposition. Formas de tiempo [4400] ne prendrait fin qu’après avoir terminé de construire toutes ces possibilités, mais il faudrait pas moins d’une vie éternelle pour toutes les essayer.

On retrouve plus loin Augmented Sculpture, oeuvre emblématique du travail de l’artiste espagnol. Les minutes semblent couler lentement sur les volumes qui meublent le coin de l’une des salles. On observe en silence l’hypnotisant spectacle lumineux, fixe et incarnant pourtant le mouvement presque organique de la matière en constante transformation. A l’image, peut-être et comme semble vouloir le dire l’artiste, de notre perception. A travers ces multiples interventions urbaines, revues en détail dans les trois autres salles de projection, la distinction entre réalité et construction mentale est questionnée et l’indicible prend forme devant nos yeux. Notre regard se perd très vite dans un flou de lumières à moitié virtuelles, construisant mentalement des formes inexistantes.

Si le temps est un lieu, au CENTQUATRE du 19 janvier au 24 mars 2019

texte Andréa Le Guellec – images © Josselin Ligné et Pablo Valbuena