La photographe sud africaine, Phumzile Khanyile, s’interroge sur l’image et la condition des femmes dans les Townships de Johannesburg à travers une série d’autoportraits. Ce corpus photographique, réalisé à huis clos, est baptisé Plastic Crown en référence aux ornements en plastique et couronnes factices utilisées dans les concours de beauté.

Originaire du Township de Soweto (le plus grand d’Afrique du Sud), Phumzile remporte en 2015 la Bourse et le Mentorat Gisèle Wulfsohn. Ce prix lui permet d’effectuer des études au célèbre Market Photo Workshop et de bénéficier de l’accompagnement de la photographe américaine Ayana V. Jackson.

La photographie comme exutoire

Quelques années auparavant, Phumzile se fait agresser par cinq hommes alors qu’elle prenait des photos en extérieur. Depuis, la jeune femme est terrorisée à l’idée de sortir dans le township. La photographie devient alors une sorte d’exutoire.

Pendant près de deux ans, elle imagine et conçoit Plastic Crown à l’abri des regards, dans la maison de sa grand-mère alors que cette dernière se trouve à l’église. Pour la petite anecdote, Nomvo (sa grand-mère), qui ne se doutait de rien, a seulement découvert Plastic Crown à l’occasion de l’exposition de fin d’études de Phumzile.

Un journal intime fictif

La série, réalisée en intérieur, se lit comme un journal intime. À travers des mises en scène savamment orchestrées, Phumzile se travestit avec les accessoires et les vêtements de sa grand-mère pour tenter de se découvrir en tant que femme.

Ces autoportraits révèlent ses peurs et son envie d’émancipation, tout en nous interrogeant sur la condition des femmes dans la société contemporaine africaine. 

Autant influencé par le passé que par le présent, Phumzile s’inspire de sa propre histoire comme de celle des figures féminines de sa famille, en particulier celle de sa grand-mère, qui a une certaine idée sur l’image respectable qu’une femme devrait avoir. Image qui marque d’ailleurs le point de départ de ses questionnements.

Le discours de Plastic Crown est féministe. Ses mises en scènes, parfois provocatrices, sont assumées. La photographe examine ainsi les stéréotypes auxquels doivent faire face les femmes mais aussi leur position sociale, leur genre et leur sexualité. Les ballons, par exemple, font référence au nombre de partenaires sexuels. Ceci est, selon elle, l’expression d’un choix et non un manque de moralité, comme voudrait le faire entendre la société bien pensante. 

Une esthétique singulière

Les photographies sont floues et les ombres contrastées. La palette de couleur est douce. Pour obtenir ces effets, Phumzile place un foulard ou une robe en mousseline devant son appareil numérique comme pour imiter le rendu des pellicules argentiques d’antan et brouiller toute notion de temps et d’espace. Une esthétique qui n’est pas non plus sans rappeler celle des filtres Instagram. 

Phumzile fait partie des lauréats 2018 du CAP Prize (prix de la photographie contemporaine africaine), qui récompense cinq photographes africains lors du festival Image Afrique à Bâle.

 

(Images Copyright Phumzile Khanyile, Courtesy AFRONOVA GALLERY)

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