En janvier 2017, l’artiste russe Piotr Pavlenski et sa compagne Oksana Chaliguina obtenaient le statut de réfugiés politiques. À 33 ans, il s’est fait connaître pour ses actes de contestation sous la forme de happenings. Une performance, organisée sous les objectifs des photojournalistes ou de caméras de surveillance, assure le fait que ses actions donnent lieu à la transmission d’un véritable message. Déjà en Russie, Pavlenski agissait pour « ôter la peur russe en bravant les interdits. » Actes incendiaires, mutilations physiques… l’artiste dénonce l’oppression politique et revendique la liberté, mettant « l’éclairage sur la vérité que les autorités nous ont forcé à oublier. »

Dans la nuit du 15 au 16 octobre dernier, vers 4 heures du matin, Piotr Pavlenski a exécuté une nouvelle performance “d’artivisme”. Déjà le 9 novembre 2015, il s’en était pris aux portes principales du siège historique des services secrets russes. Il s’agissait pour lui, en enflammant l’entrée de l’ex-KGB, de mettre le feu aux « Portes de l’Enfer ». Cette fois, il appelle son happening Éclairage. Mettre en lumière les mensonges de l’État, sous les objectifs de photographes, voilà ce que revendique Pavlenski. Il a ensuite été arrêté par la police et est actuellement détenu pour dégradation volontaire de bien public par le feu.

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Piotr Pavlenski – © AP Photo/ Capucine Henry

Avant de trouver asile en France en ce début d’année, Pavlenski avait fait beaucoup de performances contestataires en Russie, dénonçant le fatalisme de la société russe. En 2012, le groupe Pussy Riot est arrêté par les forces de l’ordre russes pour avoir effectué des prières punks ouvertement contestataires de Vladimir Poutine. Condamné à deux ans de camp de travail, Piotr Pavlenski décida de se coudre les lèvres, dénonçant ainsi les entraves à la liberté d’expression.

« Je voulais montrer la position de l’artiste contemporain en Russie. […] L’intimidation et la paranoïa générale que je vois partout dans notre société me répugnent. »

À travers ses performances, Piotr Pavlenski s’inscrit dans la continuité de l’actionnisme viennois : son corps lui sert de moyen d’expression. C’est ainsi qu’il conteste les lois réprimant les offenses aux sentiments religieux et la propagande homophobe en s’enveloppant de fil barbelé à Saint Pétersbourg. Sa démarche rappelle le bétail, la carcasse animale. Il s’agit, selon lui, d’une métaphore de l’enfermement des bêtes dans leurs enclos, comme l’Homme se retrouve emprisonné seul face à ses lois. Il s’inscrit donc dans une mouvance d’actionnisme russe, clouant la peau de ses testicules sur la Place Rouge. Il dénonce « l’apathie, l’indifférence politique et le fatalisme de la société russe ».

Cette contestation du système politique russe, de l’oppression qu’il porte avec lui, amène Piotr Pavlenski à se couper le lobe de l’oreille. Nu, sur le toit de l’Institut Psychiatrique Serbsky de Moscow, il se muni d’un couteau et se sépare d’un morceau de chair. « Le couteau sépare le lobe de l’oreille. Le mur en béton de l’institut sépare la société saine d’esprit des malades mentaux. » Pour Pavlenski, il est important de comprendre par cette performance qu’ « en utilisant de nouveau la psychiatrie à des fins politiques, l’État politique s’approprie le droit de fixer la limite entre raison et folie. »

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