L’artiste franco-haïtienne, Gaëlle Choisne, est connue pour l’extrême acuité de ses propos anti-coloniaux. Après une exposition à la biennale de Lyon et un workshop au Musée d’Art Moderne de la Ville de Paris, Gaëlle Choisne présente “TEMPLE OF LOVE” au centre d’art et de recherche Bétonsalon. Une exposition personnelle, dédiée à la résistance contre l’oppression capitaliste hétéronormée et à l’aspect érotique de cette résistance.

S’inspirant, du point de vue de la forme, des travaux de l’artiste lituanienne Daiga Grantina et de la polonaise Agata Ingarden, Gaëlle Choisne expose des objets récupérés de matériaux pauvres – branches, canettes, bouteilles, sacs en plastique, cigarettes, draps, télés, médicaments, ainsi que les sculptures de vagins – huîtres en plâtre, et une vidéo de cérémonies clandestines voodoo en Haïti.

Trouvant leur place organique dans la salle d’exposition à l’architecture brutaliste, les micro-installations ou “objets imaginaires” de “Temple of Love” fonctionnent, avec une grande force de conviction, comme métaphores.

Sans vouloir recréer littéralement l’environnement matériel dans lequel vit le peuple noir, ils visent à faire surgir dans la conscience du spectateur des images condensées de sa condition de vie. Accroché à un sac de couchage de réfugié, un petit sac en plastique sale contenant une substance noire semble évoquer un pochon de drogues laissé au milieu d’un jardin public ou d’un bâtiment abandonné. Une bouteille vide de tequila, attachée à une chaîne, imite quant à elle, une canne à pêche utilisée par les mendiants pour collecter l’aumône.

Or, le sujet central de l’exposition, c’est la sexualité. Et plus précisément, sa condition dans le gangsta rap afro-américain. L’amour aux confins du viol, où l’envie frénétique se mêle avec la conscience de la pauvreté, la haine envers sa condition de vie, la coprolalie et l’agression régnant dans la rue ou en famille, l’amour, où le plaisir et la peine sont inséparables.

Gaëlle Choisne choisit ici de l’aborder à partir de ses artefacts. Dans un coin, une huître suspendue à une chaîne dorée sont attachées à la grille de métal. De l’autre côté, des plumes de paon embrassent, comme une sorte de boa, de lourdes chaînes. Une boîte de bâtons d’encens aphrodisiaques, avec l’image d’un couple nu noir et l’intitulé “Black Love”, est collée à un drap. Une massive sculpture noire de forme phallique pénètre la grille.

Pour Gaëlle, la rage et la libido du peuple noir vaincront enfin la répression coloniale, et le phallus, érigé comme un coup de poing, déchirera les chaînes d’asservissement.

Exposition Gaëlle Choisne, TEMPLE OF LOVE , Bétonsalon, du 5 septembre au 15 décembre 2018.

Photo : © Aurélien Mole et Mathilde Assier / courtesy Bétansalon

  •   + | share on facebook