L’ère du numérique introduit en puissance la figure du robot. Les réflexions autour de son utilité et de sa dangerosité sont bien connues et font partie intégrante à la fois du champ d’investigation scientifique et de notre mythologie contemporaine. Certains concepteurs, toutefois, abordent d’un versant original le rapport entre robot et humain – Nicole Pérez en fait partie. 

 

Aborder le thème des robots, c’est faire bien souvent référence ou bien à un avenir des plus sombres dans le style d’I-robot ou bien à un romantisme post-humain dont des films tels que Her ou, plus récemment, Blade runner, ont su faire la touchante narration. Question primordiale: quel type de relations voulons-nous instaurer avec la communauté robotique ? Un rapport de servitude ? Une amour idyllique ?

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Pour éviter l’écueil de robots purement instrumentaux, ou objets de désirs falsifiés, la designer mexicano-suisse Nicole Pérez développa une série de Misbehaving (ro)bots dans le cadre de ses études au Central Saint Martin de Londres. Leur fonction ? Vous embêter. Fabriqués à partir de plastique thermoformé recouvert de fibres de flocage, ces robots aux dimensions d’animaux de compagnie reproduisent les petits gestes agaçants qui font l’authenticité d’une relation au quotidien.

“Leur but n’est pas d’être efficaces mais improductifs, incarnant tout l’inutile et l’infructueux que nous ressentons dans une relation” – Nicole Pérez

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Voulant rompre avec la fantasmagorie stéréotypée du robot attisant le désir, parfait dans ses gestes et ses interactions, Pérez prône plutôt l’humanisation des robots par le développement de légers défauts qui lui paraissent tout aussi essentiels pour fonder un rapport authentique. Ainsi, les créations de Pérez vous titilleront maladroitement, laisseront des traces de rouge à lèvres sur votre sol, vos couvertures, ou vous pinceront carrément l’oreille – et c’est par ces gestes que vous vous surprendrez à nouer du lien avec eux.

“Dans le futur, les experts tout comme moi-même croyons que même les besoins les plus primitifs et les plus basiques de l’humain, tels l’amour et l’intimité, pourront trouver satisfaction avec des partenaires non-humains” – Nicole Pérez

En voulant faire des robots des instruments absolument majorés, optimisés, rentabilisés, on ruine la possibilité d’entretenir un quelconque échange humain avec eux. Pour aboutir à un modèle relationnel épanouissant, Pérez est persuadée que les robots doivent être configurés, aussi, sur la base de déficiences proprement humaines telles les tic, la nuisance sonore ou la gaucherie. Ainsi, pour que la relation post-humaine puisse offrir un réel substitut aux relations humaines, l’intégration automatisée des petits inconvénients du quotidien semble relever de la nécessité.

“Si vous ne défiez pas une personne dans une relation, alors il ne s’agit simplement pas d’une relation, vous avez juste un jouet”

– Nicole Pérez

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(Photos : Nicole Pérez)

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