Du 16 au 18 novembre dernier se tenait au parc des expositions de Strasbourg la 23ème édition de la foire d’art contemporain ST-ART. Un évènement marqué cette année par la domination du street-art, d’œuvres picturales aux tons très colorés, et des harmonies jubilatoires de Robert Combas. Autant dire qu’une énergie électrisante circulait entre les murs de ST-ART, bien loin du sage parfois impérieux auquel nous ont habituées les foires de plus grandes ampleurs. Et ça fait du bien.

Devenu au fil des années un des grands rendez-vous annuels de la frontière franco-germanique, l’évènement a pris une ampleur toute particulière ces dernières années, et ce notamment grâce à l’introduction de nouvelles mécaniques.

Présentation.

Robert-Combas-virtute

Pablo Picasso comme on l’a rarement vu, invité d’honneur

Après la MEP, la fondation Maeght et la Venet Foundation, c’était au tour du Museu Picasso de Barcelone d’être l’invité d’honneur de ST-ART. Le temps de quelques jours, c’est donc un véritable musée miniature qui a pris place au centre de la foire. Un pari original, et logistiquement audacieux, où sont réunies un peu moins de 30 œuvres issues des collections du Museu Picasso. On a notamment eu le plaisir d’y voir l’un des éléments de la série Las Meninas, ainsi qu’une des variations du Déjeuner sur l’herbe de Manet.

Bien sûr, ces visions sont un plaisir sans cesse renouvelé pour peu qu’on goûte à l’art du peintre espagnol. Mais peut-être que le plus intéressant dans ces 180m² d’exposition, ce sont ces inhabituels. Ces méconnus que seul un musée historique d’une telle envergure est à même d’offrir.

Ainsi, dans la troisième salle de ce musée improvisé, on retiendra une étonnante série de céramiques, et surtout les quelques photographies de David Douglas Duncan. Celles qui ont si bien su saisir ce que l’artiste, déjà âgé à l’époque, conservait d’extraordinaire vitalité, d’irréductible vigueur. Devant ces clichés, on demeure un peu amusé, un peu ému de voir cet artiste si souvent hissé aux cimes dans des instants d’une telle simplicité.

 

La carte blanche : place aux galeries émergentes

Outre ce dialogue avec des institutions de renommée internationale, la ST-ART organise également chaque année une carte blanche octroyée à une personnalité du monde de l’art. Pour cette édition, c’est Henri-François Debailleux qui était invité. Conformément à sa volonté de “montrer les jeunes générations de galeries, à opposer aux célèbres mastodontes de la FIAC”, le journaliste et critique d’art a décidé de proposer une exposition collective composée de jeunes galeries. Y participaient : la galerie Anne-Sarah Bénichou, la Galerie Bertrand Grimont, la Galerie Thomas Bernard – Cortex Athletico et la Galerie RX.

Ici, aucune thématique générale n’était imposée. Et ce par souci de ménager un authentique espace de liberté pour chacune de ces nouvelles structures. Un peu à la manière d’un franc gage de confiance, la place belle était résolument accordée à l’initiative personnelle des responsables de ces diverses galeries.

Franck-Eon-virtute

Le prix art de la ville de Strasbourg

Sur les 80 galeries exposantes, dix d’entre elles furent nominées pour le prix art de la ville de Strasbourg. Chacune assure la promotion de démarches tout à fait distinctes ; des photographies satiriques du norvégien Ole Marius Joergensen aux dessins hybrides d’Alma Bucciali, en passant par la ténèbre métaphysique des œuvres d’Hugo Alonso.

Alma-Bucciali-virtute

Après délibération, c’est finalement Joris Tissot, représenté par la galerie Christophe Tailleur, qui a été nommé lauréat 2018. Un artiste formé à Strasbourg même, et initié dès ses plus jeunes années au dessin. Médium de prédilection dont la maîtrise  lui a d’ailleurs valu ce prix, puisque c’est une série d’œuvres réalisées au stylo et à la mine de plomb que Joris Tissot présentait.

Joris-Tissot-virtute

Parmi elles, Les épaules de ma mère. Un grand format dénué de perspective, et centré sur une construction pyramidale mêlant plusieurs références esthétiques : figure de la Vierge Marie, posture impérieuse greco-romaine, enfants dénudés aux allures de chérubins.

L’extrême finesse du trait contraste violemment avec un texte jaune fluo apposé presque à la manière d’une insulte : “sur les épaules de ma mère”. Ces quelques mots, réalisés dans une typographie qui n’est pas sans rappeler celle de Ben, écrasent le tracé, et le rendent presque dérisoire malgré la qualité de sa composition. Une manière de jouer avec les traditions picturales. Mais un moyen, aussi, de questionner le statut contemporain de la “mère”, bien différent de l’impératif essentiellement “nourricier” qui fût si longtemps paradigmatique.

 

En bref

Avec le développement du système d’invitation, de carte blanche, et de prix, ST-ART se positionne comme un évènement culturel en plein essor. Soucieuse d’être un acteur de promotion et de découverte, la foire a le mérite d’ouvrir ses espaces à des galeries extra-nationales, extrêmement récentes, et parfois itinérantes. Une diversité qui fonctionne bien. En témoignent le passage de quelque 20 000 visiteurs et un chiffre d’affaires total de 1 285 000 euros ( pour 764 000 l’an passé).

ST-ART évolue vite, très vite. Et il s’agit, dès à présent, de regarder de près l’évolution de cette manifestation culturelle qui pourrait bientôt s’imposer comme une grande contre-balance aux fameuses foires parisiennes de début d’année grâce à un effort décidément axé sur la valorisation de jeunes talents.

Niki-de-Saint-Phalle-virtute

© Formento + Formento Galerie Goutal, Robert Combas AD Galerie, Franck Eon Thomas Bernard, Succession Picasso 2018, Alma Bucciali Editions Bucciali, Joris Tissot Galerie Christophe Tailleur, Nikki de Saint-Phalle Galerie David Guiraud

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