Après une exposition très remarquée à la Villette, Ryoji Ikeda revient en force au Centre Pompidou. C’est dans le cadre de Japonismes 2018 et de la seconde édition de l’évènement Mutation / Création que Ryoji Ikeda expose dans la galerie 3 du Centre deux installations sonores et visuelles qui simulent l’invisible : code-verse et A [continuum]. 

Originellement musicien, Ryoji débute sa carrière au sein du collectif Dumb Style dans les années 1990 comme éditeur de CD. Très vite, il développe en parallèle un art protéiforme basé sur l’utilisation d’instruments informatiques : création musicale jusqu’aux années 2000, puis la vidéo et enfin l’installation numérique.

Continuum est décomposé en deux salles. En entrant, le spectateur se trouve face à un écran géant dans une salle plongée dans la pénombre. Difficile au premier abord de discerner ce qui est diffusé tant les images projetées sont tumultueuses et fulgurantes.

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Ce que propose Ryoji avec code-verse, c’est une étonnante poésie -quelque chose comme la partition musicale d’une multiplicité de séries algorithmiques. En prenant le contre-pied d’une certaine vision de l’informatique qui ne voit dans cette nouvelle technologique qu’un outil utilitaire, Ryoji propose une expérience qui se veut résolument contemplative.

Pour apprécier pleinement ce qui en premier lieu agresse et abasourdit, il convient de s’installer et de se laisser bercer par les flux incessants de l’oeuvre. Ce qui se joue sous nos yeux, c’est tout simplement une vision quelque peu hallucinée de la trame qui tisse les logiques de nos quotidiens : Internet, machines automatisées, moyens de circulations… À la confusion première succède vite l’impression vertigineuse d’une harmonie qui nous dépasse sous tous rapports.

Continuum Ryoji Ikeda Centre Pompidou Japonismes 2018 virtute 9

Changement total d’ambiance avec A[continuum]. Baignés par la lumière naturelle du mur latéral qui donne sur la fontaine Stravinsky, le spectateur se meut dans un espace immaculé seulement occupé par 5 hauts-parleurs Meyer SB-1. Ces installations d’ordinaire réservées aux stades diffusent en permanence les ondes sinusoïdales liées à la fréquence sonore du ton diapason : A (la note la).

Continuum Ryoji Ikeda Centre Pompidou Japonismes 2018 virtute 5

Les sons produits sont d’une extrême finesse et fusent à travers les visiteurs qui se sentent littéralement traversés, transpercés par elles. De fait, les vibrations émises sont si subtiles que chaque mouvement du spectateur provoque immédiatement des interférences. Le public n’est donc pas simplement dans la position d’auditeur, il est l’une des pièces maîtresses de l’orchestre mobile qu’est A[continuum].

Avec ces oeuvres, Ryoji Ikeda propose deux experiences immersives qui répondent à des logiques de binarité (en hommage au code ?). L’une crève l’obscurité tandis que l’autre se répand dans la lumière, la première est une traversée visuelle et la seconde un périple auditif. Deux faces d’un même voyage qui vous entraîneront, avec poésie et spectacularité, au coeur de l’imperceptible.

 

(photos : Frédéric Clad / THE FARM)

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