Le street artiste Seb Toussaint donne la parole aux habitants des quartiers marginalisés aux quatre coins du monde. C’est en 2012, à la suite d’un tour du monde à vélo, que cet artiste originaire de Caen se lance dans ce projet baptisé Share the Word. En 2013, le voilà embarqué en Indonésie pour le 1er volet d’un travail qui dure maintenant depuis cinq ans. Depuis, 3 fois par an, pendant un mois, il investit des bidonvilles ou des camps de réfugiés pour y peindre de grandes fresques murales.

Kenya, Népal, Colombie, Brésil, Philippines, Éthiopie, Inde, Irak, Palestine, Niger… Voilà la liste exhaustive des pays que Seb Toussaint a parcouru depuis son premier voyage en Indonésie. À chacune de ses étapes, il demande aux habitants des quartiers un mot qui est important à leurs yeux puis le peint sur les murs. Au total, ce sont 164 mots de tailles différentes ayant été peints sur l’ensemble du projet.

 

Utiliser le street-art pour parler de manière positive de ces quartiers.

Share de Word apporte non seulement de la couleur à ces quartiers mais permet aussi d’attirer l’attention sur des communautés trop souvent oubliées. À chacun de ses voyages, ce sont entre 8 et 15 murs que Seb Toussaint et son équipe réalisent. Et quand il n’est pas en voyage, c’est en France que l’artiste met son art au service des populations abandonnées (Jungle de Calais, ateliers de création pour les jeunes en prison).

“Le graffiti a le pouvoir d’attirer l’attention et permet de parler de communautés dont on ne parle jamais”.

Ce projet permet aussi de mettre en lumière des quartiers, dont on ne parle jamais. Ce sont d’abord les médias locaux, qui très souvent, couvrent l’événement. Mais d’autres initiatives voient le jour grâce à ces interventions. Par exemple en Colombie, le quartier investi par Seb Toussaint se trouvait près d’une université. À la suite de son intervention, les étudiants se sont engagés dans ce même quartier, ce qui a permis de booster le programme éducatif de cette université.

“Derrière chaque mot peint, il y a une personne et une histoire” nous confie Seb Toussaint. Pour VIRTUTE, l’artiste a sélectionné 5 mots et nous a raconté leur histoire.

Maimuna, 35 ans a choisi le mot “Yarinta” (=jeunesse en Hausa). Niamey, Niger 2017.

La jeunesse de Maimuna s’est arrêtée subitement à 12 ans lorsqu’elle a été mariée à un homme beaucoup plus âgé qu’elle. Elle est tombée de suite enceinte. A 13 ans, elle était déjà maman. Maimuna regrette ne pas avoir eu une vraie jeunesse durant laquelle elle aurait pu aller à l’école et apprendre un métier. Elle veut que les gens voient le mot qu’elle a choisi et que les mentalités changent afin que les jeunes filles puissent vivre leur jeunesse et prendre le temps de recevoir une vraie éducation.

Hassan, 50 ans a choisi le mot « Future ». Kawergosk, Iarq 2017.

Hassan était professeur dans un lycée lorsqu’il vivait encore dans le Kurdistan Syrien. Sa vie a basculé lorsque la guerre a commencé et que Daech et les forces de Bashar Al Assad l’ont contraint à fuir. Aujourd’hui, il a presque tout perdu et doit se reconstruire dans un camp de réfugiés dans le Nord de l’Irak. Mais sa mission reste la même : éduquer les nouvelles générations de Kurdes. Il donne des cours de géographie dans le lycée du camp, où il vit depuis 4 ans. Le futur de ses jeunes est sa raison de vivre.

Les Habitants de Mariscal Sucre ont choisi le mot “Paz” (=paix en espagnol). Bogota, Colombie 2016.

Avec la perspective, les lettres sont visibles depuis un pont traversant une route “périphérique” de Bogota. D’un côté se trouvent des quartiers aisés et des universités, de l’autre des quartiers populaires. Le but est de faire venir sur ce pont des gens issus de ces deux mondes très différents.

Ensemble, les habitants de Mariscal Sucre ont choisi le mot “paz” traduisant leur désir de vivre dans un quartier en paix. Au moment où ces 17 maisons ont été peintes, l’État colombien et les rebelles FARC étaient en train de négocier un accord de paix mettant fin à 50 ans d’un conflit armé extrêmement violent. À Bogota, beaucoup de journalistes y ont vu un symbole de paix, cette dernière étant à ce moment là au centre des débats. Juan Manuel Santo, le président colombien, ainsi que les FARC ont tous félicité Seb Toussaint pour son travail et ont contribué à médiatiser un quartier, dont personne ne parlait auparavant.

Shahed, 17 ans, a choisi le mot “Insaniyah” (=humanité en arabe). Balata, Palestine 2018.

Shahed vit dans un camp de réfugiés palestiniens en Cisjordanie. Avant 1948, elle et sa famille habitaient sur la côte méditerranéenne. Elles ont été contraintes de fuir lors de la création d’Israël. Aujourd’hui, Shahed vit dans une Cisjordanie ségréguée, où les Arabes sont d’un côté  et les colons Israéliens de l’autre. Shahed a choisi le mot « humanité » car c’est un mot qui rassemble tout le monde, quelque soit la religion ou l’ethnie.

Iyara, 11 ans, a choisi le mot « omy » (=ma mère en arabe). Balata, Palestine 2018.

Iyara a choisi de dédier la fresque à sa mère souffrant d’un cancer depuis quelques années. Elle souhaite que l’oeuvre lui procure encore plus de force dans son combat. Lorsque Seb Toussaint lui a demandé de choisir un mot, elle n’a rien dit à sa mère, lui laissant la surprise.

Pour suivre l’actualité de Seb Toussaint, rendez-vous sur son instagram

Crédit images : Seb Toussaint

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