Tania Franco Klein est une jeune photographe mexicaine diplômée de l’Université des arts de Londres. Aux prises avec la problématique générationnelle du rapport à soi à l’heure de l’hyper-connectivité, Tania Klein offre avec la série Our Life In The Shadows une approche esthétisée particulière. Celle des conséquences, sur le psychisme, des logiques de performance imposées par l’idéologie contemporaine.

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A l’heure où la jouissance est un impératif, peut-être n’avons jamais été aussi seuls. Tel est le paradoxe apparent que souhaite analyser Klein par une étude des effets négatifs que peuvent provoquer les normes de nos sociétés de consommation et de loisirs.

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L’exigence de la perpétuelle performance et de l’irréductible bonne humeur engendre, selon la communauté psychiatrique, un panel de pathologies qui n’a plus grand chose à voir avec les lésions physiques ou déficiences immunitaires caractéristiques des sociétés précédentes.

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Selon le philosophe Byung-Chul Han, principale référence de Tania Klein, le problème se situe aujourd’hui plutôt sur le plan de la psychologie individuelle : burn-out, dépression, bipolarité, trouble de l’attention. Les scènes de Klein ont donc vocation à illustrer ce nouveau fléau par des clichés intimistes aux accents lynchéens.

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Les personnages de Tania Klein sont souvent photographiés de dos, comme s’ ils esquivaient notre regard. Et lorsque, enfin, l’on aperçoit un visage, celui-ci nous paraît amorphe, comme vidé de toute expression. Sans doute au travail et avec leurs amis ces protagonistes peuvent-ils donner le change; se montrer aimables, cordiaux, souriants peut-être. Mais il semble qu’à l’instant même où ils foulent le pas de leur porte, une mascarade s’effondre pour ne plus laisser qu’un abysse de solitude.

“Mes personnages sont anonymes (…) ils se trouvent seuls, désespérés, et épuisés. Ils sont constamment entre l’envie d’essayer, et le sentiment d’être déjà vaincus” – Tania Klein

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Ces photos, visiblement inspirées de l’esthétique des années 90, constituent une illustration poignante des séquelles habituellement invisibles que laisse jour après jour l’agressivité des impératifs contemporains. Le voyeurisme mélancolique de Klein se matérialise par des compositions simples jouant sur les ombres et les dégradés chromatiques.

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Ce choix esthétique jette un doute sur la référence des photographies : s’agit-il du monde réel ? D’un univers fictionnel ? Onirique ? Ce trouble accentue encore un peu plus l’impression d’être immergé dans l’anxiété même des personnages, rongés par l’angoisse de ne pas être “à la hauteur”.

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(Photos : Tania Franco Klein)

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