À l’origine artiste peintre, Sophia Narrett rencontre la broderie presque par hasard. Après avoir pour la première fois exécuté un dessin avec du fil de couture, la broderie devient pour elle une “obsession”. Depuis, elle narre des histoires érotiques grâce à des broderies inspirées de la culture pop contemporaine et de la peinture classique.

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Pour créer ses broderies, Sophia repère sur Tumblr des images qui lui plaisent -pornographie, toiles victoriennes, clichés lambdas. Cette composition hétéroclite est ensuite arrangée par collage sur Photoshop pour créer un ensemble narratif cohérent. C’est à partir de ce brouillon que Sophia tisse ses oeuvres finales.

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Malheureusement dépréciée, la broderie a ici quelque chose de magistral. Les scènes représentées sont ambitieuses, audacieuses, convaincantes. Ici et là, on retrouvera avec plaisir de séduisants hommages aux danseuses de Degas, aux fêtes galantes de Watteau, ou encore aux folles rondes des Caprices de Francisco de Goya.

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Ceci étant dit, Sophia  reste néanmoins radicalement originale de par l’usage de la broderie en premier lieu, mais aussi et surtout, par l’arrangement savant des figures, l’audace des mises en scène, et l’intention narrative sous-jacente.

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L’essentiel est définitivement là : la narration. Dans l’exposition This meant nothing à Art + Leisure par exemple, Sophia écrivit un livre pour accompagner le projet et aider le spectateur à percevoir les différentes oeuvres comme un ensemble chronologiquement structuré.

De fait, chaque pièce de l’exposition faisait partie d’un seul et même récit basé sur l’émission de télé-réalité américaine Bachelor. Au pitch classique de l’émission se substituait la fantaisie de Sophia : plutôt que de séduire le Bachelor, l’héroïne tombe en fait amoureuse d’une autre candidate et vit une intense histoire d’amour avec elle.

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Les histoires de Sophia se matérialisent très régulièrement par l’illustration softporn fantasque, que ce soit dans un paysage aux allures de jardin d’Eden ou dans une maison moderne typiquement étasunienne. Toutefois, cet aspect obscène n’a pas pour fonction de choquer. Bien plutôt, il renvoie simplement à l’imaginaire érotique comme exutoire.

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Le fantasme, qui est, selon Sigmund Freud, un scénario capable de performer l’accomplissement d’un désir de manière plus ou moins consciente, est véritablement au coeur des créations de Sophia. Fétichisme, pratiques SM, orgies… la plupart des constituants de la sexualité dite “kinky” trouvent leur place parmi ces broderies.

L’écosystème de ces oeuvres doit donc être compris comme un espace d’expression parallèle qui, à la manière du rêve, emprunte aux éléments du quotidien (Kendrick Lamar, Married at First Sight…) pour élaborer la réalisation d’une pulsion sexuelle.

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La démarche de Sophie, même si elle côtoie parfois le malsain, ne sombre jamais dans le grossier ou le vulgaire. La subtilité du matériau se joint à la complexité des perspectives pour produire des oeuvres en réalité très délicates, qu’il s’agit de déchiffrer parmi le foisonnement des couleurs et des protagonistes.

“Je fais des broderies qui racontent des histoires à propos du désir. Les récits sont des réactions à mes propres expériences, mes propres fantaisies et la fiction qui a résonné avec moi” – Sophia Narrett

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(© Sophia Narrett)

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