Aujourd’hui, les artistes utilisent de plus en plus l’espace public pour s’exprimer. Inclassable, le phénomène street-art ou art urbain comprend des pratiques aussi diverses que le graffiti, le pochoir, l’affichage… Avec Street Art View, on interroge ces artistes pour mieux comprendre leur démarche et leur motivation. Pour ce street art view #4, rencontre avec Ardif.

Qui es tu ?

Ardif, street-artiste parisien. Je colle dans la rue depuis environ 1 an et demi

D’où vient ton nom d’artiste ?

C’est un surnom de mon enfance. Ce sont mes frères qui m’appelaient comme ça.

Quand t’es tu décidé à faire du street-art ?

Il y a 1 an et demi. Après avoir trouvé mon concept et mon style graphique, je me suis décidé à faire mes premiers collages pour voir ce que ça donnait. Et ça m’a beaucoup plu.

3 mots pour décrire ton style …

Hybridation

Fantaisie

Détail

Quel est ton parcours ?

J’ai d’abord tenté une 1ère année de math en fac. Ça ne m’a pas plu, j’ai donc intégré une prépa artistique aux ateliers de Sèvres. Là,  j’ai appris le dessin et différentes techniques graphiques. Puis, j’ai démarré des études d’architecture. Une fois mon diplôme en poche, j’ai commencé  le métier d’architecte. C’est en parallèle de cette activité que le street-art s’est développé. Aujourd’hui, je vis de mon art.

Comment ta formation d’architecte influence-t-elle tes créations ?

Au cours de mes études,  j’ai pu m’intéresser à différents courants architecturaux. Notamment certains utopistes comme Constant Archigramm ou Lebbeus Woods. J’aime quand le bâtiment devient improbable, que les détails foisonnent, et qu’il y a comme une perte de contrôle de l’architecture tout en gardant une cohérence  de forme.

L’architecture a vocation à perdurer dans le temps, mais tu as finalement choisi de t’exprimer dans la rue, où l’art y est éphémère et spontané. Peux-tu nous expliquer pourquoi ?

J’aime cette spontanéité d’expression. J’ai eu le sentiment d’étirement du temps dans le projet architectural qui est bien évidemment normal, mais j’ai fini par me rendre compte que ce rapport plus direct et réactif  à l’espace urbain me convenait mieux. Il y a un rapport au public qui suscite plus la surprise. Et je trouve que l’aspect éphémère d’une oeuvre lui donne une autre dimension et une certaine poésie. J’aime aussi quand les collages s’usent et commencent à  fusionner avec leur support.

Ton rapport à la ville a-t-il évolué entre ta pratique de l’architecture et ta pratique du street art ?

Je me suis aperçu que le street-artiste se sert des espaces de la ville, qui sont à mes yeux, les espaces non traités par les architectes : les pignons aveugles, les dents creuses, les murs d’enceintes…. Bref, un terrain de jeu qui montre de grandes surfaces vierges telles que des toiles monumentales ne demandant qu’à être peintes. Aujourd’hui, je parcours la ville en repérant ces lieux. J’ai une pratique de la déambulation beaucoup plus poussée et je repère à la fois les spots et les œuvres déjà présentes un peu partout.

Pourquoi avoir choisi de faire dialoguer la mécanique et le monde animalier ?

Ce dialogue est une manière d’inviter le public à rentrer dans mon imaginaire par le biais de la figure familière d’un animal. Je suis fasciné par l’hybridation entre ces deux univers. Il se crée un jeu de contrastes entre les textures, les motifs et les anatomies respectives des deux parties. Ensuite, je cherche aussi un équilibre. Le but n’est pas d’opposer nature et mécano-architecture mais au contraire de faire dialoguer les deux. Je cherche à montrer que le progrès technique ne peut se faire au détriment de cette harmonie avec le patrimoine naturel.

Pourquoi le choix du collage ? Et pourquoi le noir et blanc ?

Le collage est une manière spontanée de m’exprimer. Mes dessins me prennent du temps. Les réaliser dans la rue serait beaucoup trop long et je ne pourrais pas les terminer. Avec le collage, je peux aller vite et choisir des spots variés.

De plus, le fait d’avoir le découpage de mes dessins permet de faire ressortir certains détails qui vont contraster avec le support grâce aux pleins et aux vides.

Le noir et blanc est une première approche car j’aime cette esthétique. Elle crée une unité dans le dessin. Je commence à utiliser la couleur pour la partie animale. La faune existante offre d’ailleurs un vaste domaine d’exploration.

Peux-tu nous expliquer le processus de création de tes œuvres ?

Je démarre toujours par la partie animale. Je fais une recherche iconographique de l’animal choisi pour aller vers une fidélité anatomique. J’aime l’esthétique des planches anatomiques et de recherche zoologique à l’ancienne. La partie mécano-architecturale découle de la composition naturelle.

De quoi t’inspires-tu ?

Comme décrit précédemment, mon inspiration vient de l’animal choisi. L’avantage, c’est que les formes, les motifs, les couleurs sont infinis. Je n’aurais pas assez d’une vie pour dessiner toutes les espèces existantes!

Concernant l’univers d’architecture et de machine, je vais parfois chercher des images de façades, de détails  de construction ou de mécanismes pour enrichir cette partie du dessin.

Le collage dont tu es le plus fier …

Difficile à dire. J’aime quand mon collage crée un clin d’œil avec son entourage comme le cœur, rue de l’École de Médecine ou le renard, rue du Renard. À ce titre,  je crois que la gargouille près de Notre-Dame a une petite préférence  à mes yeux.

La collab’ de tes rêves ?

J’adorerais faire une collab avec l’artiste Roa. Ses animaux géants me fascinent et pourraient se marier parfaitement avec mon style, je pense.

As-tu des expos en cours ou à venir ?

Ma prochaine expo solo sera au Lavomatik le 14 septembre. Je travaille beaucoup dessus actuellement.

Un conseil pour celles et ceux qui voudraient se lancer dans le street art ?

Ne pas hésiter à se lancer ! Le plus dur, c’est  la première session de dessin ou de collage dans la rue. Une fois lancé, cela devient un vrai plaisir et on devient accro.

Je pense qu’il faut aussi trouver sa signature. Le truc, qui fait que ton travail est reconnaissable et que tu seras identifiable au milieu des nombreuses créations fleurissant sur les murs.

Mais déjà, d’avoir l’envie de s’exprimer dans la rue, c’est une chose géniale!

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