À travers 180 dessins et 70 maquettes, le Centre Pompidou consacre une rétrospective au travail de l’architecte japonais Tadao Ando. Articulée autour de quatre grands thèmes : “La forme primitive”, “Le défi urbain”, “La genèse du projet” et “Le dialogue avec l’histoire”, l’exposition nous invite à découvrir les grands principes de création de cette figure majeure de l’architecture contemporaine – usage du béton lisse, formes géométriques simples et intégration d’éléments naturels comme la lumière et l’eau. De la Maison Azuma à Sumiyoshi (1976) à la Bourse du Commerce à Paris (2019), l’exposition met en lumière cinquante réalisations marquantes de sa carrière. Elle est à voir jusqu’au 31 décembre dans le cadre de la saison Japonismes 2018.

Né en 1941 à Osaka et passionné d‘architecture, c’est en autodidacte que Tadao Ando s’initie à cette discipline. Il commence par recopier les schémas architecturaux de Le Corbusier avant de décider d’interrompre sa carrière de boxeur professionnel en 1965 pour un tour du monde initiatique au cours duquel il se forme à l’architecture par la simple observation. De retour au Japon, il ouvre en 1969 sa propre agence. Installé à Osaka, il y développe une architecture en béton lisse aux formes géométriques épurées à contre-courant de l’architecture technologique dominant les années 1970. Il s’interroge notamment sur le pourquoi de l’existence de l’architecture – “Vu que ce sont les hommes qui s’en servent, elle entretient des liens profonds avec le corps … Il faut que l’architecture accueille la joie de vivre des hommes. Sinon, notre corps n’est pas attiré vers elle”. Depuis, il a reçu de nombreux prix, dont le prestigieux Pritzker Prize en 1995, et a signé plus de 300 projets.

Cette exposition nous plonge dans la conception architecturale prolifique d’Ando. Notamment à travers des maquettes, des diaporamas, des carnets de voyage, des sketchs et d’incroyables dessins à la mine de plomb. Au fur et à mesure de notre déambulation, on comprend l’importance de la lumière dans son travail. Elle est un élément architectural essentiel si ce n’est LA pièce maîtresse de ses constructions. L’Église de la Lumière à Osaka (1987-1989) en est un parfait exemple. Ce cube de béton fendu d’une croix sur toute la hauteur d’un mur laisse entrer la lumière et transforme l’espace tout au long de la journée. Les photographies, prises par Ando lui-même et présentées pour la première fois en Europe, témoignent aussi de cette attention particulière accordée à la lumière.

“Ce que j’ai senti en observant des églises romanes … c’est que seule la lumière était l’espoir”.

Largement inspiré par le shintoïsme, la volonté de magnifier la nature et d’intégrer des éléments naturels comme pour inscrire l’architecture dans la terre est aussi un des principes fondamentaux de l’architecture d’Ando. Nombreux de ses bâtiments sont ainsi entourés d’eau. La lumière permet alors de créer des reflets, d’habiller l’espace et de l’intensifier. C’est notamment le cas de la majestueuse Église sur l’eau (1985 – 1988) nichée sur l’île d’Hokkaido. La Colline du Bouddha, située dans la province de Sapporo, est également caractéristique de cette intégration des éléments naturels dans l’architecture. Pour ce projet, il a créé une colline artificielle composée de 150 000 pieds de lavande qui cachent un Bouddha géant (érigé 15 ans plus tôt) jusqu’à la tête et abrite un temple accessible après la traversée d’un tunnel long de 40 mètres. La colline change d’aspect au gré des saisons – verte au printemps, mauve l’été et blanche l’hiver.

Au centre de l’exposition, on découvre une impressionnante installation composée de maquettes, d’un gigantesque diaporama, et de jeux de lumière. Cette installation reconstitue l’une des œuvres majeures d’Ando située sur l’île de Naoshima, dans la Baie d’Osaka. Entre 1987 et 2018, il y entreprend la construction de pas moins de 9 bâtiments dont 3 musées. Le Chichu Art Museum, partiellement souterrain – il est creusé dans la montagne – est rythmé par des ouvertures sur le ciel et sur la mer et accueille entre autres les mythiques Nymphéas de Claude Monet, un Skyspace de James Turrell et une installation de Walter De Maria.

L’exposition met aussi en scène le dialogue qu’entretient Ando entre l’architecture contemporaine et les monuments historiques, notamment à travers ses collaborations avec François Pinault qu’il rencontre au début des années 2000. Ce dernier lui commande plusieurs projets d’envergure pour accueillir sa collection d’art contemporain : la rénovation du Palazzo Grassi et de la Punta della Dogana à Venise en 2009. Plus récemment, le projet de réhabilitation de la Bourse du Commerce à Paris dont la livraison est prévue pour l’automne 2019. Avec comme défi d’inscrire du contemporain dans de l’ancien tout en le respectant, Ando a imaginé un cylindre en béton. D’un diamètre de 30 mètres et d’une hauteur de 9 mètres, ce dernier doit être inséré au cœur de ce bâtiment du XVIIIème siècle pour permettre de créer du vide et ainsi redistribuer les espaces.

Cette rétrospective, riche par les nombreux dessins, maquettes et vidéos, est représentative du travail prolifique de Tadao Ando. Mais pour en mesurer toute l’ampleur, rien ne vaut une visite grandeur nature de ses bâtiments !

Crédit Photo © Tadao Ando Architect & Associates / © Kazumi Kurigami / © Tadao Ando / © Mitsuo Matsuoka / © Shigeo Ogawa / © Mitsuo Matsuoka / © Shigeo Ogawa