Jazzeppi Zanaughtti, aka Jazzelle ou uglyworldwide, est une mannequin états-unienne de renom, mais pas que. Nouvelle impératrice du badass 2.0, elle a, au fil des années, fait de son compte instagram un temple dont l’orée mène vers des esthétiques ambivalentes, futuristes, aliens.

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worlds 8th wonder

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Après une longue période de galère, Jazzelle est repérée par le célèbre photographe Nick Night sur Instagram. Cette rencontre décisive marquera le début d’une ascension vertigineuse qui fit de Jazzelle l’un des modèles alternatifs phares du monde de la mode. Tout cela notamment grâce à une audacieuse culture de la différence, qu’elle a su mettre en place sur son compte uglyworldwide.

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catch me in the shadows

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Les clichés, parfois dérangeants et souvent fascinants, rejettent franchement l’imaginaire canonique de la beauté pour ménager un authentique espace d’expression. Jazzelle “pimpe” à volonté son corps : tatouages, piercings, teintes, dents argentées… Sans cesse, elle partage avec nous des exercices de réinvention de soi qui s’incarnent dans le bizarre, le marginal, l’ambigu voire le monstrueux.

D’une beauté sidérante, Jazzelle bouscule les codes du séduisant, interroge la notion de laid, et scande le droit à la différence. Ses inspirations proviennent largement du milieu queer, souvent conjugué avec des touches streetwear et vintage, pour un résultat hybride qui surprend encore et encore.

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#tbt!!

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Plus qu’une intrigante vitrine, le compte uglyworlwide est un journal intime d’une grande générosité. Jazzelle y prodigue des conseils, partage les douloureux fragments de son passé, et nous invite avec entrain à pénétrer un monde inédit à chaque nouvelle publication.

Il y a d’ailleurs sans doute quelque chose de thérapeutique dans cette démarche. Pour donner consistance à une personnalité trop morcelée par les relations destructrices et les diagnostics de pathologies mentales, elle fait de son apparence une surface de créativité infiniment modulable pour enfin reprendre le contrôle sur elle-même.

Cette authenticité délirante prend habilement le contrepied du standard codifié des réseaux sociaux, dont d’autres artistes telle Amalia Ulman surent en leur temps également s’amuser.

En polymorphe convaincue qui se qualifie simplement de “créature“, Jazzelle prêche l’affirmation de soi dans tout ce qu’elle peut (et doit) avoir de spontané en usant des réseaux sociaux comme d’un médium d’élocution personnelle. À l’obsession séculaire du moi monolithique, uglyworldwide oppose des identités  pleines de fluctuations et de fulgurances.

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good bye athens and @goodbyebread

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Emblème émergent du cool millénial, l’enjouement débraillé de Jazzelle se veut éminemment communicatif. Il y a ici l’idée primordiale que l’habit, le tatouage, la fringue et les réseaux sociaux devraient être des instruments d’invention de soi, et non des machines de conformisation.

L’écho qu’ont trouvé les créations de Jazzelle, est par ailleurs la preuve que des plateformes digitales, comme Instagram, sont dorénavant des médiums et des courroies légitimes de la production culturelle. Plus encore, ils sont aujourd’hui des outils primordiaux pour les artistes car ces réseaux sont un moyen efficace de briser la dimension impérieuse de l’institution culturelle traditionnelle. Ce faisant, les créateurs s’adressent à la multitude dans un langage volontairement humanisé.

 

 Uglyworldwide)

 

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