Après six ans de travaux, la Monnaie de Paris, dernière manufacture encore active dans le Paris d’aujourd’hui, inaugure son nouvel espace d’exposition d’art contemporain avec l’exposition Women House. Le 11 quai Conti, repensé par Christophe Beau, son président, se veut devenir le « Murano » parisien, proposant au public une nouvelle offre culturelle.

« Car les femmes sont restées assises à l’intérieur de leurs maisons pendant des millions d’années, si bien qu’à présent mêmes les murs sont imprégnés de leur force créatrice. »

– Virginia Woolf, Une chambre à soi, 1929.

 

Une exposition collective d’artistes femmes, voilà l’idée qu’on eut les commissaires d’exposition Camille Morineau, Directrice des Expositions et des Collections, et Lucia Pesapane, Commissaire d’Exposition à la Monnaie de Paris.

Cette exposition exclusivement féminine s’inscrit dans la continuité de la volonté de Nicolas de Condorcet, ancien Inspecteur Général de la Monnaie de Paris, qui a longtemps lutté pour les droits des femmes et l’égalité des sexes. Toutefois, elle est également le fruit d’une collaboration, celle de la Monnaie de Paris et du National Museum of Women in the Arts de Washington D.C. Cette institution unique au monde s’est donnée comme objectif de consacrer l’intégralité de son espace à des femmes artistes, exposant un total de 5000 œuvres et plus de 1000 artistes du XVIe siècle à nos jours.

Dans un espace de 1000 m², le 11 Quai Conti – Monnaie de Paris présentera donc l’exposition Women House du 20 octobre 2017 au 28 janvier 2018. Ce n’est qu’ensuite que les œuvres seront transférées au National Museum of Women in the Arts de Washington D.C., pour que l’exposition soit présentée en leurs murs du 9 mars au 29 mai 2018.

 

Pour une Histoire de l’Art féministe : Womanhouse

En 1972, les co-directrices du Programme d’art féministe de CalArts (École des arts de Californie), Miriam Schapiro et Judith Chicago mettent en place le projet Womanhouse. Ne trouvant pas de lieux dans lesquels elles ont l’autorisation de dispenser leurs cours, elles choisissent de monter une exposition au sein d’une maison vouée à la destruction. Avec l’accord du propriétaire d’une villa hollywoodienne et la participation de vingt-sept artistes étudiantes, se développe l’exposition éphémère Womanhouse.

La puissance créatrice de ses femmes est donc, le temps d’un mois, consacrée à l’interprétation et à la représentation d’espaces domestiques. La villa se fractionne alors en dix-sept salles, présentant :

Aprons in the Kitchen (Susan Frazier), Eggs to Breasts (Vicky Hodgetts), Dining Room (Beth Bachenheimer, Sherry Brody, Karen LeCocq, Robin Mitchell, Miriam Schapiro, Faith Wilding), Bridal Staircase (Kathy Huberland), Personal Environment (Judy Huddleston), Crocheted Environment (Faith Wilding), Leaf Room (Ann Mills), Leah’s Room from Colette’s Chéri (Karen LeCocq, Nancy Youdelman), Personal Space (Janice Lester), Painted Room (Robin Mitchell), Red Moon Room (Mira Schor), Shoe Closet (Beth Bachenheimer), Linen Closet (Sandy Orgel), Lipstick Bathroom (Camille Grey), Menstruation Bathroom (Judy Chicago), Nightmare Bathroom (Robbin Schiff).

Néanmoins, la naissance du projet Women House de la Monnaie de Paris ne nous vient pas exclusivement de l’initiative de Schapiro et Chicago. Du 21 mai 2009 au 21 février 2011, le Centre Pompidou a présenté l’exposition elles@centrepompidou, qui visait à valoriser la création féminine dans l’Histoire de l’Art moderne et contemporain. Au-delà d’un engagement de la part du musée dans une certaine vocation féministe, cette manifestation culturelle s’établit dans une volonté d’ouvrir une discussion sur le genre. Toutefois, comme ça a été le cas lors de l’exposition Champagne Life qui se tenait à la Galerie Charles Saatchi en octobre 2016, cette intention peut rapidement être remise en question et être interprétée comme n’étant, en réalité, que faussement féministe.

Louise Bourgeois, Spider [Araignée], 1995 © The Easton Foundation/Adagp, Paris 2017 © Monnaie de Paris – Aurélien Mole (ainsi que toutes les photos ci-dessus et la photo de couverture)

 

39 femmes artistes pour représenter la condition féminine des années 1970 à nous jours

Women House rassemble trente-neuf femmes artistes aux techniques et aux univers bien distincts. Néanmoins, le sujet reste constant, inébranlable ; celui de la femme et de son statut, de sa perception dans l’espace domestique. C’est alors que ces artistes engendrent une amorce, poursuivent un débat, une étude plurielle et transdisciplinaire de la condition féminine des années 1970 à nos jours, ce de manière poétique, nostalgique, poétique, politique, féministe.

« Si la maison peut être pour certaines artistes un symbole d’enfermement et d’aliénation, elle devient pour d’autres une source d’inspiration et de réinvention de soi. »

Women House, Dossier de Presse.

Les artistes représentées pour l’exposition Women House à la Monnaie de Paris puis au National Museum of Women in the Arts de Washington D.C. sont :

Carla Accardi (1924 – 2014), Helena Almeida (1934), Nazgol Ansarinia (1979), Monica Bonvicini (1965), Louise Bourgeois (1911 – 2010), Heidi Bucher (1926 – 1993), Claude Cahun (1894 – 1954), Pia Camil (1980), Johanna Demetrakas (1937), Lili Dujourie (1941), Valie Export (1940), Lucy Gunning (1964), Mona Hatoum (1952), Birgit Jürgenssen (1949 – 2003), Kirsten Justesen (1943), Karin Mack (1940), Isa Melsheimer (1968), Zanele Muholi (1972), Lucy Orta (1966), Leticia Parente (1930 – 1991), Sheila Pepe (1959), Martha Rosler (1943), Elsa Sahal (1975), Niki de Saint Phalle (1930 – 2002), Miriam Schapiro (1923), Anne-Marie Schneider (1962), Lydia Schouten (1948), Cindy Sherman (1954), Laurie Simmons (1949), Penny Slinger (1947), Laure Tixier (1972), Joana Vasconcelos (1971), Ana Vieira (1940 – 2016), Rachel Whiteread (1963), Sue Williamson (1941), Francesca Woodman (1958 – 1981), Nil Yalter (1938), Shen Yuan (1959), Andrea Zittel (1965).

Niki de Saint Phalle, Nana-Maison II, 1966-1987. © 2017 Niki Charitable Art Foundation/Adagp, Paris, 2017 © Monnaie de Paris – Aurélien Mole

 

La maison : sentiment d’enfermement ou découverte d’identité ?

Dès 1929, Virginia Woolf questionne l’espace domestique dans Une chambre à soi. Elle préconise l’importance pour les femmes d’une pièce qui leur serait réservée, où elles pourraient bénéficier d’intimité, profiter de leur individualité, se recueillir sans danger d’être dérangées. L’espace domestique… est interprété de différentes manières ; certaines verront la maison comme une source de claustration, d’autres – comme Woolf – la verront comme un lieu où chacune est libre de découvrir et développer son identité.

Les huit chapitres qui constituent Women House questionnent cette notion, ce rapport qui existe entre la femme et l’espace domestique. La maison adopte une dimension politique du fait du rapport de la femme à son lieu de vie, au milieu dans lequel elle peut être amenée à évoluer. Dans les années 1970, l’art est utilisé par les femmes comme un moyen de rébellion, se révoltant contre la privation d’un espace réel et symbolique. C’est ainsi que l’exposition se développe en huit parties, qui se manifestent toutes comme une représentation symbolique – ou non – de la condition féminine des années 1970 à nous jours :

1. Desperate Housewives,

2. La maison, cette blessure,

3. Une chambre à soi,

4. Maison de poupée,

5. Empreintes,

6. Construire, c’est se construire,

7. Mobil-Homes,

8. Femmes-maisons.

Shen Yuan, Hair Saloon, 2000. Courtesy de l’artiste et galerie Kamel Mennour, Paris/Londres. © Monnaie de Paris – Aurélien Mole

 

 

Article par Stéphanie Merjagnan

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