Le 22 septembre dernier, à Cape Town (Afrique du Sud), ouvraient les portes du premier musée consacré à l’art contemporain africain sur le continent. Baptisé Zeitz MOCAA (Museum of Contemporary Art Africa) et auto proclamé plus grand musée d’art contemporain africain, il est le premier musée sur le continent comparable au  MoMa à New York, au Centre Pompidou à Paris ou à la Tate à Londres.

 

Zeitz MOCAA © Iwan Baan

 

Avec une collection dédiée à l’art contemporain africain et portant une attention particulière aux jeunes artistes, le musée ambitionne d’attirer un public nouveau, qui n’a pas l’habitude des lieux culturels et de garantir aux africains un accès au meilleur de la production artistique de leur continent.

“Il y a en Afrique tous ces artistes et ces galeries incroyables, mais il n’y avait jusque-là pas d’institution majeure pour les rassembler“, a résumé l’architecte britannique Thomas Heatherwick.

Harbour view, ZeitzMOCAA, © Wan Baan

Les prémices du Zeitz MOCAA

Il aura fallu plus de dix années avant de voir le visage de ce premier musée d’art contemporain africain.

Tout commence en 2003 avec Jochen Zeitz. Ce millionnaire est l’homme qui a redressé Puma, quand en 1993, à seulement 30 ans, il reprend la direction de la marque de sport, déficitaire à cette époque. En 2003 donc, il décide d’embaucher le conservateur de la Rubell Family Collection à Miami, Mark Coetzee, pour diriger les plateformes dédiées à l’art de son entreprise, “Puma Créative” et “Puma Vision”.

En 2008, Mark Coetzee est chargé par la famille Rubell de monter l’une des plus grandes expositions d’art afro-américaine des trois dernières décennies “30 Americans“. Suite au succès de l’exposition, Mark Coetzee accepte de contribuer à la collection privée de Jochen Zeitz dédiée à l’art contemporain d’Afrique et de ses diasporas. Cette collection sera le point de départ du MOCAA.

Le musée a choisi de s’installer dans les anciens silos à grains de Cape Town abandonnés depuis 2001.

Construit en 1921, les 42 tubes de béton qui composent les silos servaient à stocker le maïs avant sa distribution à travers le pays. Après avoir cessé de fonctionner, ces docks ont été déclarés monument national, empêchant dès lors sa démolition. Au fil des années, les silos à grains laissés à l’abandon ont vu le port environnant devenir un quartier commercial animé et connu sous le nom de Victoria & Albert Waterfront. Jusqu’à ce que Jochen Zeitz et Mark Coetzee commencent à s’y intéresser pour y aménager un musée d’art contemporain.

S’entame alors une procédure de négociation entre Zeitz et la société Victoria & Albert Waterfront. Jochen Zeitz souhaite que son patronyme soit associé au nom du musée. Un accord est trouvé. GrowthPoint, la société de gestion immobilière co – propriétaire avec la société d’investissement public de Waterfront, empoche plus de 30 millions d’euros pour construire le musée.

Atrium at night, ZeitzMOCAA © Iwan Baan


View of Zeitz MOCAA in Silo Square © Iwan Baan


Atrium, ZeitzMOCAA © Iwan Baan

Un chantier d’envergure

La réhabilitation du bâtiment est confiée au studio d’architecture Heatherwick, basé à Londres. Le studio a collaboré avec des architectes sud-africains pour ce vaste chantier.

Après plus de quatre ans de travaux, le musée, dont la surface atteint les 6000 mètres carrés, est réparti sur neuf étages, ce qui fait de lui non seulement le plus grand musée d’Afrique mais aussi l’un des espaces les plus importants pour l’art africain.

Entièrement conçu en béton, les 42 silos ont été conservés mais tranchés et façonnés pour permettre de creuser à l’intérieur un atrium de 27 mètres de hauteur aux lignes brutes et arborant des trous en forme de roche. 80 galeries de tubes sculptés hébergent 100 espaces d’exposition et des centres de recherche. Un jardin a été aménagé sur le toit et le musée héberge également un hôtel au dernier étage.

 

Atrium, ZeitzMOCAA © Iwan Baan

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A peine ouvert, le musée fait déjà débat !

Certains l’ont qualifié de “Tate Modern d’Afrique “, en raison de son emplacement : les deux musées ont été aménagés dans des anciennes friches industrielles.

D’autres le qualifient de temple d’art contemporain africain en raison de son architecture : le studio Heatherwick a lui-même reconnu que l’atrium pouvait s’apparenter à une cathédrale voûtée. Doit-on y voir un désir de sanctuarisation du musée ?

Les critiques n’épargnent pas non plus Jochen Seitz qui est à la fois directeur du musée et conservateur en chef…

Le choix de l’emplacement du musée à Cape Town fait aussi beaucoup jaser : le front de mer de Cape Town est le site le plus visité d’Afrique du Sud, ce qui en fait un emplacement parfait. Toutefois, l’organisation de l’espace urbain, héritée de l’apartheid, divise le Cape en deux parties. D’un côté, le centre de la ville est composé d’une population majoritairement blanche et aisée et de l’autre, des townships où la population noire fait partie des plus défavorisées du pays. Difficile dès lors d’atteindre l’un des objectifs de Jochen Zeitz en attirant cette population au MOCAA.

Enfin, certains auraient préféré voir le musée se construire à Johannesburg, une ville qui héberge aujourd’hui la plupart des artistes contemporains africains.

La constitution d’une collection

Pour le moment, le MOCAA expose les œuvres issues de la collection de Jochen Zeitz mais le musée a créé un fond d’acquisition pour se doter, à terme, d’une véritable collection permanente.

La collection privée, exposée dans les salles du musée, présente un certain nombre d’oeuvres d’artistes locaux. On y trouve entre autres, une sculpture d’Athi Patra – Ruga, l’un des premiers activistes homosexuels d’Afrique du Sud, les portraits de femmes homosexuelles africaines photographiées par l’artiste sud-africaine Zanele Muholi, ou encore les films muets de l’artiste malawien Samson Kambalu, qui explorent la déconstruction des sociétés coloniales.

Le musée a également mis en place une école qui formera 25 jeunes conservateurs locaux chaque année grâce à un système de bourse. Ces étudiants auront l’opportunité de participer aux décisions prises par la direction de la conservation du musée et auront le pouvoir de véto sur certaines acquisitions.

Isaac Julien, Ten Thousand Waves


Kendell Geers

A quand une direction africaine pour le Zeitz MOCAA ?

La reconnaissance d’un art contemporain africain s’est d’abord faite en Occident. C’est par le regard et le pouvoir d’achat des musées et des collections privées étrangères que les artistes africains se sont fait connaitre et reconnaître.

En effet, en Afrique, la prise de conscience d’un patrimoine culturel et artistique est relativement tardive.

On note un grand manque d’infrastructures spécialisées dans l’enseignement de l’art et dans sa diffusion. La plupart des lieux culturels sont créés à l’initiative d’associations et d’institutions étrangères et peinent à se développer sur le continent africain. La difficulté majeure pour ces infrastructures nées de la coopération entre les états africains et les institutions étrangères, est de s’émanciper de ces parrainages et de trouver leur propre fonctionnement.

Dans le cas du Zeitz MOCAA, c’est encore une fois un acteur étranger qui met en place une structure culturelle en Afrique. Rappelons que Jochen Zeitz est d’origine allemande et qu’il se trouve être à la fois directeur du musée et conservateur en chef. Et qui plus est, le musée porte son nom !

Toutefois, l’ambition de ce nouveau musée est de donner un espace d’expression et d’expérimentation à tous les acteurs de la scène artistique contemporaine africaine. Un musée pour les africains et exposant des oeuvres réalisées par les africains et la diaspora.

Alors malgré les critiques, comment ne pas se réjouir de l’ouverture du MOCAA ?

L’ouverture de cet espace ne peut que contribuer à l’évolution du marché de l’art et éveiller les consciences sur l’existence d’un patrimoine culturel africain. Il  reste à ces jeunes artistes et conservateurs de s’emparer de ce musée pour lui offrir alors une toute nouvelle dimension. Un musée d’art contemporain africain dirigé par les africains !

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