Gérard Garouste, le peintre inquiet et sublime dont les affres furent narrées dans l’ouvrage autobiographique L’Intranquille, s’expose actuellement à la galerie Templon jusqu’au 12 mai prochain pour un solo show d’exception : Zeugma.

templon-garouste-virtute (2)

Très marqué par une histoire familiale pavée de haine misogyne et antisémite, Gérard Garouste rapporte : “il me fallait démonter la grande manipulation religieuse et familiale, c’était ça mon sujet“. Un leitmotiv puissant, donc. Celui de déconstruire les préjugés imposés par un père plein d’amertume et un milieu social étouffant.

Pour ce faire, Gérard Garouste suivit trois grandes voies, non sans interdépendance d’ailleurs : l’étude des textes bibliques, la cure psychanalytique et la peinture. Ce que donne à voir Gérard Garouste dans l’exposition Zeugma comme ailleurs, c’est donc un cheminement très personnel, très introspectif, qui cherche à démêler le doute et à reprendre la main sur l’existence.

Il s’agit là d’un effort, dont on ressent aisément et la douleur et le mystère.

La peinture de Gérard Garouste s’exécute toujours, selon ses termes, “armé(e) de livres”. Parmi ces grands recueils, dont il s’inspire et use : la Torah, le TalmudLa divine comédie, Don Quichotte, Le Procès Autant d’ouvrages qui eurent un effet thérapeutique assumé, et qui rendirent possible la peinture voire plus encore, qui lui donnèrent forme et consistance.

Zeugma, qui signifie “pont” en grec, désigne dans le cadre de cette exposition la démarche de Gérard Garouste. Il voulut créer, grâce à ses compositions, un certain nombre de liens entre sa propre historicité, les discours mythologiques et religieux, et les grandes oeuvres littéraires occidentales.

En un sens, c’est donc un texte nouveau, fait à partir d’une exégèse subjective et de celle des oeuvres passées, qu’offre à notre vue Gérard Garouste.

templon-garouste-virtute (6)

Le spectateur se trouve face à des messages iconographiques très référencés, très codifiés, presque énigmatiques.

Il convient alors d’exercer un réel travail d’interprétation pour dégager un propos, parfois humoristique et souvent profond, sur des données métaphysiques ou intrapsychiques.

templon-garouste-virtute (7)

Cette recherche, si poétique et si complexe, se matérialise par des toiles figuratives de grands formats à l’esthétique puissante. Le récipiendaire de l’oeuvre se trouve comme happé par des compositions souvent mouvementées tant il y a quelque chose du trou de ver dans ces toiles.

À regarder ces peintures, où les figures hallucinées rencontrent des formes ombragées, on devient déjà un peu fou. Fou d’en savoir si peu sur le monde, fou d’être l’écume hagarde de nos inconscients.

templon-garouste-virtute (8)

À la volonté qu’était celle de Gérard Garouste dans L’Intranquille de “se dépouiller de tout conditionnement, de toutes les certitudes qu’on m’a transmises malgré moi” fait écho le vertige fasciné du spectateur.

“Que celui qui chasse les monstres prenne garde à ne pas devenir monstre à son tour, car lorsque tu regardes au fond de l’abîme, l’abîme aussi regarde en toi” prévenait Nietzsche dans Par-delà bien et mal.

templon-garouste-virtute (9)

De cette jonction entre les plus grandes de nos figures culturelles et les démons de Gérard Garouste, le spectateur en sort rarement indemne. Car ces hantises, elles sont aussi les nôtres : il n’est pas besoin d’être passé par l’hôpital psychiatrique de Sainte-Anne pour trouver dans ces toiles le juste reflet des préoccupations fondamentales qui composent le commun des humanités.

templon-garouste-virtute (10)

La galerie Templon est parvenue à proposer une exposition décidément très réussie, à la scénographie épurée et au contenu généreux. Ce printemps, Gérard Garouste est également exposé au Musée de la Chasse et de la Nature, ainsi qu’aux Beaux-Arts de Paris.

(Photos : Courtesy Galerie Templon, Paris et Bruxelles © Gérard Garouste, Photo B.Huet-Tuti)

  •   + | share on facebook